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Lulu, femme fatale et mythe du désir charnel éternel
Publié dans La Nouvelle République le 18 - 09 - 2012

Lulu et Genèse nourrissent une relation passionnelle. On attendait beaucoup d'Olivier Py dans Lulu. Le sujet est fait pour lui ; scabreux et explosif mais suffisamment sophistiqué pour exciter son imagination. Il n'a pas déçu pour sa première de l'opéra de Berg au grand théâtre de Genèse.
Réputé pour ses mises en scène hardies (et intelligentes), où se croisent souvent des corps dénudés, Olivier Py s'est emparé du mythe revisité par Alban Berg dans son puissant opéra. Il a livré des clés pour mieux saisir l'œuvre de sa vision d'artiste. Provocateur, le metteur en scène français a épousé cette forme d'«apocalypse joyeuse». Son théâtre puise aux sources du XIXe siècle beaudelairien, hanté par le sexe, l'argent, la convention sociale, l'ordre morale et la mort. Ainsi, dans l'opéra de Berg, Olivier Py évoquait la création «InLoco» de la pièce originale de Frank Wedeking, forme primitive des deux œuvres narrant l'ascension puis la chute du personnage, «l'esprit de la terre» et «la boîte de Pandore». Mélange de noirceur morbides et d'explosion énergique, la figure de Lulu, femme fatale et mythe du désir charnel et éternel, nourrit les fantasmes les plus fous. Au point que l'opéra genevois a déconseillé le spectacle aux personnes de moins de 16 ans. Dans un spectacle somme qui embroche son condensé de mythologies et d'obsessions, Olivier Py décrit l'ascension sociale d'une femme jusqu'au meurtre de celui qu'elle dit avoir le plus aimé (le docteur Schon), puis sa chute pour devenir finalement prostituée et mourir. Dans cet opéra, apparaissent, sur scène désordonnée et saturée de couleurs quelques jeunes femmes les seins nus, qui ont excité et chaviré les cœurs de certains spectateurs mais pas plus que dans clip vidéo branché ou sur les tableaux de Klint, Schiele et Kokoschka, contemprains de Wedekind en cette Vienne du début du XXe siècle. Dans un décor sans cesse en mouvement d'une Babylone où s'alignent un sex-shop, une boucherie et des pompes funèbres devant la ronde perpétuelle d'une grande roue bariolée. Autant de symbole de cette «ménagerie» qu'annonce le dompteur en ouverture de l'opéra. Ménagerie des hommes pas moins cruelle que celle des fauves, cirque de la vie où les clowns ne font pas toujours rire. Pour les éclairer, Olivier Py, avec le concours de Pierre-André Weitz et Bernard Killy, a choisi la dominante rouge : rouge désir, rouge passion, rouge sang. Et si Lulu s'en habille un temps, elle ne se satisfait pas de cet habit unique. Elle change de robe, de coiffure, de cheveux, d'allure comme elle change de noms au gré de ses aventures. Olivier Py a bien compris que Lulu n'incarne pas un personnage singulier de femme émancipée et vénéreuse, mais elle reflète le désir de ses innombrables prétendants, peinture, compositeur, journaliste ou comtesse. De ce rôle insaisissable, Patricia Petilon restitue pleinement l'ambiguïté tout en triomphant d'une partition redoutable (tessiture très aiguë, grands écarts mélodiques, mélange de chanter et de parler). Elle ne joue pas les femmes faibles ni les garces, mais présente un être simple et libre qui «fabrique des criminels sans y penser». Ange exterminateur ? Figure christique, répond Olivier Py, qui termine son spectacle sur une Lulu debout les bras en croix, entourée de ses amants, victimes et autres acteurs de cette sinistre comédie. Signalons parmi cette nombreuse équipe, le Schigolch désinvolte d'Hartmut Welker et le docteur Schön de Tavo Hunka. A la tête d'un bon orchestre de la Suisse romande, Marc Albrecht restitue l'intensité et la magie de cette partition foisonnante. Olivier Py en a perçu la moralité. Pas de quoi alerter les lignes de vertu. L'histoire de cette jeune femme partie du caniveau vers la haute société puis sacrifiée comme misérable prostituée n'a rien d'une bluette. Le sujet est tellement complexe, bien au-delà de l'image d'Epinal qu'on peut se faire d'une femme fatale. Le pari est lui aussi difficile, tellement la musique recèle de références secrètes, ou Berg travaille et retravaille les séries dodécaphoniques pour donner une cohésion à son œuvre. Il n'est d'ailleurs pas parvenu au bout de l'opéra. Pendant près de quarante ans, Lulu a été donné dans sa version tronquée (deux actes seulement) en raison de l'interdit posé par Helève Berg, veuve du compositeur mort en 1935. Il a fallu attendre les années 70, pour que le compositeur autrichien Friedrich Cerha accède aux esquisses jalousement gardées par la ferme de Berg. Œuvrant d'abord dans la clandestinité, puis les esquisses sont laissées par Berg, achevant l'orchestration jusqu'à ce que «l'acte de Paris» (le troisième) soit enfin créé en 1979 dans une production demeurée légendaire de Chereau et Boulez à Paris. Si «Wozzeck» est déjà un prodige de construction, Olivier Py dit préférer Lulu. Il est vrai que le personnage de Lulu est un mythe. Elle a ce côté énigmatique, presque artificiel, inhumain, vengeresse surtout, puisque tous les hommes qui passent entre les mains de Lulu y perdent leur vie. Au bout de la sexualité, il y a la mort. Dans cet opéra il y a le désir comme révélateur de la pulsion originelle. Il y a cette idée de se débarrasser de toute métaphysique et d'être face à l'origine du monde. Origine du monde troublante et suffocante. Si dans «Wozzeck», on trouve de la compassion, dans la pièce de Lulu, il n'y en a point. Certes le sexe est là, mais il n'est pas du tout libérateur.

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