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A l'épreuve de la solidarité internationale
Publié dans La Nouvelle République le 24 - 12 - 2012

Il y a exactement 54 ans, le théâtre Molière de Bruxelles (Belgique) programmait pour deux représentations (les 25 et 26 novembre 1958), au terme d'un bras de fer mettant à l'épreuve puis à l'honneur la solidarité internationale et internationaliste, la pièce de Kateb Yacine «Le Cadavre encerclé», mise en scène par une figure éminente du théâtre français et militant de la culture universelle, Jean-Marie Serreau.
Les péripéties qui ont jalonné la prise en charge scénique de cette première création dramatique katébienne (publiée pour la première fois, en deux parties chevauchant les années 1954-1955, par la revue française «Esprit», avant d'être intégrée en 1959 à la tétralogie «Le Cercle des représailles», éditée au Seuil) méritent d'être rapportées, avec d'autant plus de profit qu'on aura pour accompagnateur un témoin et acteur privilégié de cette aventure en la personne du comédien et metteur belge Paul Anrieu, 82 printemps cette année, invité d'honneur par ailleurs du dernier Festival International de Théâtre de Béjaïa (29 octobre-5 novembre 2012). Mais, tout d'abord, glissons un œil sur ce «Cadavre encerclé» pour mieux comprendre les tentatives... d'encerclement et d'étranglement de cette œuvre au moment de sa diffusion. S'assimilant à un prologue ou à un prolongement du roman-phare katébien «Nedjma», dont elle partage les thèmes et les personnages principaux, la pièce évoque une double tragédie : collective, avec des héros et leurs comparses épousant la marche de l'Histoire et se positionnant pour le sacrifice suprême en relation avec la libération de leur pays, et individuelle, portée par la figure centrale, Lakhdar, qui mène un double combat contre l'oppresseur colonial et les forces rétrogrades en œuvre dans sa propre société, avant de périr. «La tragédie de Lakhdar est celle de l'homme algérien dont les blessures sont immémoriales et confondues dans le temps, et qui n'en finit pas de se chercher à travers un monde en révolution», soulignait le metteur en scène (Serreau) dont le propos est relayé et soutenu par l'écrivain et philosophe martiniquais Edouard Glissant qui, en préface, voyait dans «Le Cadavre encerclé» un «chant profond» et tragique qui raconte «un destin personnel confronté à destin collectif», celui du peuple algérien dont la trajectoire, ajoutait-il, éclaire «le destin commun de tous les hommes». C'est donc par la grâce de ce texte dramatique «révolutionnaire» au double plan formel et fondamental que les itinéraires de Kateb Yacine et Jean-Marie Serreau vont se croiser pour sceller des relations humaines et culturelles d'une rare densité et complicité. Ami de Berthold Brecht, qu'il met au contact avec Yacine, découvreur de talents dramaturgiques d'avant-garde (Genet, Césaire, Ionesco...), directeur de théâtre outre sa notoriété de comédien et de metteur en scène, Serreau rapporte ainsi, en 1967, sa première rencontre avec le futur auteur de «Nedjma» et «Le Polygone étoilé» : «J'ai lu un jour en 1954 la première partie du «Cadavre encerclé» publiée dans la revue «Esprit». Et j'ai été bouleversé par ce texte. Mon horizon à ce moment-là était limité à Brecht, Beckett, Ionesco, et d'un seul coup Kateb Yacine m'a ouvert les portes d'un autre monde... d'autres visions de l'Histoire... (qui ) coïncident avec la décolonisation». Au lendemain de cette lecture, Serreau nanti d'une adresse débarque très tôt et sans crier gare au domicile de Kateb, «une mansarde» située au cœur de Paris, catapultant une belle frayeur à l'écrivain algérien qui avait cru à une descente policière en ces temps de «ratonnades» quotidiennes et de perquisitions devenues banales chez les Algériens. Mais écoutons l'intéressé lui-même relater cette prise de contact avec le metteur en scène, lors d'un colloque dédié aux «Territoires de la Mémoire» (organisé au mois de décembre 1988 dans la capitale belge) : «La première fois que je l'ai vu, c'était la guerre. On craignait des arrestations, c'était l'heure du laitier. Quand je l'ai vu avec ses lunettes, ses cheveux en brosse, j'ai presque eu peur. Et puis il m'a dit qu'il voulait monter «Le Cadavre». J'étais très heureux, bien sûr. Et je l'ai vu vraiment déployer tous ses efforts, je l'ai vu faire le tour des théâtres parisiens, pendant quatre ans. Et pendant quatre ans, tous les directeurs de théâtre se sont dérobés. Il y a eu des coups de téléphone menaçants. Alors que j'avais quitté la France, continue Kateb Yacine, un jour Serreau me fait savoir qu'on allait monter «Le Cadavre encerclé» à Bruxelles. J'étais content mais je n'osais trop y croire, puisqu'on avait essuyé tellement d'échecs. En arrivant dans la capitale belge, je n'étais pas sûr que ça puisse se passer. Et finalement, ça s'est passé grâce à mes amis belges : Paul Anrieu, les acteurs qui y ont participé, le public. C'était une représentation semi-clandestine». «Oui, c'était une représentation semi-clandestine mais sur deux soirées», confirme à l'APS, Paul Anrieu, le maitre d'œuvre de l'opération bruxelloise qui a permis à «Le Cadavre encerclé», déclarée pièce non grata sur les scènes françaises par le poids et les peurs générées par les lobbys fascistes, d'être étrennée à deux reprises dans un théâtre belge, proposée à guichets fermés devant plus d'un millier de spectateurs sensibles ou sympathisants à la cause de l'Algérie souffrante et combattante. «Pour des raisons évidente de discrétion après le battage mené autour de l'œuvre en France, il n'y a pas eu de journalistes ni d'officiels invités. Par la force des choses, il n'y avait pas d'échos à attendre, ce qui nous faisait dire hélas et tant mieux en même temps», remarque en souriant l'artiste belge dont l'itinéraire professionnel, étalé sur plus d'un demi-siècle, libère une plantureuse moisson de rôles et d'essais scéniques allant des œuvres classiques aux comédies de boulevard en passant par le théâtre engagé (Brecht principalement) et les expériences dramatiques contemporaines. Proche humainement, idéologiquement et artistiquement de Jean-Marie Serreau, Paul Anrieu propose à ce dernier et à sa «Troupe des Spectacles Babylone» (où l'on rencontre des comédiens en émergence de notoriété tels Marie-Hélène Dasté, Antoine Vitez, Paul Savatier et Gilbert Amy), de se déconnecter momentanément de l'environnement parisien plombé par l'avancée graduelle et criminelle de l'activisme OAS et pro OAS, pour venir monter et montrer la pièce katébienne dans la capitale belge. Une fois l'idée acceptée, la machine se met rapidement à carburer actionnée par les porteurs d'eau de la longue chaine de l'amitié et la solidarité, les arpenteurs de la pensée libre et libertaire et les sympathisants d'un pays en lutte pour son indépendance. Des lettres sont rédigées et diffusées, sur la base d'une liste de connaissances ou à partir de fichiers d'abonnés-comme ceux de l'hebdomadaire de gauche «France Observateur» (ancêtre du «Nouvel Observateur») et de la revue «Esprit» – des patronages sont sollicités (notamment ceux du philosophe Jean-Paul Sartre et du romancier François Mauriac qui, d'après Anrieu, «ont pointé aux abonnés absents pour des raisons qui leur sont propres»), des souscriptions sont lancées à partir desquelles l'argent ramassé permet de couvrir les frais de location et d'organisation pour deux représentations théâtrales. Le Théâtre Molière affichait complet pour les deux soirées et je n'oublierai jamais ces moments merveilleux d'amitié et de fraternité forgés à l'enseigne du théâtre, autour d'une création fécondée par la rencontre de deux immenses bonhommes, Kateb Yacine et Jean-Marie Serreau, souligne en substance, avec un grain de nostalgie, Paul Anrieu. Et ce dernier de conclure l'entretien par cette anecdote qui n'a rien d'une histoire belge : «Peu de temps après ces faits, j'ai eu à rencontrer, à l'Institut de sociologie de Bruxelles, l'attaché culturel français auprès de son ambassade en Belgique. J'ai entendu parler, m'a-t-il dit, de l'œuvre de Kateb Yacine jouée à Bruxelles, et heureusement pour les organisateurs de cet évènement, nous n'étions pas au courant. Si on avait su, on aurait fait immédiatement interdire la pièce». Je lui ai répliqué aussi sec : «Monsieur, vous êtes ici en Belgique, pas en France, et je ne vois pas ni pourquoi ni comment vous interdiriez un spectacle présenté à Bruxelles ou ailleurs dans le pays». Pan sur le bec, dit un fameux canard pas boiteux de ses pattes et qui n'aime pas assurément ceux qui marchent sur les «cadavres», à commencer par ceux de l'«ennemi» amoncelés dans les Casbahs et les grottes de «Dahras» tout au long de l'Histoire coloniale.

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