Une peine de 8 ans de réclusion a été prononcée, le 14 décembre dernier, par le tribunal criminel d'Oran, contre chacun des quatre accusés, B. S., B. M., K. L., et H. M. D., reconnus coupables du braquage d'un véhicule de transport de fonds appartenant à une société privée, spécialisée dans la commercialisation d'articles électroménagers, installée dans la commune de oued Tlelat. Un cinquième inculpé, B. A., poursuivi pour non-dénonciation de crime, a écopé d'une année d'emprisonnement. Le tribunal a également prononcé deux peines de 20 ans de réclusion par contumace. Selon les faits consignés dans l'arrêt de renvoi, le groupe s'est scindé en deux pour commettre le braquage. L'un à bord d'un véhicule chargé de bloquer la route au transporteur de fonds, afin de permettre à l'autre groupe de la seconde voiture de passer à l'action. Quelques minutes à peine ont suffi aux braqueurs pour emporter un sac contenant près de 2 milliards de centimes (17 millions de dinars). Tout a été sournoisement bien concocté et savamment chronométré. Digne des films hollywoodiens, l'attaque a été menée dans la matinée du 13 janvier 2008 à l'entrée de la cité Djamel, dans la banlieue est d'Oran, à quelques mètres de l'agence bancaire BEA où est domiciliée la société victime. Agés entre 24 et 30 ans, habillés de vêtements in que portent généralement les jeunes issus de familles aisées, les cinq accusés ne donnaient pas l'impression d'apprécier la gravité des faits pour lesquels ils comparaissaient, encore moins les lourdes peines de réclusion qu'ils encouraient. Très à l'aise dans le prétoire, ils ont volontairement évité de répondre aux questions pièges posées par le président du tribunal. Leur comportement a, à chaque fois, nécessité l'intervention du juge pour les rappeler à l'ordre. « Pourquoi alors partir subitement à Alger, si vous n'aviez rien à vous reprocher comme vous le dites ? », demande le président du tribunal à l'un des principaux accusés, B. M. en l'occurrence. « C'était pour demander à ma sœur de venir récupérer son véhicule. Elle me l'avait prêté quelques jours auparavant », répond-il. « Votre version n'est pas convaincante. Vous aviez plutôt pris la fuite après avoir été informé que la police était à vos trousses. Vous avez d'ailleurs été appréhendé à Draria, dans la région d'Alger, où vous vous êtes réfugié après avoir participé au braquage. Vos co-inculpés se sont terrés, pour leur part, dans une habitation située au sein du bourg de Sidi El Bachir. Tout cela est consigné dans l'acte d'accusation, et ce sont vos propres aveux », lui fait remarquer le magistrat. Même B. S., un ex-employé de la société privée victime, considéré comme étant la tête pensante du braquage qui a suscité la consternation parmi la population oranaise à l'époque des faits, a déclaré « tout ignorer de cette affaire ». Aucun témoignage, susceptible d'éclairer davantage les membres du tribunal criminel, n'a été rapporté par les 14 témoins qui ont défilé devant le prétoire. Le chauffeur du véhicule transportant les fonds lors de l'attaque, l'employée chargée du dépôt de la recette et un agent de sécurité, dont les témoignages étaient très attendus, ont été unanimes à déclarer « ne pas reconnaître les accusés ». L'employée dira d'une petite voix : « Ils nous ont aspergés de gaz lacrymogène. Je n'ai pu les voir. » Le président lui demande : « Etaient-ils encagoulés ? » La jeune femme répond : « Non Monsieur le juge. » Le représentant du ministère public a mis en exergue les déclarations contradictoires des accusés et n'a pas manqué de faire remarquer à la partie civile le non-respect des consignes de sécurité exigées pour tout transport de fonds.L'avocat général a conclu son réquisitoire en requérant une peine de 20 ans de réclusion pour chacun des quatre principaux accusés et trois années d'emprisonnement pour non-dénonciation de crime. Les avocats de la défense ont plaidé le bénéfice des circonstances atténuantes.