Une écrasante majorité des membres de l'Assemblée populaire nationale a voté jeudi à main levée le plan d'action du gouvernement. Les députés du Front de Libération nationale (FLN), du Rassemblement national démocratique (RND) et les indépendants ont voté pour. Les députés FFS et PT se sont abstenus, ceux de l'Alliance de l'Algérie verte (islamistes) ont voté contre. Le plan d'action s'articule autour d'axes importants tant sur le plan politique et social qu'économique tels que la réconciliation nationale, la poursuite de l'effort de développement des infrastructures et la mise en place d'une politique résolue d'encouragement de l'investissement national et étranger pour la période quinquennale 2015-2019, avec une prévision d'un taux annuel de croissance de 7% pour cette période. Dans son intervention devant les députés, le Premier ministre a déclaré que l'Algérie n'a signé aucun contrat concernant l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels, précisant que les contrats signés récemment concernent le seul volet de l'exploration. «La nouvelle loi sur les hydrocarbures comporte toutes les dispositions requises concernant la protection de l'environnement», a-t-il déclaré en réponse aux députés de l'APN au terme du débat sur le plan d'action du gouvernement. Selon le chef de l'exécutif, la nouvelle loi prévoit des dispositions en vue de la protection et de la préservation des ressources aquifères. Le Premier ministre a demandé aux députés de ne pas demeurer prisonniers de visions économiques erronées, précisant que l'exploitation du gaz de schiste doit se faire dans une perspective de long terme et que l'Algérie s'attelle à former la ressource humaine nécessaire à l'exploitation de cette source énergétique. Le Premier ministre a insisté sur «la souveraineté de l'Algérie dans ses décisions». Abordant la situation aux frontières algériennes, M. Sellal a relevé, un «bouillonnement» du fait du trafic de drogue et d'armes ainsi que d'actes de terrorisme. «Ces actions visent à pousser l'Algérie à s'ingérer dans les affaires d'autrui afin d'affaiblir son armée (ANP)», a-t-il ajouté. «Cela n'a pas abouti grâce à la politique menée par le président de la République et tous ceux qui sont fidèles à l'Algérie», a-t-il dit. «L'Algérie mène une lutte permanente (contre le terrorisme, le trafic d'armes et les narcotrafiquants) dans un environnement hostile, marqué par un effritement et une dégradation de la situation dans les pays du voisinage», a affirmé M. Sellal dans ses réponses aux députés de l'APN, au terme du débat sur le plan d'action du gouvernement. RECONCILIATION NATIONALE : «LE DOSSIER PAS CLOS» Lors d'une conférence de presse animée à l'issue de l'adoption du plan d'action du gouvernement à l'APN, M. Sellal a indiqué que le processus de la réconciliation nationale est un acte civilisé et que le dossier n'était pas clos. Il a rappelé que le projet de révision de la constitution propose «la constitutionnalisation de la réconciliation nationale qui ne se limite pas, selon lui, aux actions menées par l'Etat lors des années passés dont le règlement des problèmes des primes et de l'emploi». «Ce volet renferme encore des lacunes» que l'Etat œuvre à combler, a-t-il ajouté, rappelant que «la semaine passé, le président de la République a donné une instruction pour «lever l'interdiction de sortie du territoire national au profit de certaines personnes». «La situation des personnes concernées a été régularisée. Ces derniers rencontraient des problèmes lorsqu'ils voulaient par exemple voyager pour accomplir le hadj, d'où l'importance de cette instruction présidentielle visant la levée de ces entraves bureaucratiques», a indiqué M. Sellal. «D'autres questions restent à traiter comme celle des disparus», a-t-il fait remarquer. «Tous ceux ayant déposé un dossier dans ce sens ont reçu une réponse, qu'il s'agisse de renseignements ou de prise en charge financière. Cependant, il existe toujours des lacunes et le travail se poursuit». «Nous devons nous réconcilier et apprendre à coexister». «Si nous parvenons à coexister nous réussirons à construire une nation algérienne authentique». MOYENS FINANCIERS POUR LE PROJET DE DECOUPAGE ADMINISTRATIF A une question sur le nouveau découpage administratif, le Premier ministre a indiqué que «le dossier sera tranché au cours du troisième trimestre de l'année en cours sur la base d'une étude». Le découpage «progressif» concernera dans un premier temps, selon les instructions du président de la République, les régions du Sud et des Hauts-Plateaux telles «Touggourt, In Salah et Djanet». «Le projet de découpage porte sur la création de nouvelles wilayas», a souligné M. Sellal, «l'étude du projet définira le montant de l'enveloppe budgétaire». «Le lancement du projet à la fin de l'année en cours coïncidera avec le budget de la nouvelle année (2015). D'importants moyens financiers seront alloués à ce projet qui sera réalisé progressivement», a-t-il ajouté, soulignant la nécessité de maintenir la relation entre la wilaya d'origine et celle nouvellement créée». Le nouveau découpage administratif permettra de créer de nouveaux postes d'emploi, notamment dans les régions du Sud et des Hauts-Plateaux et de faciliter l'implication des cadres et des compétences locales dans la gestion administrative locale, a affirmé M. Sellal. Concernant la situation dans la wilaya de Ghardaïa, M. Sellal a dit que «les choses commencent à s'améliorer», affirmant que «la loi sera appliquée avec vigueur et sans aucune tolérance pour les auteurs de crimes ou les fauteurs de troubles» enregistrés dans cette wilaya. LA REGLE 51/49 POURRAIT ETRE SUPPRIMEE Le gouvernement pourrait envisager la suppression de la règle 51/49% régissant l'investissement étranger en Algérie pour les secteurs non stratégiques comme celui des PME, a annoncé jeudi Sellal. Il a révélé que la suppression de cette règle, qui régit la répartition du capital pour les investissements étrangers, a été évoquée par les partenaires de l'Algérie dans le cadre des négociations pour son accession à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC). Pour «l'OMC les négociations se poursuivent (...) ils nous ont demandé de revenir sur la règle 51/49. Nous sommes encore en discussions mais nous avons une stratégie: nous pouvons répondre (à cette requête) que c'est possible (de supprimer la règle) pour quelques secteurs avec un délai de grâce de quatre à cinq ans», a-t-il déclaré. Le Premier ministre répondait à une question d'un journaliste qui a reproché au gouvernement d'entretenir l'opacité dans ses négociations avec l'OMC et de communiquer peu sur l'avancée du processus. Peu auparavant, le chef de l'Exécutif a indiqué dans ses réponses aux questions des parlementaires sur le plan d'action que le gouvernement était prêt à engager un débat sur l'opportunité de supprimer cette règle pour les secteurs non stratégiques. Pour autant, le Premier ministre a été catégorique en affirmant que l'Algérie ne va en aucun cas annuler cette règle pour les secteurs stratégiques. De même pour le droit de préemption de l'Etat sur la cession des participations des étrangers en Algérie qui sera, selon lui, maintenu. Cela relève des principes de la législation économique de l'Algérie auxquels l'Etat ne va pas renoncer, a-t-il dit en substance. TAMAZIGHT En réponse aux préoccupations des députés sur le Tamazight, M. Sellal a relevé la nécessité de doter l'enseignement de cette langue d'instruments pédagogiques modernes pour la hisser au niveau qui lui sied dans la société. A un député qui réclamait «une décision politique» pour officialiser Tamazight, le Premier ministre a répondu qu'il «ne s'agissait pas de décision politique, mais plutôt de la volonté de son application sur le terrain», affirmant la nécessité de tomber d'accord sur son enseignement en usant de moyens pédagogiques modernes». «Même si nous officialisons cette langue à l'avenir, nous le ferions sans avoir (au préalable) réuni les conditions pédagogiques nécessaires à son enseignement de manière efficace», a ajouté le Premier ministre.