Quatre nouveaux généraux-majors et 17 autres nouveaux généraux, l'ANP soigne son collège d'officiers supérieurs. Pour sa 10e cérémonie de remise de grades, le président Bouteflika, ministre de la Défense et chef suprême des Forces armées, n'a pas, une fois encore, lésiné sur les galons. Dix-sept colonels – dont une femme, Aardjoun Fatma-Zohra, chef de service à l'hôpital central de l'ANP – élevés au grade de général et 4 généraux promus généraux-majors. Un événement ? Cela aurait pu en être un. Alger, qui s'est (re)mise hier à l'heure « panafricaine », n'a pas trop prêté l'oreille au défilé de la Grande Muette, rue des Tagarins. A l'heure où nous mettons sous presse ni la présidence de la République ni le ministère de la Défense n'ont jugé utile de préciser à l'opinion l'affectation des nouvelles promotions, mutations, décorations. Le black-out sur l'information est aussi total qu'incompréhensible. La seule « fuite organisée » a trait à la promotion – une première pour l'Armée algérienne – du docteur Aardjoun Fatma-Zohra au grade de général. Ecran de fumée pour masquer les vrais enjeux de la redistribution en cours des postes clés dans la hiérarchie militaire ? Le mystère demeure entier. Abdelaziz Bouteflika fait étrangement l'impasse sur le « traditionnel » discours au siège du ministère de la Défense. C'est à peine s'il a consenti à visiter, plutôt à « inspecter » le « centre de suivi des situations (?) » où un exposé lui a été présenté par le chef d'état-major de l'armée, indiquait un communiqué du ministère de la Défense nationale, repris par l'agence officielle APS. Que s'est-il passé ? Le président Bouteflika a-t-il réellement annulé son discours de circonstance ? Serait-ce la conséquence d'une brouille au sommet autour des nouvelles nominations ? L'application de la loi limitant la période du service dans l'armée à 40 ans et l'âge limite à 65 ans était-elle pour quelque chose dans cette « brouille » ? Les informations rapportées par la presse nationale faisant état, entre autres, de différends en haut lieu autour de la désignation d'un nouveau commandant des forces terrestres, d'un nouveau DGSN, d'un nouveau commandant pour la Gendarmerie nationale, de nouveaux chefs de régions militaires, d'un nouveau patron pour la sécurité présidentielle… sont-elles fondées ? Une chose est certaine : aucune promotion au sein de l'armée ne se fait sans l'aval des vrais dirigeants de l'armée. C'est sur leurs propositions que le président de la République prend ses décisions. A moins que la donne ait réellement changé, résultat d'un rajeunissement planifié de l'élite dirigeante de l'armée. A titre indicatif, de 2005 à 2009, pas moins de 9 généraux ont été élevés au grade de général- major et 90 colonels promus au grade de général. Grade institué en 1984 par l'ancien président Chadli Benjedid. Le 5 juillet 2006, le président Bouteflika, qui annonçait du siège du ministère de la Défense son projet de la révision de la Constitution, opère un autre changement important dans l'échelle de commandement de l'ANP. Trois généraux-majors prennent du grade, le plus haut grade de l'armée, celui de général de corps d'armée. Il s'agissait de l'ancien commandant des forces terrestres, Ahmed Gaïd Salah, qui remplaçait en 2004 Mohamed Lamari au poste de chef d'état-major, officiellement démissionnaire pour raison de santé ; Benabbès Gheziel, ancien commandant de la Gendarmerie nationale et conseiller à la Présidence, et le général-major Mohamed Mediène, omnipotent patron des services de renseignement.