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Les pieds-rouges, ces pieds-noirs à l'envers
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 04 - 10 - 2018

Contrairement aux pieds-noirs qui quittaient l'Algérie au moment de son indépendance, les pieds-rouges sont des citoyens français qui faisaient le chemin inverse pendant ce temps.
Une raison pour laquelle on les surnomme d'une manière anecdotique « Les pieds-noirs à l'envers ».
Le terme « pied-rouge » désigne donc un Français militant de gauche ou d'extrême gauche qui s'est rendu en Algérie juste au moment de son indépendance. Ils étaient pour la majeure partie des membres du parti communiste français, farouchement opposés à la politique extérieure exercée par la France à l'égard de ses colonies, notamment en Algérie. On comptait entre autres parmi ces migrants particuliers des éléments avec des idées socialistes, marxistes, trotskistes ou mêmes anarchistes, ce qui leur a valu la distinction de la couleur rouge.
Pressés par le gouvernement français à cause de leur position contraire à son programme colonialiste, et traqués par l'OAS en France suite au soutien logistique et diplomatique qu'ils fournissaient à la cause algérienne, un grand nombre de pieds rouges se sont exilés massivement au Maroc ou en Tunisie pendant la guerre d'Algérie. Ils ont rejoint l'Algérie par les frontières dès que l'autonomie du pays fut proclamée. Leur objectif premier était d'œuvrer à la reconstruction et au développement du pays en dehors du cadre de la coopération, une coopération qui notifie selon les accords d'Evian la participation de 15 000 cadres français à la continuation de l'état algérien sous la tutelle du GPRA.
En 1962, l'Algérie est un pays majoritairement rural dont la paysannerie a été profondément déstructurée par les besoins de l'économie coloniale.
Bouleversé par plus d'un siècle d'oppression coloniale, le peuple algérien souffre de dépaysement, d'illettrisme et de bidonvilisation aux conséquences sociales dévastatrices : 40% d'une population comptant alors dix millions de personnes vit dans la misère, deux millions sont au chômage, et seulement 10 % des enfants sont scolarisés. C'est que l'économie du pays a longtemps reposé sur l'exportation massive de produits agricoles à destination de la métropole coloniale. Sur le plan politique, de nombreuses obligations pèsent sur le nouveau destin national des Algériens, toujours angoissés par le spectre de la guerre civile. La malnutrition et la tuberculose frappent les habitants des campagnes qui manquent de personnels soignants, comme de personnels enseignants, puisque les hôpitaux publics et les écoles sont désertés.
Le pays avait donc un réel besoin des compétences étrangères afin de maintenir la machine en marche et de passer à de meilleures vitesses d'essor et de développement.
En plus des pieds-noirs qui ont choisi de rester en Algérie sous garantie de sécurité et de respect pour leurs personnes et pour leurs biens, des coopérants vénus au terme de relations officielles entre la France et l'Algérie, les pieds rouges, arrivés « clandestinement », étaient aussi les bienvenus au pays, l'apport de leurs différents services était une nécessité absolue aux Algériens. Ils y affluèrent par milliers, leur nombre n'est pas exactement déterminé, tous désireux de mettre en chantier l'utopie réparatrice des torts coloniaux.
Qu'ils soient médecins, instituteurs, artistes ou journalistes, qu'ils veuillent « réparer les dégâts » du colonialisme ou qu'ils rêvent de révolution mondiale, chacun se veut du bon côté du monde. Ils aspiraient à la participation à la naissance d'une nouvelle société libre, avec un modèle de socialisme tiers-mondiste différent du bloc soviétique devenu répugnant, observé comme dictatorial par l'opinion des nations.
Pour les pieds rouges, Alger était La Havane, la Mecque des révolutionnaires, eux qui rêvaient d'une société qui se révèle d'un socialisme authentique. Ils étaient séduits par le mode politique de « la révolution démocratique et populaire », un mode traduit sur le terrain par un nationalisme populaire dont les objectifs du pouvoir en place visent en premier lieu à développer les secteurs vitaux : industrialisation, ouverture du commerce extérieur, développement agricole, ainsi que l'amélioration des services sociaux. Ce caractère socialiste, voire autogestionnaire, se remarque par la redistribution gratuite de terres, la création de coopératives collectives, l'octroi des crédits et d'autres mesures alléchantes qui ne pouvaient qu'attirer bon nombre de militants anticolonialistes qui voulaient faire de l'Algérie un terrain expérimental pour un socialisme idéal.
Mais, l'enchaînement des événements n'était guère parallèle au désir presque utopique exprimé par les pieds rouges. En ces premiers mois de l'indépendance, les tensions sont effectivement grandes entre les maquisards de l'intérieur, de l'armée des frontières dirigée de l'extérieur par le colonel Boumediène, et de la fédération française du FLN.
Le climat est même exacerbé avec la liquidation des supplétifs musulmans de l'armée française, les « harkis » ralliés à la cause de la France, et le départ massif des « pieds-noirs » estimé à 700 000 partants lors de l'été 1962. Sans compter les rivalités sanglantes entre le FLN et le GPRA qui s'intensifient avec la révocation par le GPRA du chef de l'ALN devenue Armée Nationale Populaire (ANP).
Après l'installation de l'assemblée constituante algérienne du 20 septembre 1962, l'instauration d'un régime de parti unique le 8 septembre 1963, et l'interdiction du parti communiste algérien, une volonté d'épuration et d'encadrement drastique et monolithique du pays se confirme dans la vision politique du régime en place. Malgré tout, le FLN jouit d'une légitimité populaire qui, gagnée sur le terrain militaire, fait aussi de l'armée un rouage essentiel de son pouvoir.
Le rêve des pieds rouges s'estompa graduellement avec les changements effectués dans les grandes lignes de l'Algérie nouvelle par ses nouveaux dirigeants.
A cette époque, Alger est l'une des plaques tournantes du tiers-mondisme, accueillant les militants et militantes d'Afrique et d'Amérique latine qui rêvent d'un nouveau socialisme théorisé dans les pages de la revue prochinoise « Révolution africaine » entre autres animée par le jeune avocat Jacques Vergès. Les pieds rouges sont finalement rejoints par des cadres de Russie, de Chine, de Cuba ou d'Egypte, arrivés massivement dans le cadre d'accords de coopération avec ces pays tiers-mondistes. Pour autant, la voie consensuelle d'un nationalisme frotté de culture arabo-musulmane s'insinue toujours davantage dans les parages de l'utopie autogestionnaire. Le sabotage des syndicats, l'interdiction des partis politiques naissants après l'indépendance démontre la volonté du FLN à copier les stratégies soviétiques et exercer un régime de gérance autoritaire, totalitaire, chose qui n'arrangeait pas les prétentions des pieds rouges. Par ailleurs, l'apposition du code de la nationalité, adopté en mars 1963 et intégré à la constitution de la nouvelle république approuvée par référendum en septembre. Son article 34, en prévoyant que « Le mot Algérien en matière de nationalité d'origine s'entend de toute personne dont au moins deux ascendants en ligne paternelle sont nés en Algérie et y jouissaient du statut musulman », exclut de fait les pieds rouges qui travaillent pourtant d'arrache-pied à la reconstruction du pays.
En outre, le conflit arabo-israélien, avec la guerre des six jours 1967 et celle de 1973, accentue les tensions entre les pays du Tiers-Monde et l'Occident. La confusion de la situation politique se complique avec la nationalisation des hydrocarbures par certains pays du sud. La haine entre les pôles refait surface et le spectre du colonialisme revient à la scène pendant ces changements inattendus par les pieds rouges, ce qui a induit à leurs départs progressifs après chaque événement de malentendu, entre la France et l'Algérie spécialement. La présence des pieds rouges, et de tous les européens d'ailleurs, a été remise en question après chaque conflit entre ces deux pays. L'arabisation du système scolaire et des institutions étatiques en Algérie était l'acte qui a obligé les derniers clandestins occidentaux à quitter définitivement le pays. Ce sont aussi des universitaires comme l'ethnologue Jeanne Favret-Saada, des journalistes comme Henri Alleg, des cinéastes comme René Vautier, des militants comme Eugénie Dubreuil de la Fédération anarchiste, ou encore le photographe Elie Kagan, célèbre pour ses photographies des massacres de la nuit noire du 17 octobre 1961.
Le passage des pieds rouges en Algérie était bref mais d'un apport utile à remercier, aussi bien durant la guerre d'Algérie lorsqu'ils étaient désignés de « porteurs de valises» du FLN, que pendant son indépendance. Humanitaires, faisant pour la plus part dans le bénévolat, ces cadres ont aidé la nouvelle Algérie à se lever, en formant d'autres cadres dans tous les domaines, en gérant des institutions sociales et même en animant la scène médiatique et culturelle.
Ils ont travaillé dans le silence, et sont partis dans le silence. L'hommage qu'on puisse leur rendre est une simple pensée, un rappel pour vaincre l'oubli de ces gens que l'histoire a presque égarés. L'évidence impose que de toutes les façons, un étranger, quelle que soit la couleur de ses pieds, sera un jour ou l'autre appelé à rejoindre son pays d'origine. Finalement, il ne restera à l'oued que ses bonnes pierres.
* Ecrivain


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