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Fragilité historique de l'Etat contre puissance anthropologique du mouvement social
Publié dans La Nouvelle République le 15 - 06 - 2019

Depuis le 22 février 2019 le Peuple algérien a retrouvé la geste du mouvement national dans l'ensemble des diversités politiques qui le composent. Il donne à voir ce qu'est l'histoire contemporaine passionnante du pays, constituée d'un « Hirak » populaire puissamment impliqué, c'est-à-dire concerné au-delà des opinions multiples qui le traversent, par le devenir du pays, de son Etat et de ses institutions actuelles ou en gestation. Si le mouvement social reste par bien des aspects dans le droit fil de son histoire récente mais aussi très ancienne, l'Etat rentier ainsi que ses institutions sont mis en demeure de se hisser au niveau des exigences modernes de la Nation dans un contexte de fortes pressions impériales mobilisées par l'émergence d'une puissance alternative, la Chine concurrente dans tous les domaines qui s'appuie intelligemment sur le gaz sibérien et les longues traditions d'excellence technologiques et scientifiques russes. Dans ce contexte international, la modernisation de l'Etat se résume-t-elle à sa démocratisation et le rôle de l'armée, colonne vertébrale de l'Etat, se réduit-il aux missions de défense nationale comme veulent le faire croire des forces idéologiques qui ont de l'Etat et des armées une vision figée à l'ère bismarckienne, évacuant de facto les formations sociales historiques au travail, spécifiques à nos sociétés de même que le mondialisme ainsi que ses corollaires dévoyant jusqu'aux fonctions régaliennes des Etats émergents.
Quand « l'Algérie », je veux dire notre région maghrébine, celle de l'occident musulman, est-elle sortie de la très longue torpeur qui s'est abattue sur le Monde arabo-musulman ? Est-ce dû au plus grand des hasards qu'un penseur de la dimension d'Ibn Khaldun (XIVème siècle) ait exercé son intelligence politique et philosophique, hors normes pour son temps, à Fès, Tunis, Bejaia, Constantine, Tlemcen, Biskra, au Caire ou à Damas ? Qu'a donc apporté la civilisation andalouse, dont l'autonomie dynamique a éclipsé « l'arabo-islamisme oriental » a partir du IXème siècle, bien avant la domination turque sur le Maghreb (du Maroc à la Libye dans ce qui furent les Etats barbaresques et le développement de ses corporations et métiers avant-gardistes) avec ses cohortes d'élites politiques, militaires, scientifiques et techniques bien souvent perçues comme étrangères aux sociétés berbères qui les accueillaient, à la suite des refoulements successifs et continus dont elles furent victimes dès 850 pour finalement aboutir en 1492 à la perte de Grenade et au grand exode qui s'ensuivit ? Nous n'étudions pas suffisamment, dans leurs détails, de manière documentée, critique et irréfutable, sur le long cours, les processus historiques de modernisation mis à l'œuvre avant l'émergence des « Etats-Corsaires » d'Alger, Tunis, Tripoli et jusqu'au Caire, ces levains andalous du réveil des peuples du Maghreb venant de Séville ou Cordoue pour relever les défis lancés par le monde chrétien européen à un monde musulman qui prétendait, lui aussi, à l'universalisation de ses valeurs mais qui n'a pas su réaliser celle de ses matières. Pour Ibn Khaldun, qui bien entendu ne l'exprimait pas en ces termes, forcément empruntés à la sociologie moderne dont il est le véritable père spirituel avant même les philosophes occidentaux du XVIIIème siècle, deux institutions fondent l'Etat moderne : les impôts d'une part et la pacification des sociétés par l'émergence d'armées centrales, souvent d'origine étrangères, issues des confins des royaumes. Ce qui est impressionnant avec la pensée d'Ibn Khaldun, c'est sa capacité à interroger le temps long, ce qui semble être de l'ordre de l'immuable et qui pourtant possède des règles cachées, nous dirions aujourd'hui des forces sociales et anthropologiques à l'œuvre aux fins d'éclairer, de mettre en perspective, le sens des actions tant publiques qu'individuelles.Il nous semble que nous (collectivement) manquons de ces interrogations fécondes qui questionnent le devenir de nos peuples maghrébins en tous cas, confrontés qu'ils sont aux processus concomitants de dominations scientifiques, technologiques, politiques et économiques d'une part et d'affirmations de plus en plus marquées par les Peuples de la région, grâce à la massification et l'élévation qualitative des enseignements fondamentaux et supérieurs, à devenir des acteurs de pleine expression de leurs futurs. Cette révolution éducative, de dimension anthropologique, portée sur les plans matériels par les rentes différentielles pétrolière et son surgissement dans des processus d'édification étatiques exprimés pour l'essentiel, en dehors des contraintes directement liées au travail et à l'activité industrieuse au contraire de l'occident, est grosse d'un nouveau rapport à la culture qui ne peut rester sans impact sur le mouvement social comme le démontre à l'évidence le « Hirak », initié par les étudiants du pays, mais également sur la nature même de l'Etat en demeure de dépasser la source fossile de ses sujétions en matière d'organisation de la levée de ses impôts et de ses ordres sécuritaires et militaires. En réalité le mouvement national, depuis que l'Emir Abdelkader lui a insufflé une extraordinaire modernité dans un effort de renouveau d'une pensée islamique patriotique, véritable pionnier du mouvement de la Nahda arabe , a fabriqué les algériens que nous connaissons, c'est à dire une cristallisation populaire d'ordre ethnique dans ses dimensions arabo-berbères mais aussi religieuses ou l'Islam s'extrait de facteurs strictement métaphysiques pour trouver sa pleine dimension sociale et nationale en formation dans la lutte contre le colonialisme avec pour objectif assumé de fonder un Etat musulman dans l'expression de ses valeurs. Si ce premier objectif, celui de la production des algériens fut héroïquement atteint, par des luttes populaires combattantes quasi mythologiques, bien avant la naissance d'un Etat, il nous reste encore à parachever l'Algérie dans des institutions civiles et militaires qui se doivent d'être marquées du sceau de l'universalité normative dans ses formes (stricte séparation des pouvoirs) mais pas forcément dans ses fonctions (non séparations des instances militaires et industrielles), en raison précisément de son histoire spécifique et de la guerre de domination qui nous est imposée par le mondialisme. Contrairement à une idée faussement répandue par certains idéologues, la révolution algérienne n'a pas libéré la terre mais bien plus les algériens, en figeant la notion de nationalité dans ses dimensions ethniques arabo-berbères, linguistique (l'arabe) et religieuses (l'Islam de rite malékite). Nous avons encore l'extraordinaire liberté de façonner l'Algérie non plus dans le rapport à ses frontières léguées par le colonialisme de peuplement et la révolution algérienne mais dans ses interactions à l'Etat, avec en son cœur la citoyenneté, la Nation ayant depuis longtemps, acquis une autonomie au cours de ses pérégrinations historiques. Si pour certains pays européens l'Etat précède la Nation (la France, l'Allemagne, l'Italie), pour ce qui nous concerne c'est plutôt le chemin inverse qui nous caractérise dans la mesure où l'expression de la Nation s'est très longuement réalisée totalement en dehors de l'Etat colonial et partiellement en périphérie du Beylik ottoman rappelant par bien des aspects les révolutions européennes, « les printemps des peuples de 1848 » qui voient la Serbie, la Croatie, la Grèce, la Bulgarie entre autres se libérer de la domination turque en pleine reconstruction. C'est donc dans le cours de ce processus de notre réalité historique, inversé par rapport à la France, dont l'établissement progressif d'Etat-Nation fascine sur le plan intellectuel jusqu'à nos jours les élites politiques algériennes aussi bien au sein de l'Etat que dans l'opposition dites « démocratique », que sont soulevés des débats à contre sens de la respiration naturelle du Pays, tel que celui d'une assemblée constituante comme si la notion de Nation était une idée en devenir chez notre Peuple, comme elle le fut pour la France et sa révolution, alors qu'elle relève d'une réalité sociale et anthropologique qui a largement prouvé son autonomie dans la fixation définitive de ses facteurs culturels, ethniques et religieux (les fameuses constantes nationales) pour ce qui nous concerne. Mais alors de quoi devrions nous discuter pour fonder notre modernité, celle que le « Hirak » appelle de ses vœux populaires ? Eh bien parlons de ce que nous suggère Ibn Khaldun : 1- des impôts et de la manière de sortir par la réforme fiscale de la rente pétrolière en indexant les taxes sur l'activité, fonction linéaire de l'énergie, et non plus sur le travail, ce qui permettra d'élargir les sphères de la production et donc les domaines d'intervention de la régulation de l'Etat tout en veillant à la séparation des trois pouvoirs et de celui de l'argent rentier. 2- de la pacification de notre société par l'approfondissement de la sécularisation de l'Etat par la diffusion continue et permanente des connaissances scientifiques, techniques, culturelles et cultuelles, à travers la presse subventionnée, librairies numériques, écoles, universités, centres de recherches, mosquées, par la constitutionnalisation rigoureuse de notre Droit et de nos libertés fondamentales dont celles liées à la promotion au long cours de nos cultures populaires, ciment de la Nation. 3- de l'armée, de sa professionnalisation et de la fusion des problématiques industrielles militaires qui sont les siennes dans le tissu économique national avec l'émergence d'une arme nouvelle : celle des ingénieurs intégrateurs militaires (une sorte d'équivalent de l'Engineers Corp.) capables de penser les solutions de continuité qui leurs sont spécifiques mais aussi celles qui doivent être à cheval entre les domaines militaires et civils comme le secteur stratégique des hydrocarbures ou bien comme celui de la maitrise et le développement complet du cycle technologique de la fibre optique, de manière autonome par l'armée, pour répondre à ses besoins dans un premier temps, puis à ceux de la Nation de manière générale dans un second temps, entre autres exemples illustratifs d'ailleurs en cours de réalisation. Le « Hirak » demande plus d'Etat-Nation, plus d'élargissement des activités par l'accroissement des connaissances et des savoirs et moins d'Etat-Croupion, moins de rente pétrolière qui ont montré toutes leurs limites avec l'effondrement des forces sociales conduisant le Pays. Plus d'Etat-Nation a forcément pour pendant plus de libertés dans tous les domaines pour sortir du régime unique de la rente et aller vers celui, démocratique des activités économiques diversifiées et fécondes. La démocratie dans notre pays s'appuie sur deux piliers, la réforme fiscale et la professionnalisation de l'armée avec une dimension de conscription indispensable, qui ne peut se réaliser pleinement en tant que projet politique qu'en dehors du régime unique la rente et de ses logiques limitatives de sens et d'actions. Cependant ce développement de l'Etat, ne devra sa spécificité démocratique non pas tant au respect du formalisme parlementaire et de ses règles du débat contradictoire et des alternances politiques indispensables à la tête de la Direction du Pays qui sont désormais inscrits dans l'anthropologie du mouvement social, marqueur qualitatif réellement novateur de ce qui se déroule en Algérie mais bien plus à l'identité
ontologique populaire de cet Etat marqué depuis des temps très anciens comme nous nous sommes efforcés de le mettre en évidence dans ce court article par les dimensions nationales du mouvement social, exprimant en droite ligne, une continuité, nous allions dire une obstination remarquable à la permanence d'un être maghrébin dont le cœur battant resteront ces 90 millions d'habitants qui trouveront les réponses fondatrices des questions qui les taraudent dans le burnous qu'ils portent fièrement et dans le couscous qu'ils partagent avec tous ceux qui leurs ressemblent.


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