Ainsi, les responsables de l'énergie redécouvrent l'importance du secteur des hydrocarbures pour la souveraineté nationale, ceux de l'industrie se rendent compte que le potentiel existant est un atout de compétitivité et ceux des infrastructures que les retards de réalisation ne sont pas des tares de nos seules entreprises locales. En fait, la grande insuffisance, dont souffre notre pays, se situe au niveau de la mémoire c'est-a-dire au niveau de l'accumulation qu'il s'agisse du capital, du savoir, de la connaissance, bref de tout ce qui est nécessaire au développement économique, social et culturel de la nation. Prenons une statistique au hasard et par exemple les 3,5 milliards USD d'importation de pièces de rechange en 2005. S'il y avait un chiffre qui pouvait le mieux imager, la déliquescence générale de l'industrie nationale, ce serait bien ce montant-là. Afin de mieux apprécier ce chiffre, il est utile de savoir que pour la même période, il est égal à la totalité des importations de biens alimentaires (3,57 milliards USD de céréales, lait et produits laitiers, sucre, café et thé) ou qu'il est plus important que le montant des importations de médicaments et consommables de santé (3 milliards USD) ou bien encore qu'il représente plus de 42% des importations d'équipements industriels (8,3 milliards USD de véhicules de transport, d'équipements de BTP, d'avions et d'appareils de téléphonie) et quelque 18% des importations totales. Pourquoi justement la pièce de rechange ? Durant les nombreux débats qui secouaient alors les milieux universitaires et industriels sur les meilleures voies de développement industriel autonome des pays comme le nôtre, deux grandes visions allaient irrémédiablement s'opposer : celle qui privilégiait la maîtrise des compétences d'ingénierie, c'est-à-dire les capacités d'études de conception et de réalisation des ouvrages industriels et celle qui considérait que la maîtrise de la production industrielle constituait la priorité et dont la clé d'entrée se situait d'abord et avant tout au niveau de la maîtrise de la maintenance industrielle par la production et la reproduction justement des pièces de rechange des équipements. En fait, une vieille mais éternelle controverse toujours présente d'ailleurs pour ne pas dire entretenue et qui, à l'instar des controverses de développement sans vision stratégique réelle prenant en compte les questions cruciales d'économie et de marché, se sont transformées en positions idéologiques, voire démagogiques avec les résultats que nous savons. Comme pour tous les débats de ce type, la meilleure voie se trouve évidemment dans une régulation institutionnelle intelligente et permanente qui se déplace de l'une à l'autre des visions en fonction des nombreux facteurs internes et externes qui influencent directement et/ou indirectement l'évolution de l'économie en général et de l'industrie en particulier. C'est cela la politique industrielle! Ce n'est ni de l'incantation ni des effets d'annonce ! La Chine, l'Inde, le Brésil, la Tunisie, la Malaisie, malgré la différence des régimes, des cultures et des situations, sont des exemples concrets de gouvernement «éclairé» de l'économie. La vision de développement du pays décidée dans les années 1970 ne manquait ni d'ambition ni de cohérence. Elle a surtout manqué d'institutions nationales authentiques construites et protégées par des hommes et des femmes authentiques. Et comme l'affirmait Jean Monnet pour I'Europe « les organisations sont faites par les hommes, mais les organisations ne peuvent subsister sans les institutions». A bon entendeur salut !