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Manifeste national pour la IIe République, une démarche populaire pour un Etat de citoyenneté


Préambule
Pendant quelques années après l'indépendance du pays, les Algériens ont caressé le rêve d'une Algérie qui avance et qui pourrait, sinon impliquer sa volonté dans la transformation du monde, du moins jouer un rôle important et compter parmi les puissances.
Etait-ce un rêve fou ? Assurément non ! Parce que :
1- L'Algérie est un grand pays doté de beaucoup de richesses naturelles que de nombreux pays lui envient.
2- Le peuple algérien a donné de grands hommes et de grandes femmes tout au long de son histoire.
3- L'Algérie a marqué par le passé sa présence au nord de l'Afrique dans son environnement maritime, tandis qu'au sud elle a tracé les pistes commerciales et spirituelles vers l'Afrique noire, pistes que le colonialisme français a empruntées pour occuper toute l'Afrique occidentale jusqu'au golfe de Guinée. Lorsque la France a occupé l'Algérie côtière puis le Sud algérien, les portes de l'Afrique et du Maghreb lui étaient ouvertes. Avons-nous entendu parler d'un débarquement colonial français autre que celui de 1830 à Sidi Fredj ? Ce n'était donc pas un rêve fou.
Mais que s'est-il passé ? Comment expliquer les échecs et le fait que nous assistions, impuissants, à la décadence d'une nation qui ne mérite pas le sort qui lui est réservé, à un pays qui recule ? Un pays qui a vécu une panne économique majeure dans les années 1980 en découvrant que sa sécurité économique dépendait d'une seule ressource exportable, «les hydrocarbures», dont les cours ont brutalement chuté. Un pays qui, après 1991, a conjugué la mort au quotidien et a perdu plusieurs dizaines de milliers de ses enfants dans un conflit en apparence idéologique. Un pays, aujourd'hui, dont l'économie dépend encore plus qu'hier de l'exportation des hydrocarbures et dont la valeur ajoutée de sa richesse par le travail est quasi nulle.
Un pays qui ne possède pas de technologie et qui dépend de l'extérieur pour sa sécurité alimentaire et sa sécurité médicale, qui ne construit pas ses routes ni ses infrastructures et même une bonne partie de ses logements. Un pays qui a vu émigrer plusieurs dizaines de milliers de ses cerveaux et de ses jeunes cadres pour une hypothétique vie meilleure et qui, ces dernières années, voit une partie de sa jeunesse tenter des aventures suicidaires sur des bateaux de fortune pour quitter une situation désespérée et un pays riche et vivre un cauchemar certain et froid. Un pays qui assiste chaque jour à des manifestations génératrices de violences qui éclatent dans toutes ses contrées pour la moindre des revendications.
Un pays miné par la corruption et mis en danger par l'élargissement du fossé qui sépare les riches avec des fortunes inestimables pour la plupart mal acquises et l'immense majorité du peuple.
Beaucoup d'Algériens passent le seuil des 40 ans sans avoir pu réunir les moyens élémentaires pour fonder une famille. Ce phénomène touche même des diplômés de l'université. Un pays qui vit l'érosion des ancestrales solidarités parce que l'individualisme et la recherche du profit ont produit l'émergence d'une société sans repères ni valeurs et sans élites et ont participé en grande partie à la destruction du creuset familial.
Un pays dont l'école n'est pas adaptée aux besoins du monde du travail et qui n'arrive pas à coller aux réalités du monde moderne lequel évolue rapidement ; une école dont le niveau en constante baisse prive nos enfants d'un précieux outil dans la conquête de la modernité par la nécessaire acquisition du savoir, du savoir-faire et des compétences scientifiques ; une école qui forme des «candidats au chômage».
Un pays qui n'occupe plus sur la scène internationale qu'un strapontin au niveau de la Ligue arabe. A titre d'exemple, il suffit de rappeler les échanges insolents vis-à-vis de notre pays lors de la réunion, à propos de la Syrie, des ministres des Affaires étrangères de ladite Ligue au Caire il y a environ 3 mois. Pourtant, l'Algérie avait acquis, grâce aux sacrifices consentis par son peuple lors de la Guerre de Libération, un capital sympathie immense qui lui ouvrait toutes les portes diplomatiques, y compris dans le monde occidental. Grand était le poids que représentait notre pays dans la conscience du monde. Aujourd'hui, nous n'avons plus rien à proposer dans les grands forums mondiaux, même quand notre souveraineté est en cause, même quand des feux allumés à nos frontières menacent directement notre stabilité et notre unité. Un pays où le système électoral, avec une démocratie de façade, est gangrené par l'attrait de l'argent.
Tout au début du processus déjà, lors de l'établissement des listes des candidats de certains partis, une lutte atroce s'établit pour occuper les premières places sans considération aucune ni pour l'intérêt du parti ni encore moins l'intérêt national. La médiocrité s'installe dès le départ en pole position et au niveau de beaucoup d'instances de l'Etat s'installent des personnels n'ayant aucune culture de l'Etat et encore moins de la citoyenneté. Il eut fallu qu'une «intelligence satanique» soit de la partie pour arriver à un tel résultat. Il est vrai que le travail de cette intelligence a été facilité par la complicité de personnes avides, très peu soucieuses de l'intérêt du pays et du peuple et cultivant l'individualisme et l'égocentrisme à l'excès.
C'est ainsi que, maintenant, l'immense majorité de citoyens a perdu l'espoir en l'avenir, leur avenir et l'avenir de leur pays. «Or, si les citoyens perdent l'espoir en l'avenir de leur pays, le pays n'a plus d'avenir». Ceci est le nœud du problème et c'est également la
solution : en un mot, il faut redonner l'espoir au peuple.
Une analyse succincte des systèmes politiques post-coloniaux des pays colonisés par la France, Etat-nation jacobin et centralisateur, révèle une résistance de certaines pratiques en usage pendant la période coloniale, pratiques qui s'adressaient à des populations de races et de civilisations inférieures et qui s'adressent, après les indépendances, à des peuples le plus souvent méprisés et qui «n'auraient pas encore atteint la maturité» pour prendre leur souveraineté en charge.
En ce qui concerne notre pays, ce n'est pas la pratique politique actuelle qui pourrait contredire cet état de fait.
De la rupture
Il est impossible de revitaliser la vie politique par la démagogie et le mensonge ou par des replâtrages de façade qui ne font que maintenir les choses en l'état, dans ce qui ressort d'une fuite en avant avec, au bout du chemin, une explosion sociale majeure et un risque d'éclatement de l'Algérie, éclatement souhaité et peut-être même planifié par les ennemis de cette nation. Ce qu'il faut, c'est une véritable rupture et un changement radical.
Vers la IIe République
Un demi-siècle après l'indépendance, la seule solution qui s'impose et qui est à même de propulser l'Algérie dans le XXIe siècle est celle qui consiste à instaurer une IIe République sur la base d'un Etat de citoyenneté.
La citoyenneté est le système idoine qui permettra de faire barrage aux excès des idéologies et d'éviter les conflits politiques, parce qu'elle est basée sur ce qui rassemble le peuple. Elle s'érigera sur la base d'un dénominateur commun défini dans un pacte national de citoyenneté qui fixera les grands principes de l'identité commune et les valeurs pérennes de la nation, lequel constituera le premier acte fondateur de la IIe République. Elle permettra aussi l'édification d'un Etat fort parce qu'il sera l'émanation de la souveraineté du peuple avec des pouvoirs forts et responsables, une opposition forte et crédible et une société civile active et participative, tous unis dans les efforts en vue de conférer au pays une plus grande dimension de puissance et un plus grand poids spécifique tout en renforçant la cohésion sociale et préservant l'unité nationale.
Les quelques pays dans le monde qui ont réussi à instaurer un Etat de citoyenneté figurent parmi les pays les plus prospères. Or, nous avons une plus grande marge de développement parce que nous avons un grand pays doté de beaucoup de ressources, qu'elles soient naturelles ou humaines.
Les experts en stratégie prospective placent le continent africain parmi les enjeux majeurs de la fin du XXIe siècle parce que, avec l'accroissement démographique de l'humanité, l'accès à la production alimentaire deviendra le défi principal. Ainsi, la course des puissances et le déploiement des forces ne viseront plus les réserves d'énergie fossile, car les évolutions technologiques permettront d'apprivoiser les énergies renouvelables. L'Afrique, parce qu'elle constitue le continent où la marge de développement de la production alimentaire est la plus forte, sera par conséquent fortement convoitée. Nous sommes partie prenante de cette course parce que nous sommes africains et donc directement concernés.
De l'état de citoyenneté
Unis dans un Etat de citoyenneté, nous réussirons certainement tous les défis ; nous bâtirons très rapidement un pays puissant ; nous établirons des échanges fructueux avec l'ensemble des pays à nos frontières dans le cadre d'un rapprochement naturel rendu facile par les continuités géographique et ethnique, ainsi que l'histoire et la civilisation communes. Les mouvements migratoires s'inverseront sûrement avec la création des richesses dans les vastes espaces non exploités et avec l'arrêt de la fuite des cerveaux et des forces vives de la nation. Notre système économique sera soustrait à l'économie «d'enclave» datant de l'ère coloniale et à celle de la rente qui a suivi.
L'immense majorité du peuple algérien adhère à cette idée parce c'est un peuple qui n'accepte pas les échecs et qui aspire à appartenir à un pays qui avance dans l'unité et la dignité dans le concert des nations.
Uni dans un Etat de citoyenneté, notre pays réussira ce que l'histoire lui impose d'entreprendre, c'est-à-dire l'édification d'une réelle et puissante civilisation maghrébine estimée par les pays voisins et respectée par les partenaires. Les succès de l'Algérie en feraient un modèle d'imitation et susciteraient un large mouvement d'adhésion d'abord au niveau de ses pays frères et voisins. Les mouvements de fragmentation en petits Etats espérés par l'«intelligence satanique» s'inverseront chez nous par un mouvement d'union et de construction. Comme il y a 50 ans, le 27 février 1962, dans les villes du Sud, le peuple algérien s'est exprimé dans le sang pour refuser le plan de partage du pays à la veille des accords d'Evian, aujourd'hui et demain il sera uni pour lutter avec toutes ses forces contre toute tentative de morcellement.
Unis dans un Etat de citoyenneté, nous mettrons en place un système qui prenne en charge l'enfant algérien depuis sa naissance pour satisfaire ses besoins élémentaires et donner aux générations futures une chance égale pour l'école, l'accès aux soins et l'accès au haut niveau et à la performance. C'est un investissement capital qui permettra d'éliminer toutes sortes de frustrations génératrices de malvie, de haine, de violence et d'attitudes suicidaires et de raffermir la cohésion du peuple et son patriotisme.
Il s'agit ici d'une appréciation de situation sans complaisance, qui évalue de manière succincte la situation de notre pays, qui propose des solutions et qui appelle à engager toutes les forces dans les meilleurs délais pour atteindre l'objectif dans un environnement rendu hostile par les contextes interne et externe ; cet objectif est de «sauver l'Algérie» de la décadence programmée et avec l'aide de Dieu, en faire un pays qui avance pour être au rendez-vous de l'Histoire, un objectif noble qui mérite tous nos efforts et tous nos sacrifices.Unie par un pacte de citoyenneté, l'immense majorité des citoyens reprendra espoir en l'avenir, son avenir et l'avenir de l'Algérie et des générations futures.
Alger le 19 mars 2012


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