Jamais l'attribution d'un prix Nobel n'a autant divisé. Autant la classe politique norvégienne que les grandes figures politiques mondiales. Obama, le président des Etats-Unis, aura été en fait le premier surpris par cette distinction, qui serait venue un peu d'ailleurs. La presse internationale s'évertuait dans ses éditions de samedi d'expliquer cette attribution, non sans grand étonnement quant au choix du récipiendaire, même aux Etats-Unis où le Washington Post était en première ligne parmi ceux qui s'étonnaient franchement du choix du président américain pour un prix qui récompense, traditionnellement, une longue carrière au service de la paix dans le monde. Avec Barack Obama, les choses auraient en fait évolué dans le sens contraire des aiguilles d'une montre. C'est-à-dire à l'avance. Pourquoi ? Beaucoup estiment en fait que le comité Nobel aura voulu donner plus de poids à l'action diplomatique du premier président US de couleur. Un président qui a réussi, en quelques mois et de sages décisions, à apaiser l'appréhension des Russes vis-à-vis du projet de bouclier antimissiles que l'administration Bush voulait déployer en Pologne. Jusqu'à ressusciter le spectre de la guerre froide, de nouveau. L'annulation de ce projet militaire avait tellement ravi les Russes qu'ils se sont empressés de se rapprocher de l'OTAN, un geste impensable il y a seulement une année, défaitiste il y a vingt ans. Et pourtant, Obama a réussi à rapprocher par une telle décision Moscou de l'OTAN, de Washington et de l'Europe. C'est cette donnée qui aurait forcé une décision, par anticipation, du comité Nobel. Est-il dès lors étonnant de voir que le président russe Dmitri Medvedev salue personnellement cette distinction, soulignant «j'espère que cette décision apportera un élan supplémentaire à notre effort commun pour créer un nouveau climat de politique internationale». La joie est dans l'ex-camp «rouge», si l'on considère la réaction positive de Fidel Castro, pourtant l'un des pires ennemis de l'administration US. «C'est une mesure positive», estime Castro, si «l'on considère la politique génocidaire de ses prédécesseurs». En fait, il n'y a pas de normes dans ce genre de situations, où la férocité politique des uns et des autres est à fleur de peau. A Oslo, par contre, il y a des appels à la démission du président du Comité Nobel, Thorbjoern Jagland, qui cumule la fonction de président du Conseil de l'Europe depuis septembre dernier. Un parti d'opposition norvégien a ainsi recommandé au président du Comité Nobel de démissionner pour ne pas avoir une double casquette avec les affaires européennes. D'où cette question de beaucoup d'observateurs politiques qui se demandent si le président du Conseil de l'Europe et du Comité Nobel n'aura pas voulu impliquer davantage l'Amérique réformiste et débarrassée de ses va-t-en-guerre ! républicains dans les affaires européennes. Tant il est vrai que le prix Nobel de la paix n'est pas une distinction comme les autres, et l'attribuer à un président américain au début, au tout début de son mandat aura des lectures absolument à géométrie politique très variable. Au point que l'un des anciens prix Nobel, l'Argentin Adolfo Perez Esquivel, s'est dit surpris de voir le président d'un pays «qui commet le plus d'agressions dans le monde» récompensé du plus prestigieux des prix Nobel, celui de la Paix. En espérant que le président Obama utilise le prix au service des peuples, pour résoudre les graves conflits dans lesquels les Etats-Unis sont impliqués, Esquivel aura-t-il en fait lancé un défi pour le tout nouveau Nobel de la paix à donner une autre tournure, plus humaine, de la politique étrangère US ? Pas évident, tant que le lobby sioniste contrôle cette politique étrangère US.