«Quelque 30% des journalistes exerçant dans les médias nationaux travaillent actuellement au noir», nous affirme ainsi le secrétaire général du Syndicat national des journalistes (SNJ), M. Rabah Abdellah. «Ces journalistes, nous explique-t-il, ne sont ni déclarés à la Sécurité sociale ni protéger par des contrats de travail en bonne et due forme.» Qui plus est, ajoutera-t-il, «ils sont généralement sous-payés». Hormis ceux qui exercent dans certains organes financièrement bien portants, nombre de journalistes n'accèdent en effet qu'à des salaires dérisoires. Certains, révélera-t-il, «sont payés en deçà du salaire national minimum garanti (SNMG)». Et d'ajouter que dans bien des cas «les journalistes ne perçoivent pas leurs salaires de façon régulière et leurs employeurs ne leur délivrent même pas de fiches de paie». Souvent, nous dit-il, «ils ne disposent d'aucun document justifiant de leur relation de travail, sinon de simples ordres de mission ou des articles publiés dans les journaux auxquels ils sont rattachés». Cette situation de précarité, faut-il le souligner, n'est guère propre aux journalistes travaillant dans des entreprises de presse du secteur privé. Ceux exerçant dans les médias publics ne sont pas moins défavorisés. Aussi bien au niveau de la Radio nationale qu'à la télévision, «les cas de journalistes dont la relation de travail avec leur organes est définie par des conventions non conformes sont légion», nous signifie le secrétaire général du SNJ. «L'Etat, lancera-t-il, fait également partie des mauvais employeurs.» Et de relever : «Certains médias publics ont décidé récemment de supprimer les congés divers, alors que ce droit est censé compenser les contraintes de travail auxquelles sont soumis les journalistes en étant appelés, par exemple, à travailler pendant les jours fériés. Cela constitue un recul flagrant quant aux acquis sociaux issus des conventions collectives.» Cela étant, par crainte de perdre leur emploi, les journalistes algériens, dont notamment les correspondants régionaux, sont souvent amenés à accepter, sans même protester, leur difficile condition socioprofessionnelle. A cet égard, nous affirme le secrétaire général du SNJ, «dans la plupart des cas de litiges qui nous ont été soumis, nous avons constaté que nombre de journalistes ne commencent à se soucier de leur statut et de leurs droits qu'une fois mis devant la menace d'un licenciement». Selon notre interlocuteur, «cette dégradation des conditions de travail dans le milieu des médias engage aussi bien la responsabilité des éditeurs, qui ne respectent pas la légalisation du travail, que celle des journalistes eux-mêmes, car ils ne se mobilisent pas pour faire valoir leurs droits». Et de souligner enfin que les instances publiques compétentes sont également tenues d'assurer leur mission de contrôle en veillant au respect par les employeurs des lois régissant les relations de travail, sans discrimination politique ou autre.