Après avoir présenté, le mois dernier, le spectacle «Alf Tahya Li Arfiya», adapté d'une pièce de Mohamed Dib, la formation professionnelle du Théâtre Régional de Mascara est revenue, ce jeudi au TRO, donner une représentation de la pièce «El Houma El Meskouna», qui revient d'une tournée dans l'Est du pays avec une participation notamment une participation remarquée aux Journées théâtrales de Constantine. De la plume de Sid Ahmed Sahla, journaliste de son état, et mise en scène par Fri Mehdi Mohamed, la pièce « El Houma Meskouna » inaugure la grisante et exigeante aventure dans l'écriture théâtrale qu'a osé entreprendre notre confrère. «Darba befess khir men ‘achra bel gadoum», nous apprend un adage, parmi la myriade de dictons populaires qui constellent la pièce. Et c'est par un grand coup d'éclat qu'a voulu sceller Sahla Sid Ahmed son aventure littéraire en introduisant dans cette comédie, une satire sociale qui démystifie dans un mode burlesque certaines pratiques électorales, un langage théâtral qui rompt avec les conventions. Une pièce où le public s'est laissé, à son corps défendant, aisément séduire par la richesse de la langue, les tirades souvent versifiées et la truculence du discours. La pièce est une cinglante caricature d'un système électoral qui favorise l'ignorance et l'opportunisme au détriment de la compétence. Bouhafs Balaa, maquignon et riche propriétaire immobilier, aspire à consolider son statut social par un mandat électoral. L'action de la pièce, que le metteur en scène a résolument choisi de circonscrire dans un seul espace, relate la « fabrication » de ce candidat sans scrupules qui commettra l'indécence de se choisir comme directeur de campagne, son locataire El Haiem Bousmaha, un intellectuel et enseignant en sciences vétérinaires de son état, qui se résignera à ce rôle de vassal sur les conseils de Bouazza Medguellel, un facétieux factotum au service des deux hommes. Plus que la satire sociale qu'elle aborde, l'importance de la pièce est à trouver dans cette quête d'une culture populaire à laquelle nous convie l'auteur en nous faisant découvrir la richesse d'une langue colorée du terroir qui puise sa puissance dans un parler populaire avec ses tournures agrestes, truffé de dictons familiers, de proverbes expressifs. C'est une véritable apologie de la langue populaire que nous propose l'auteur des la pièce en optant pour un langage théâtral gnomique, plein d'humour et de gouaille, où l'on retrouve le rythme, les allitérations et la musicalité du melhoun et qui nous réconcilie avec une langue ancestrale, faite de ces mots pulpeux qui nous font humer les senteurs de la terre, apprécier les couleurs des choses tout en nous faisant méditer sur leur sens empli de sagesse et de morale pratique. Un langage qui pourrait constituer l'expression d'un style inédit de théâtre populaire authentique. Puisse cette langue, puisée dans une culture ancestrale et fruit d'impénitentes recherches, répondre aux exigences et aux aspirations d'un public jeune habitué à se gargariser d'une langue de rue qui, du fait des contrecoups de la globalisation, aura subi de pervers métissages. Le dessein de l'auteur n'aurait pas abouti sans la sobre et judicieuse mise en scène de Fri Mahdi et la remarquable prestation des comédiens où à la pondération de Fri Mahdi Mohamed répondait le jeu effervescent de Abdelmoujib Abdelaziz et de Meddah Mohamed.