Mohamed Ahmed Mohamed Ibrahim, un ressortissant égyptien, accusé d'espionnage restait impassible quand la présidente de l'audience du tribunal criminel de la cour d'Oran rendait public le verdict arrêté à son encontre: 15 ans de réclusion criminelle avec interdiction de séjour en Algérie. A.F., une Algérienne qui devait répondre de crime du trahison, a été condamnée, elle, à dix ans. Quant au troisième mis en cause, T.I., il a été acquitté. Le 21 octobre 2008, T.I. est arrêté par les éléments sécuritaires au niveau de la gare routière de Yaghmoracen en possession d'une valise contenant des effets vestimentaires et une somme de 1.000 euros, alors que le dénommé B.H. devait lui remettre un CD et des photos. C'est le point de départ de cette affaire. T.I. est interrogé sur l'identité de la personne devant réceptionner le CD et sentant venir le danger, il expliquera qu'il devait le remettre à A.F., originaire de Sétif et qui était chargée de transporter la valise pour la remettre à l'Egyptien. Ce dernier était rentré en Algérie le 2 juillet 2008 dans le cadre d'un contrat de travail entre une filiale de SONATRACH et une société égyptienne, «Subsea pétrolio service». A la base d'Arzew, le mis en cause, spécialisé dans la soudure des pipelines, noue des liaisons avec des travailleurs de la zone. Et c'est en composant des numéros au hasard, selon ses propres déclarations, qu'il tombe sur celui de A.F. avec qui il fait connaissance. Toutefois, parmi ses nouvelles connaissances, c'est B.H. qui a pressenti une affaire louche en s'en référant à ses supérieurs. Ceux-là saisissent les services sécuritaires qui ouvrent une enquête. On demande dans ce cadre à B.H. de rester toujours en contact avec l'Egyptien. C'est ainsi que le CD comportant des photos de sites stratégiques de la base d'Arzew a été saisi. Appelé hier à la barre, Mohamed Ahmed Ibrahim essaie, par tous les moyens, de prouver son innocence. «Votre Honneur, lorsque j'ai connu A.F., c'était dans un but sain, celui de l'épouser.» «Et c'est pour cette raison qu'elle vous envoyait de l'argent, des recharges de téléphone ainsi que des habits, à vous et à votre famille en Egypte?» interroge la magistrate. «On avait convenu de vivre ensemble et quand elle a appris que j'avais des problèmes de logement dans mon pays, elle s'est proposée de m'aider», répond-il. «Elle, presque démunie et avec un enfant à charge, vous aider vous qui percevez un salaire de 400 dollars!» s'étonne la juge. Et pour ce qui est du CD? «Il ne comporte que des photos souvenirs», dit l'accusé. Appelée, à son tour, A.F. fera des déclarations presque identiques à celles de l'Egyptien. Mais voilà ce dernier déclarer ne connaître la jeune femme que sur photos. Questionné à ce sujet, A.F. explique qu'elle lui avait envoyé la photo de l'une de ses amies, décédée, par prudence. Le troisième accusé, dans cette affaire, optera pour la même défense. «Madame le juge, je suis receveur dans un car qui fait la liaison entre Oran et Sétif et c'est au niveau de cette ville que j'ai été contacté par A.F. qui me demandera de transporter une valise et m'expliquera que la personne qui devait la réceptionner, devait, à son tour, me remettre un CD et des photos.» Lors de son réquisitoire, le représentant du ministère public reviendra sur les détails de cette affaire qui, dira-t-il, touche aux intérêts de notre pays. «Le ressortissant égyptien savait d'emblée qu'il était interdit de divulguer les secrets de son travail et a agi tout en enfreignant les clauses du contrat qui le liait à sa société. Mais au profit de qui? On ne saura le dire», poursuivait-il avant de charger les deux Algériens d'avoir contribué à la trahison de leur pays, demandant ainsi la peine maximale contre les trois mis en cause.