La dissipation progressive des effets des mesures de relance et la vigueur de l'euro pourraient donc pénaliser la France au cours des prochains mois, notamment par rapport à l'Allemagne, qui continue de la dépasser de la tête et des épaules. Le chiffre de la croissance française sur la période juillet-septembre publié vendredi par l'Insee est légèrement inférieur aux attentes : 28 économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne une croissance de 0,5 % pour la période juillet-septembre. L'acquis de croissance pour 2010 ressort à 1,5 % à fin septembre. Sauf «accident» conjoncturel au cours des dernières semaines de l'année, la France se dirige, donc, vers un rebond de 1,6 % à 2 %, après la récession de 2,5 % de 2009. Pour la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, le chiffre du troisième trimestre confirme «l'entrée dans l'après-crise». «Plus O,4 % et une consommation qui tient de manière remarquable, l'investissement des entreprises qui se poursuit, ce sont de bonnes nouvelles et c'est une consolidation d'un mouvement de reprise», a-t-elle déclaré à Séoul, où elle participait au sommet du G20. «Il faut mesurer en semestres et, d'un semestre à l'autre, on fera largement aussi bien», a-t-elle ajouté en niant toute déception au vu du chiffre du troisième trimestre. Dans la moyenne de la zone euro Un ralentissement durable de la croissance pourrait se révéler problématique pour le gouvernement, qui a bâti ses prévisions budgétaires 2011 sur la base d'une hypothèse de croissance de 2 %. Un rythme plus lent risquerait de compromettre la réduction du déficit, censé être ramené à 6 % du PIB l'an prochain après 7,7 % cette année, et de se traduire par une remontée du chômage à quelques mois des échéances électorales de 2012. Et les résultats français sont à la traîne des performances allemandes: le PIB de l'Allemagne a progressé de 0,7 % au troisième trimestre et sa croissance au deuxième trimestre a été revue à la hausse, à 2,3 %, sa meilleure performance depuis la réunification du pays il y a 20 ans. Le PIB de l'ensemble de la zone euro a crû de 0,4 % au troisième trimestre selon l'estimation «flash» d'Eurostat. «Je suis frappé, comme lors des trimestres précédents, par l'énorme disparité entre les pays», explique Bruno Cavalier, économiste d'Oddo Securities. «L'Allemagne est clairement au-dessus du lot, la France est dans la moyenne mais la moyenne est très médiocre, et d'autres, comme l'Espagne, sont encore clairement en récession. C'est un problème plus aigu pour l'Europe que par le passé et ça ne facilite pas la coordination des politiques, donc la sortie de la crise». Selon les données préliminaires de l'Insee, les dépenses de consommation des ménages français ont augmenté de 0,6 % sur juillet-septembre, deux fois plus vite que sur avril-juin, grâce au rebond des dépenses en produits manufacturés (+1,3 % après -0,8 %), automobile et textile-cuir en tête. Euro fort et chômage élevé, deux handicaps L'investissement des entreprises non financières a crû parallèlement de 0,5 %, alors que celui des administrations publiques diminuait de 0,2 %, après une hausse de 0,9 % sur avril-juin. Les variations de stocks ont une nouvelle fois représenté la majeure partie de la croissance, avec une contribution de 0,3 point, tandis que la détérioration du solde commercial se traduit par une contribution négative, de -0,5 point.