La salle était comble. Dehors, les bus attendaient les partisans de l'actuel président de la République pour les ramener chez eux. Le comité de soutien voulait faire les choses en grand. Les organisateurs ne veulent pas seulement que leur candidat soit élu, mais bien élu. Et le ministre des Ressources en eau ne vise pas moins de 60% de participation. Pendant son allocution, le public, n'ayant pas tout à fait oublié ses difficultés, scandait : « Billets ! Billets ! ». Et au ministre de promettre d'essayer de voir comment l'Etat peut négocier une réduction avec les compagnies aériennes. Le discours du président préenregistré, les journalistes ont été conviés à discuter avec le ministre. Le point de presse s'est déroulé dans une ambiance plutôt détendue. Abdelamalek Sellal était assez content de sa prestation devant un public conquis d'avance. Puis, survint le dérapage. L'entourage du directeur de campagne du candidat officiel était sur les dents. Il faut préciser que les journalistes faisaient leur travail normalement, chose à laquelle ils ne sont pas habitués. Ils posaient des questions non convenues à Malek Sellal, qui s'en sortait plutôt bien, avec même un certain talent. Mais il faut croire que les questions n'étaient pas du goût de son entourage. Du coup, ils n'hésitaient pas à couper la parole à l'ancien ministre et à répondre à sa place. M. Sellal a eu beau les rappeler à l'ordre mais en vain. Chaque question était considérée comme une agression. (Qui a payé la location de la prestigieuse salle de la Maison de la chimie ? Qui a loué les bus qui ont transporté les fidèles d'Abdelaziz Bouteflika ? Pourquoi les opposants n'ont-ils pas de visa d'entrée à la « Bastille » ENTV ? Pourquoi cette différence de moyens entre les partis ?). Le temps vire à l'orage, le ton monte de plusieurs crans. Un membre du staff des organisateurs s'improvise photographe et mitraille les journalistes. Abdelmalek Sellal, usant de répartie, ne semble pas gêné par les remarques de nos collègues. Pas son entourage. A un moment, notre consœur Samia Baba-Aïssa demande au « photographe » de la laisser travailler. Les journalistes demandent à Amara Benyounès s'il est normal que le candidat Bouteflika dispose d'autant de moyens, alors que les autres partis peinent à avoir des représentants en France ; n'est-ce pas un déficit démocratique que cette élection gagnée d'avance ? Le photographe voit rouge. D'un doigt rageur, il s'en prend à notre consœur. « J'ai votre fiche, je l'étalerai ! Tu peux compter sur moi », menace-t-il. Interloquée, Samia Baba Aïssa lui demande de s'expliquer sur ces pratiques d'intimidation dignes du parti unique. Le photographe qui a laissé entendre qu'il possédait un dossier sur notre collègue – et donc qui a avoué appartenir réellement ou pas aux services de sécurité – se contente de sourire d'un air entendu. Il comptait la réduire au silence, récoltant en guise de réponse une colère froide. Face à cette menace, la journaliste décide de ne pas se laisser faire. Elle apostrophe M. Sellal et lui demande s'il cautionne ces pratiques. Le directeur de campagne réconforte notre consœur et lui promet que l'incident ne sera pas sans suite. Par contre, Amara Benyounès prend fait et cause pour le photographe, qui est « exfiltré » de la salle rapidement par ses collègues. Très éprouvée moralement, Samia Baba Aïssa dépose une main courante en fin d'après-midi pour injures et menaces au commissariat du VIIe arrondissement de Paris. A suivre.