Vidée de sa population rurale pendant les années de lutte antiterroriste, la wilaya de Jijel est aux prises avec le défi de mettre en place un programme de développement pour encourager les habitants à retrouver les terres qu'ils ont fuies. Le constat reste cependant des plus mitigés, quand on assiste à la persistance de la même situation depuis que la paix a été retrouvée dans ces régions, avec des douars, des mechtas et des zones montagneuses enclavées quasiment vides de leurs populations. Les différentes tentatives pour inverser la tendance de l'exil ont buté contre un terrain des plus hostiles, avec des infrastructures sabotées ou ayant fait l'objet de dégradation, rendant difficile le pari sur lequel ont misé les autorités pour ressusciter la vie, là-bas dans ces contrées délaissées. Nouredine Bedoui, ministre de l'Intérieur, des Collectivités locales et de l'Aménagement du territoire, a repris à son compte ce défi en faisant du retour de la population dans les zones rurales un discours sur lequel il s'est appuyé dans ses différentes interventions devant les autorités et la population lors de sa récente visite dans cette wilaya. Pour ce responsable, il n'y a pas d'autre alternative que de lancer des programmes d'ouverture de routes, d'électrification, voire de raccordements au réseau de gaz dans ces régions pour permettre ce retour. Le même discours a été tenu par les différents responsables qui se sont succédé dans cette wilaya durant les dernières années, sans qu'il y ait une réelle concrétisation des promesses lancées. Il faut dire que les dégâts sont énormes dans ces zones qui ont perdu toute trace de vie. Les soucis et les préoccupations sont les mêmes à Selma Ben Zida, Erraguene Souici, Khiri Oued Adjoul, Beni Ferguene, pour ne citer que ces régions les plus touchées par l'exil massif de leurs populations durant la décennie de lutte contre le terrorisme. M. Bedoui a d'ailleurs reconnu que la wilaya de Jijel a été très touchée par ce problème, auquel il est désormais temps de trouver des solutions. «Il y a douze mechtas qui ont été totalement vidées de leurs habitants», nous disait, il y a quelques années, un ex-responsable à l'APC de Khiri Oued Adjoul. A Selma Ben Ziada et Beni Ferguene, les populations ont lancé des travaux d'ouverture de pistes pour briser l'isolement des localités qu'elles avaient quittées à leur propre compte. Dans l'espoir de retrouver leur monde rural, elles ne cessent de lancer des appels pressants aux autorités pour qu'elles les soutiennent dans cet effort. Sur le terrain, les besoins sont considérables et peuvent facilement s'exprimer en coûts élevés pour la réouverture des routes, la réhabilitation des infrastructures scolaires et de santé et l'électrification rurale. Pour beaucoup d'habitants de ces régions, il y a désormais la paix, mais pas la vie. Pour eux, le retour à la vie passe impérativement par le lancement des programmes tant promis. Cependant, beaucoup d'autres ont fait le choix de ne plus revenir à leur ancienne vie. «Ils ne reviennent à leurs douars que les week-ends ou durant les vacances d'été, ils ont une nouvelle vie dans les villes où ils se sont installés définitivement», soutient-on.