Le festival de raï est pour bientôt et tout indique que Sidi Bel-Abbès va s'enflammer pour ce genre musical aimé, controversé parfois, quelquefois honni, et dont la notoriété reste pourtant intacte. Cette année, Le Panaf a plané sur la saison estivale avec ses danses africaines, ses griots, sa poésie de la «négritude» et voilà que les places publiques de la grande Mekerra s'apprêtent à poursuivre la fête en recevant chouikhs et chebs. Mokhtar Bloufa, fin connaisseur de ce mouvement pop, a côtoyé autant les stars que d'illustres inconnus. Il évalue ici la place de ce genre de «l'opinion». «Aujourd'hui, dit-il, la jeunesse est tétanisée par le foot; elle ne vit, ne mange, ne boit qu'avec les grands noms que sont les Ronaldo, Kaka et j'en passe. Le raï a perdu de son éclat d'antan et l'on remarque que les paroles ont perdu leur virilité et même l'esprit des chioukhs. Avec cette rencontre, on aura l'occasion de faire le point et peut-être aussi d'heureuses découvertes.» «En effet, actuellement, les clips pullulent sur les étals, les prénoms foisonnent et rien n'émergent, le marché n'arrivant plus à inventer des légendes de la trempe d'un Khaled», dit Mokhtar qui ajoute: «Ya khouya, il faut revenir au melhoun! Du moins à son esprit. Je remarque par exemple que les contenus des chansons n'ont plus le sens élevé de la poésie qu'ils devaient avoir; il s'agit de paroles légères. Alors que quand on écoute «Bakhta», on a la chair de poule. Quand on se laisse entraîner par «Biya dek el-moor» version Blaoui, c'est tout simplement magique. C'est en ce sens qu'il faut une nouvelle graine de poètes, des poètes qui savent doser les textes.» Son expérience de la cette sphère lui fait dire: «Les jeunes ne sont pas encore prêts pour la loi du star-système où l'enjeu tourne autour de des gros financements, sur la communication, sur le management, sur la capacité d'organiser des méga-concerts, sur la publicité… Chez nous on en est encore à l'amateurisme dans la gestion. Justement, ce potentiel humain a besoin de compétences. Il n'a qu'à voir ce qui se passe en France. Je crois que c'est une affaire de société.» A la question de savoir si lui-même est intéressé par mettre à profit sa connaissance du terrain, il déclare: «C'est vrai, je connais le terrain et je ne demande qu'à y contribuer. Surtout que le festival se passe dans ma ville natale.» Mokhtar Beloufa, un nom bélabbésien parmi d'autres, mordu de raï, rêve de voir ce genre accéder à la dimension des «ajwads» et qu'elle puisse refléter la personnalité authentique de l'Algérien.