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L'Algérie, un Etat arabo-berbéro-musulman (III)
La politique linguistique d'arabisation
Publié dans La Nouvelle République le 01 - 02 - 2011

Moins d'une année après son avertissement, le président Bouteflika est passé aux actes en fermant, en février 2006, plus de 40 écoles privées francophones de Kabylie pour causes de «déviation linguistique», d'«antinationalisme» et d'«errements francisants». En réalité, ces établissements ont été accusés de «franciser l'école et franciser l'Algérie et imposer une école du déracinement qui renie la langue arabe et l'islam». Cette opération de force a été menée par la police dans de nombreuses localités ; elle est intervenue à la suite d'une ordonnance présidentielle qui exigeait d'enseigner «obligatoirement en langue arabe dans toutes les disciplines et à tous les niveaux». Des peines de six à douze mois de prison sont même prévues contre les récalcitrants. Quelques jours plus tard, le gouvernement algérien accordait aux écoles fermées un «délai supplémentaire exceptionnel jusqu'à la fin de juin 2006» pour se conformer à la loi qui leur fait obligation d'enseigner les mêmes programmes que les écoles publiques. Après l'illégalité autorisée et encouragée, l'heure de la mise au pas était arrivée. Par ailleurs, la réglementation oblige les propriétaires des écoles privées de déclarer leurs sources de financement et leur interdit de recevoir des fonds de la part des associations nationales ou d'autres organismes étrangers sans l'aval préalable du ministère de l'Education. Les écoles privées qui ne répondent pas aux dispositions de l'ordonnance n° 05-07 du 23 août 2005 qui fixe les règles générales régissant l'enseignement dans les établissements privés d'éducation et d'enseignement et régit les établissements privés d'éducation, se voient retirer leur permis.
Hormis l'enseignement des langues étrangères, l'enseignement dans les établissements privés d'éducation et d'enseignement est assuré obligatoirement en langue arabe dans toutes les disciplines et à tous les niveaux.
Néanmoins, cette situation n'a guère empêché les dirigeants algériens de placer leurs propres enfants dans des «classes spéciales» francophones au lycée Bouâmama (ex-Descartes) d'Alger, un établissement d'enseignement public «privatisé». Les écoles privées actuelles sont dans l'obligation de respecter le programme national établi par le ministère de l'Education conformément au décret ministériel n° 04/90 du 24 mars 2004 fixant les conditions de création, d'ouverture et de contrôle des écoles privées d'éducation et d'enseignement. Le programme comprend toutes les matières enseignées dans les établissements publics : la langue arabe, la langue française, la langue anglaise, l'éducation islamique, l'éducation civile, l'éducation technologique, l'éducation environnementale, les mathématiques avec, en plus, le sport pour le primaire.
Dans les faits, la loi demeure partiellement appliquée, mais elle continuera d'alimenter la schizophrénie linguistique. La plupart des directeurs des écoles privées affirment que leurs établissements ont pour objectif de former de bons bilingues (arabe-français) pour qu'ils puissent suivre normalement les études supérieures, dont plusieurs filières sont généralement dispensées en français.
Quant à l'enseignement supérieur, il reste encore relativement français, particulièrement dans les disciplines scientifiques et techniques. L'arabisation des universités a été ralentie depuis que les étudiants se sont révoltés parce que leurs diplômes arabes ne leur offraient pas de réels débouchés sur le marché du travail. Les universités algériennes présentent un taux d'échec effarant dès la première année. C'est que les étudiants arrivent dans l'enseignement supérieur avec une formation arabophone, alors qu'ils sont appelés à suivre leur cursus en langue française.
L'affichage et la vie économique
C'est seulement en 1976 que le gouvernement algérien a commencé à prendre des mesures draconiennes pour faire de l'Algérie un pays qui ait un visage arabe. Le ministère de l'Intérieur a fait parvenir une circulaire en juillet 1976 dont les directives devaient être exécutées dans tout le pays. Les paragraphes 3 et 4 de cette circulaire apparaissent suffisamment explicites pour qu'il soit utile de les reproduire ici.
Circulaire de 1976
3) arabiser totalement toutes les enseignes extérieures des administrations et sociétés publiques et les écrire en lettres apparentes, de grande dimension, d'écriture belle et élégante, et interdire absolument toute inscription en langue étrangère ;
4) utiliser seulement l'écriture en arabe pour les divers services, bureaux et guichets internes et pour les diverses inscriptions, panneaux d'indication ou d'orientation, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des institutions.
L'opération a été parfois exercée dans une certaine précipitation ; par exemple, à Alger, en une nuit, on a remplacé presque toutes les inscriptions françaises. L'objectif sera atteint dans l'ensemble du pays avec des résultats inégaux, il est vrai : les zones rurales ont été presque complètement arabisés, mais les villes du Nord ont résisté davantage. Aujourd'hui, la plupart des plaques des rues sont bilingues avec des noms arabes, mais certaines portent encore des noms français «comme avant».
A l'heure actuelle, si la publicité commerciale est généralement française, parfois bilingue, l'affichage gouvernemental et l'affichage municipal demeurent unilingues arabes. Quant aux raisons sociales, elles sont unilingues arabes ou bilingues, mais toutes les étiquettes des produits de consommation courante sont bilingues, à la condition que la langue arabe soit mise en évidence. Les entreprises commerciales sont souvent en arabe seulement, mais dès qu'elles prennent de l'importance et prospèrent, elles ont tendance à devenir bilingues (arabe-français). L'anglais est très rare en Algérie ; le seul cas connu semble être la grande enseigne de l'aéroport d'Alger «Algiers National Airport».
En dépit des termes du décret 81-36 du 14/03/1981 relatif à l'arabisation de l'environnement et de la loi n° 91-05 du 16 janvier 1991, beaucoup d'inscriptions apparaissent encore uniquement en français, même dans la capitale (Alger). Voici comment sont libellés les articles 20, 21 et 22 de la loi n° 91-05 du 16 janvier 1991 :
1) sous réserve d'une transcription esthétique et d'une expression correcte, les enseignes, les panneaux, les slogans, les symboles, les panneaux publicitaires ainsi que toute inscription lumineuse, sculptée ou gravée indiquant un établissement, un organisme, une entreprise ou un local et/ou mentionnant l'activité qui s'y exerce sont exprimés dans la seule langue arabe ;
2) il peut être fait usage de langues étrangères parallèlement à la langue arabe dans les centres touristiques classés.
Sont imprimés en langue arabe et en plusieurs langues étrangères et à condition que la langue arabe soit mise en évidence les documents, imprimés, emballages et boîtes comportant des indications techniques, modes d'emploi, composantes, concernant notamment :
- les produits pharmaceutiques
- les produits chimiques
- les produits dangereux
- les appareils de sauvetage et de lutte contre les incendies et les calamités.
1) Les noms et indications concernant les produits, marchandises et services et tous objets fabriqués, importés ou commercialisés en Algérie sont établis en langue arabe.
2) Il peut être fait usage de langues étrangères à titre complémentaire.
Les responsables des entreprises privées, les commerçants et les artisans qui contreviennent aux dispositions de la loi sont passibles d'une amende de 1.000 à 5.000 dinars (art. 33) ou 15 à 70 dollars. De plus, «en cas de récidive, il est procédé à la fermeture temporaire ou définitive du local ou de l'entreprise». Même les associations à caractère politique sont soumises à la loi, mais, pour elles, les amendes s'élèvent de 10.000 à 100.000 dinars (de 140 à 1.400 dollars). On peut prendre connaissance du texte intégral (en français) de la loi n° 91-05 du 16 janvier 1991 portant généralisation de l'utilisation de l'arabe.
Notons que loi n° 91-05 du 16 janvier 1991 portant généralisation de l'utilisation de l'arabe fut suspendue en 1992 par le chef de l'Etat Mohamed Boudiaf, assassiné en juin de la même année : il avait considéré que les conditions pour la généralisation de l'arabe n'étaient pas réunies. Cette loi a été «réactivée» depuis et, en décembre 1996, le Conseil national de transition, l'assemblée désignée par le pouvoir en place, a adopté à l'unanimité l'ordonnance n° 96-30 du 21 décembre 1996 qui modifie et complète la loi du 16 janvier 1991.
Quoi qu'il en soit, le français est très présent en Algérie. Ainsi, on trouve en Algérie surtout des affiches unilingues en français, puis des affiches bilingues en français et en arabe, ensuite des affiches trilingues en arabe, en français et en anglais ; les affiches trilingues en arabe, en berbère et en français appartiennent en général à des établissements d'enseignement ou à des commerçants. Les affiches unilingues arabes concernent les édifices publics, les écoles, les commerces... C'est comme si l'article 20 de la loi n° 91 était interprété au sens large : presque tout le pays semble correspondre à des «centres touristiques classés».
Ordonnance n° 96-30 du 21 décembre 1996
La loi du 21 décembre 1996 modifie celle de 1991, mais en réalité elle n'ajoute pas grand-chose à la loi précédente. La généralisation de l'arabe touche les secteurs où le français est encore la langue de travail majoritaire, dont la vie économique et l'université pour les matières scientifiques.
Toutes les relations et les correspondances de l'administration, des associations de toute nature – donc les partis politiques –, les déclarations, les conférences et séminaires, les émissions télévisées devront se faire en langue arabe. Une amende de 2.000 à 5.000 dinars (de 30 à 70 dollars) frappe tout responsable officiel qui signerait un document rédigé dans une autre langue que l'arabe. A l'université, les sciences humaines ont été arabisées, mais les filières techniques et scientifiques sont encore enseignées en français. Les plus forts tirages de la presse quotidienne sont ceux de journaux francophones. Avocats et magistrats continuent à faire de larges emprunts au français. Dans les administrations, certains documents sont encore rédigés en français (factures). Et le français garde surtout une place prépondérante dans l'économie.
Le président Bouteflika a reconnu lui-même au Sommet de Beyrouth (18-20 octobre 2002) que le français permettait aux Algériens d'élargir leur horizon et de participer à l'évolution de la modernité : «L'Algérie a conscience que l'usage de la langue française permet à nos jeunes d'élargir leur horizon et de participer à l'évolution du monde moderne.»
Les politiques d'arabisation instaurées par l'oligarchie algérienne ont été imposées d'en haut à la population. Contrairement à d'autres pays tels que la Pologne, la Lituanie ou l'Ukraine, qui ont élaboré des politiques linguistiques réhabilitant la langue du peuple (polonais, lituanien ou ukrainien) contre l'omniprésence du russe, l'Etat algérien a voulu supprimé la langue de l'oppresseur, le français, pour imposer une autre langue, l'arabe classique en lieu et place de l'arabe algérien. Toutes ces politiques d'arabisation auraient été fort différentes si elles avaient été orientées vers l'arabe algérien plutôt que vers l'arabe classique que personne ne parle. Ainsi, il n'apparaît pas souhaitable ni normal que le théâtre en arabe algérien soit interdit au profit de l'arabe classique.
Aujourd'hui, l'Algérie est aux prises avec un problème important d'analphabétisme : entre 50 et 75 %, selon les estimations. Certains croient que ce problème est dû à l'usage du français qui confère encore un caractère élitiste à l'enseignement. Mais les plus réalistes sont plutôt convaincus que le problème provient de l'usage de l'arabe classique dans les écoles et, surtout, des méthodes pédagogiques totalement désuètes. L'enseignement de l'arabe classique fonctionne sur une méthode pédagogique répétitive et prisonnière d'une conception théocratique de l'islam. On ne l'enseigne pas comme une langue moderne (comme on le ferait pour l'anglais), mais comme une langue morte. C'est pourquoi il serait illusoire de demander aux Algériens de soutenir des conversations en arabe classique sur des sujets de la vie quotidienne. Cet arabe classique est une langue seconde pour tous les Algériens.
(Suite et fin)


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