Après des violences, le président s'est résolu à maintenir à son poste le procureur général. Qui a dégainé en premier ? Trois jours après les échauffourées ayant opposé pour la première fois les pro et anti-Morsi sur la place Tahrir, symbole de la révolution, les Frères musulmans tentent de sauver la face. «Tandis qu'un petit nombre de Frères ralliaient la place Tahrir, ils ont été surpris par un torrent d'insultes», relève un communiqué du Parti liberté et justice, la branche politique de la confrérie. Publié ce dimanche après un long silence embarrassé, ce texte fait suite aux accusations des libéraux qui, images à l'appui, imputent aux partisans du président égyptien la responsabilité du début des violences ayant fait plus de 120 blessés, selon le ministère de la Santé. Sur plusieurs vidéos accessibles sur YouTube, on voit des barbus en djellaba noire prendre d'assaut une tribune de militants de l'opposition en scandant «Allah akbar» (Dieu est grand), provoquant rapidement des heurts entre les deux camps. «Quand je suis arrivé sur la place, quelques minutes après, j'ai été pris sous une pluie de pierres. Des hommes hurlaient: «Nous sommes pour Morsi! Les autres sont des infidèles!», raconte Karam Abdel Awad. Blessé au front, le jeune activiste de 26 ans y voit le «début d'une guerre non seulement contre les laïcs, mais aussi contre toute personne s'opposant aux Frères musulmans». La journée de vendredi s'annonçait pourtant calme. À l'appel de plusieurs partis libéraux, des centaines de personnes avaient rallié la place Tahrir pour réclamer la formation d'une nouvelle Assemblée constituante, accusant l'actuelle d'être dominée par les islamistes. De leur côté, les partisans du président Morsi avaient invité les Egyptiens à descendre dans la rue pour protester contre l'acquittement de vingt-quatre anciens hauts fonctionnaires, accusés d'être impliqués dans la «bataille des chameaux», une des journées les plus sanglantes de la révolution anti-Moubarak. Une mesure favorablement accueillie par les factions libérales, tout comme l'amnistie récemment accordée par le nouveau président à plusieurs ex-révolutionnaires arrêtés pendant le soulèvement de l'an passé.