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La Turquie, en route vers de nouvelles élections
Publié dans Réflexion le 14 - 08 - 2015

L'AKP, le parti du président Erdogan, n'a pas d'alliés pour former un gouvernement de coalition. Les violences avec les Kurdes lui permettront peut-être de mobiliser son électorat lors de prochaines élections législatives. En Turquie, l'AKP est seul. Après avoir perdu la majorité absolue aux législatives du 7 juin dernier, le parti de Recep Tayyip Erdogan vient d'échouer à trouver un accord avec le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), seule formation qui n'avait pas fermé la porte à une alliance avec lui. De "profondes divergences" sont apparues avec le CHP, notamment sur la politique étrangère et l'éducation, a admis le Premier ministre islamo-conservateur Ahmet Davutoglu . "Des élections sont aujourd'hui fort probables", a déclaré le chef du gouvernement turc, estimant que c'est "la seule option".
Le Premier ministre n'a pas réussi à former un gouvernement de coalition, rendant inévitables de nouvelles élections. Un échec auquel le président Erdogan ne serait pas étranger...Seuls quelques rares optimistes y croyaient encore, mais l'annonce du Premier ministre turc a douché leurs espoirs, jeudi en fin d'après midi : la Turquie est bel et bien en route pour de nouvelles élections. Au terme d'un marathon de négociations, le parti islamo-conservateur AKP et la formation sociale-démocrate du Parti républicain du peuple (CHP) ne sont pas parvenus à trouver un accord pour former un gouvernement de coalition, soixante-sept jours après les élections législatives. Le 13 juillet dernier, le Premier ministre (AKP) sortant Ahmed Davutoglu avait été chargé par le président Erdogan de mener des discussions avec les autres formations présentes dans le Parlement (CHP, nationalistes du MHP et pro-kurdes du HDP) après que le parti au pouvoir a perdu sa majorité absolue au Parlement, détenue pourtant depuis 2002. "Il n'y a pas là un terrain favorable pour un partenariat de gouvernement", a tranché jeudi le chef du gouvernement temporaire, Ahmed Davutoglu, arguant notamment qu'entre les deux formations (plus 65 % des votes à elles deux en juin) subsistaient de trop "profondes différences de point de vue". Et d'annoncer dans la foulée que de nouvelles "élections sont aujourd'hui fort probables (courant novembre, NDLR)".
Un retour aux urnes plutôt qu'une coalition
Pas de quoi pour autant convaincre l'AKP et son leader, Ahmed Davutoglu, qui a sans nul doute gardé un œil sur les derniers sondages. 53 % des Turcs interrogés par l'institut OCR se diraient favorables à un retour aux urnes plutôt qu'une coalition. Selon une autre étude (Andy-Ar), le taux monterait à 78 % chez les électeurs de l'AKP. Un parti qui remonte d'ailleurs doucement dans les intentions de vote : plus deux points par rapport au score électoral (40,9 %) de juin dernier. Pas étonnant, le Premier ministre n'ayant rien eu d'autre à offrir sur la table des négociations qu'un "gouvernement d'élection qui mènera juste le pays vers le prochain scrutin", rappelait, déçu, Kemal Kiliçdaroglu. Une coalition qui aurait ainsi donné de l'air à une Turquie morose. "On a manqué une opportunité historique aujourd'hui", se désole un ancien parlementaire, membre de l'AKP (qui souhaite rester anonyme). "On avait là l'occasion de faire asseoir ensemble ces deux grands partis, qu'ils réapprennent à s'écouter et ainsi à faire baisser les tensions." Pour lui, ses collègues "ont été trop habitués à gouverner seuls, à ne discuter des problèmes avec personne d'autre : il faut que ça change".
De récents sondages favorables
Encouragé par de récents sondages qui lui donnent entre 42 et 43% des intentions de votes, ce qui lui permettrait de former seul un gouvernement, l'AKP s'est laissé séduire par l'idée d'élections anticipées. "Si les deux partis (AKP-CHP) ne peuvent pas s'entendre, ce ne sera pas la fin du monde", avait lâché mercredi Recep Tayyip Erdogan. Le pouvoir turc espère à cette occasion retrouver la majorité au Parlement. En parallèle de son offensive contre l'EI, il a lancé des raids aériens meurtriers contre les bases des rebelles kurdes, qui procèdent pour leur part à des attaques quotidiennes contre les forces de sécurité.Sa fermeté contre les Kurdes pourrait remobiliser son électorat. Si le Parlement ne convoque pas des élections d'ici au 23 août, c'est le président Recep Tayyip Erdogan qui pourra dissoudre l'Assemblée nationale et le faire lui-même, en vertu de la Constitution.
L'équilibre du pays tout entier menacé
Si, entre l'AKP et le CHP, les pommes de discorde sont en effet légion (réforme de l'école, crise syrienne, libertés fondamentales, etc.), les sociaux-démocrates étaient les seuls à ne pas avoir fermé la porte des négociations, redonnant espoir aux marchés et investisseurs turcs. Volontariste, le leader du CHP, Kemal Kiliçdaroglu, avait ainsi proposé à l'AKP de monter un gouvernement de coalition durant les quatre prochaines années, faisant fi des désaccords pour se concentrer sur les urgences du pays. En effet, l'Etat est en proie à une sanglante vague de violences ces trois dernières semaines. À la suite à l'attentat de Suruç (33 morts), les rebelles du PKK et les forces de sécurité turques ont fait voler en éclats le cessez-le-feu du printemps 2013 et multiplient chaque jour les accrochages. Le bilan dépasse aujourd'hui les 300 morts et ces violences menacent à terme l'équilibre politique et économique du pays tout entier. Une coalition gouvernementale d'un tel ordre semblait d'ailleurs être une occasion inespérée pour le CHP, relégué depuis 2002 au seul rôle de premier opposant en Turquie. "Ils ont mené une bonne campagne au printemps dernier, avec un vrai programme, et, pendant les négociations de coalisation, ils ont une fois de plus montré ce nouveau visage volontaire, faisant ainsi taire les critiques qui accusent le parti d'être incapable de gouverner", analyse le politologue Sinan Ulgen, du Centre d'études des affaires économiques et diplomatiques (Edam).
L'ombre d'Erdogan
Un échec des négociations sur lequel plane évidemment l'ombre présidentielle d'Erdogan, fondateur du parti conservateur. "Il ne voulait pas que cela se fasse, bien au contraire", explique le membre de l'AKP. Le président ne semble, en effet, pas trop affecté par la nouvelle. Mercredi, il en plaisantait : "Ce n'est pas comme si le Premier ministre allait se suicider s'il n'y a pas de coalition." "Ce que veut Erdogan, c'est à nouveau tenter sa chance aux élections, espérant obtenir une majorité AKP pour continuer de mener à bien son projet politique", conclut un membre du parti islamo-conservateur. Mais, pour cela, le leader turc devra encore patienter. Son Premier ministre a en effet jusqu'au 23 août pour "tenter" de former une coalition avant que le président de la République n'ait, en vertu de la Constitution, la possibilité de dissoudre l'Assemblée et d'appeler les électeurs aux urnes. Une option qui est cependant loin de satisfaire Ankara. Dans ce scénario, un gouvernement provisoire devrait être constitué et comprendre des membres de tous les partis, faisant ainsi entrer dans l'exécutif le parti pro-kurdes du HDP, véritable bête noire du président Erdogan. Régulièrement taxée par la droite turque d'être la vitrine politique du PKK, la formation de gauche a privé en juin dernier l'AKP de sa majorité et le président turc de ses réformes constitutionnelles. "C'est impensable pour lui de voir cela", atteste Aykan Erdemir, ancien parlementaire CHP et membre non permanent de la Fondation de défense des démocraties. "Pour Erdogan, ce type de gouvernement est trop risqué : il faudrait partager le pouvoir et s'attendre à ce que les ennemis d'hier déballent les dossiers de l'AKP sur la place publique." Une possibilité qui est également loin de satisfaire les ultra-nationalistes du MHP (80 députés), farouches opposants aux processus de paix avec les Kurdes et avec qui l'AKP partage un socle électoral commun. Seul calcul restant pour le président turc : négocier avec le MHP un soutien lors d'un vote de confiance au Parlement pour ainsi mettre sur pied un gouvernement AKP minoritaire. Islamo-conservateurs et nationalistes turcs excluraient ainsi les Kurdes de l'exécutif provisoire et ouvriraient la voie pour de prochaines élections.
Turquie: la banque centrale soutient la livre, plombée par la crise politique
La banque centrale de Turquie a annoncé vendredi une baisse de ses taux appliqués aux dépôts en dollars pour enrayer la chute de la livre turque (LT) provoquée par l'échec des négociations politiques pour la formation d'un gouvernement de coalition en Turquie, sur fond de violences avec la rébellion kurde. Au lendemain d'une journée turbulente où la Bourse d'Istanbul a perdu 1,39% et la monnaie turque a dévissé d'environ 1,5% en une seule journée, les marchés réclamant la dissipation des incertitudes, la livre a affiché vendredi un nouveau bas record avec une perte de 0,85% contre le billet vert qui s'échangeait à 2,84 TL et 0,95% contre l'euro (3,17 TL). Dans la matinée, la banque centrale a décidé de réduire de 3% à 2,75% ses taux appliqués aux dépôts en dollars à une semaine. La Bourse d'Istanbul a pour sa part perdu 0,50% à l'ouverture. Des élections anticipées se profilent en Turquie après l'échec jeudi de négociations pour former un gouvernement de coalition, le pouvoir islamo-conservateur espérant à cette occasion retrouver la majorité absolue qu'il a perdu au Parlement à l'issue des législatives de juin. Cette crise politique intervient à un moment où la Turquie a déclenché le mois dernier une offensive militaire à la fois contre la rébellion kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en Turquie et en Irak, et contre le groupe de l'Etat islamique (EI) en Syrie. Elle s'ajoute aussi aux difficultés économiques du pays émergent, qui était déjà dans une passe difficile avec un tourisme en berne et une chute de la croissance. Nous voyons maintenant que la Turquie progresse vers un nouveau tour des élections générales. L'incertitude dans l'arène politique restera et s'intensifiera probablement dans la période à venir. Un tel paramètre se traduirait par des pressions à la baisse sur l'activité économique et rendra nerveux les marchés financiers, a commenté Deniz Ciçek, économiste à la Finansbank.
La Turquie érige un mur à la frontière syrienne
L'armée turque érige un mur le long de la frontière avec la Syrie pour se protéger après la multiplication des attaques dans le sud du pays, selon des informations de presse publiées récemment. Un épais mur en béton de trois mètres de haut sur 7 kilomètres de long: le rempart dressé à Reyhanli dans la région d'Hatay (sud), et voué à être élargi, doit empêcher toute intrusion de jihadistes de l'organisation Etat islamique (EI) sur le territoire turc depuis la ville syrienne d'Alep, située à quelques kilomètres, a indiqué l'agence progouvernementale Anatolie. Par ailleurs, plus de 360 km de tranchées ont été creusés, de la terre amoncelée sur 70 km pour freiner l'avancée des jihadistes et 145 km de barbelés ont été renouvelés, a précisé l'agence Anatolie. La région d'Hatay est un des lieux de passage pour les quelque 1,8 million de Syriens qui ont fui les violences dans leur pays et trouvé refuge en Turquie depuis le début du conflit il y a 4 ans. La province a également été le lieu d'un attentat à la voiture piégée en mai 2013 qui a causé la mort de 52 personnes. La Turquie avait imputé cette attaque à un groupuscule clandestin d'extrême gauche turc lié, selon ses responsables, aux services de renseignement du régime du président syrien Bachar al-Assad, ce que ce dernier a démenti. Plus récemment, un attentat suicide survenu le 20 juillet à Suruç (sud), et attribué à l'EI, a causé la mort de 33 jeunes partisans de la cause kurde, un bilan revu à la hausse vendredi après le décès à l'hôpital d'une des victimes. Accusant le gouvernement de ne pas avoir suffisamment protégé les Kurdes, les combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont rompu un cessez-le-feu en vigueur depuis 2013 avec Ankara et repris les armes.
La Turquie a riposté le 24 juillet en lançant une «guerre contre le terrorisme» qui vise simultanément le PKK et les combattants de l'EI, le long de sa frontière avec la Syrie et l'Irak. Les autorités turques, accusées à de nombreuses reprises de complaisance à l'égard de l'organisation de l'EI, ont procédé à de nombreuses arrestations ces dernières semaines.


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