N'ayant pas pu rencontrer avant-hier le P/APC de Constantine, les travailleurs de l'abattoir de viande rouge de la commune de Constantine sont revenus, hier, à la charge. Pour la deuxième journée consécutive, donc, ils se sont massivement regroupés devant le siège de l'hôtel de ville pour revendiquer une solution à leur désarroi après la fermeture de l'abattoir, en prévision de travaux de réhabilitation exigés par les conditions déplorables dans lesquelles s'exerçait l'activité de l'abattage ovin et bovin. L'inquiétude se lisait sur les visages des travailleurs, venus plus nombreux hier s'enquérir de la situation auprès du président de l'Assemblée populaire communale, le signataire de l'arrêté de fermeture de l'abattoir. «Il n'y a ni réhabilitation ni mise à niveau qu'on chercherait à mettre en place. La raison réelle, inavouée du reste, de la fermeture de l'abattoir relève plutôt de convoitises nourries par certains industriels du médicament qui veulent s'accaparer à tout prix de l'assiette de terrain», lance un protestataire. Croyant dur comme fer à cette «conjecture», et pour mieux étayer ses dires, ce dernier indiquera que l'abattoir se situe presque au beau milieu de plusieurs usines de production de médicaments, et les industriels concernés sont dérangés au plus haut degré par les odeurs et l'insalubrité générées par l'activité de l'abattoir. D'où leurs démarches insistantes pour le fermer et tirer profit de l'assiette de terrain qui sera libérée, pour y construire de nouvelles infrastructures pharmaceutiques ou élargir les unités déjà fonctionnelles. «En fait, ceci ne constitue pas le fond du problème pour nous, ce qui nous préoccupe c'est de trouver un palliatif à cette situation», précisent les travailleurs de l'abattoir. Interrogé juste après avoir reçu des représentants des contestataires, le P/APC de Constantine, M. Seif Eddine Rihani, nous dira que la fermeture de l'abattoir est un impératif dicté par les circonstances d'une réhabilitation des lieux qui s'avère primordiale au vu du délabrement des lieux et des dangers encourus par les consommateurs. Selon des vétérinaires, parmi ces dangers, ceux qui sont les plus fréquemment incriminés dans des cas de toxi-infection alimentaire, et dont les signes cliniques induits et les plus graves sont Salmonella enterica, Listeria monocytogenes, Staphylococcus aureus, Clostridium perfringens et Clostridium botulinum. Ainsi, «des mesures préventives doivent être initiées pour empêcher l'apparition de ces complications (souvent) liées à des non-conformités relatives à la construction, la configuration et l'équipement de l'abattoir et à l'hygiène du personnel», estiment encore des vétérinaires. Cependant, le maire reconnaîtra implicitement que le timing se prête mal à l'opération de réhabilitation. «Dans l'immédiat, on va procéder au lancement d'une importante opération d'assainissement, puis on remettra l'abattoir en activité juste pour cette période post-ramadhan où l'abattage connaît effectivement une hausse considérable, et le lancement des travaux de réhabilitation devrait se faire immédiatement après cette période de grâce», nous a déclaré le maire de Constantine. La fermeture de l'abattoir devrait, donc, être effective après le mois du ramadhan, chose qui a rassuré un tant soit peu les travailleurs. Quant aux velléités de s'accaparer du terrain, nourries par certains industriels du médicament, le maire nous dira qu'effectivement des producteurs de médicament logés dans la périphérie de l'abattoir ont montré leur intérêt pour «annexer» l'assiette en question, mais ils ont reçu un niet catégorique de notre part, affirme-t-il. «Je ne suis pas près de laisser tomber l'unique abattoir de la commune de Constantine sans perspectives de lui trouver un autre terrain d'affectation sur le territoire de la commune», signifie-t-il. On apprendra dans ce sillage auprès de la DSA que la wilaya de Constantine s'est dotée de trois abattoirs de viandes rouges dont deux sont en cours de réalisation au niveau de la commune de Messaoud Boudjeriou. Mais, est-ce suffisant pour avoir un impact positif sur l'organisation du marché local de la viande ovine et bovine, lequel marché est actuellement à la merci de l'abattage clandestin ? «Les pouvoirs publics doivent renforcer leur rôle de régulateur du marché des viandes rouges, et cela ne peut se faire qu'à travers la réalisation de grands complexes d'abattage, dont l'implantation doit se situer à proximité des marchés à bestiaux et dans les régions où l'élevage ovin et bovin se trouve bien ancré», estiment des professionnels en activité dans le créneau.