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Extraits,Roman de Yamile Ghebalou-Haraoui : Liban
Publié dans El Watan le 14 - 11 - 2009

Un grand ciel d'or recouvrait les collines et les montagnes. Omar revenait, chevauchant derrière Kamal ; le vent les portait encore quand ils atteignaient la milice dont le chef jetait un regard noir à Omar pour n'avoir pas su empêcher le seigneur de faire cette promenade si dangereuse, et pendant laquelle il ne tolérait personne.
Kamal se jetait dans la prière du soir comme on aborde une terre aimée et longtemps attendue, puis il récitait son dhikr particulier avant de travailler tard dans la nuit après la prière du soir. La terre œuvrait dans le silence : la résine embaumait dans la nuit proche : on entendait les crissements feutrés des insectes tandis que montaient vers le ciel de vagues fumées que recouvrait bientôt la noirceur d'un ciel d'encre. La terre se détachait de ses amarres et la mer emplissait le paysage, s'infiltrait dans les moindres empans, parcourant ainsi le pays et y amenait de lourds parfums de varechs et de fonds marins, des vases anciennes dans lesquelles étaient enterrés des galions et des vieux navires sur lesquels s'étaient embarquées des légions prêtes à guerroyer, à oublier toutes origines pour une portion de cette terre vers laquelle ils voguaient en toute ignorance.
Omar ne dormait pas : il respirait ces odeurs familières qui le déracinaient profondément pourtant. Il était comme ces légionnaires : il était venu en toute ignorance, lui aussi porté par l'admiration et l'amitié de Kamal ; il voulait être à ses côtés simplement, accompagner sa puissance et sa solitude ; ils s'étaient rencontrés dix ans plus tôt, en terre française et s'étaient liés sans mot dire ; ils se cherchaient du regard, avaient du plaisir à converser ensemble, même chichement : ils étaient heureux de manière fugace, instantanée comme s'ils avaient toujours vécu ensemble.
Il l'invita à manger. La maison de Schéhadé portait bien des surprises en elle ; Omar découvrit que la maison avait un sous-sol aménagé et véritablement immense. C'est ainsi qu'ils se retrouvèrent dans un vaste réfectoire, dans lequel les hommes des milices prenaient leur repas autour de petites tables. Ils étaient en général quatre et mangeaient en échangeant discrètement des paroles rares et parcimonieuses. Ils riaient sous cape et n'osaient pas s'esclaffer. Ils semblaient avoir peur d'être surveillés ; ils étaient tous armés et ils regardèrent passer le Druze avec cet invité d'une manière qui semblait désapprouver le rapprochement des deux hommes, mais ils ne dirent rien. A peine leurs yeux accompagnèrent- ils discrètement le passage des deux hommes : ils étaient là pour ignorer ce qui se passait dans cette maison et Omar pensa brièvement au pire ; il en avait connu des geôles inédites, mais il repoussa rapidement cette pensée, sans doute et sans le savoir, à cause de Esmet-Nour.
La petite silhouette s'accommodait mal de cette présence au sein de la même maison qu'elle. Même si la maison était immense et impliquait une géographie secrète que les propriétaires eux-mêmes ignoraient, Omar imaginait mal qu'ils puissent accepter de vivre sous le même toit que la torture ou l'exécution sommaire. Dans l'obscurité revenue, il vit un point rouge minuscule : Esmet-Nour fumait. Omar attendit, tapi dans l'ombre. Comme il aimait cette position et comme il aimait être là, secrètement nourri des gestes de cette femme, de son ignorance de lui, de ses gestes abandonnés, les plus secrets et les plus intimes qu'elle avait ce soir pour lui sans le savoir. Oui, il était heureux ce soir, d'une autre manière que celle qu'il avait avec Kamal. Il était heureux en témoin silencieux d'êtres dont il avait perçu la douceur intérieure, cette sorte de caresse qu'ils étaient pour le monde et sur celui-ci.
Il avait senti si intensément leur manière d'exister, cette insistance à ne jamais être dérangeants, cette sorte de délice solitaire qu'ils avaient à s'entourer de silence et à se tourner vers leur face intérieure, sans jamais rien demander. Oui, il avait été frôlé par leur grâce d'être, par cette sorte de fragile puissance qui les habillait. Oui, il se sentait léger, débarrassé de cette mortelle absence dans laquelle il vivait quelquefois. Il sentait la vie, la douce vie, la forte vie à ses côtés, qui était en eux, et qui s'élevait autour d'eux, comme les volutes d'une fumée douce. Il sentait ce velours cheminer en son cœur. Il se sentait délivré et rasséréné par ce rien qui affleurait dans les yeux d'Esmet, cette eau toujours nouvelle, qui livrait sans le vouloir toute la douceur indicible de la conscience d'être.
Elle avait toujours quelque chose à donner, à offrir sans en avoir la claire intention. Elle surprenait et montrait, sans le vouloir, toute cette secrète architecture qui faisait qu'un être est ce qu'il est, et apparaît momentanément en tant que tel. Il était heureux d'être lové dans cette nuit pour faire ce tendre apprentissage : sentir encore et encore avec cette force inouïe qui le bouleversait, cette lointaine proximité, sans blessure aucune, sans envie sinon fugace et fuyante. Il se sentait un homme, un témoin, et quelque part un frère de cette femme dont il assurait la sécurité, et dont il regardait un pan de la vie se dérouler avec lui. Il regardait venir cette grande vague, sans bouger, seulement avec cette pression folle qui l'envahissait, sans qu'il ne cherchât à bouger.
Beyrouth est ainsi, insaisissable, sans cesse parcourue par les prémonitions des uns et les plans des autres, qui bouleversent sa carte intime, sans toucher pour autant à son pouvoir labyrinthique ; la ville reste insondable, on ne sait d'où viendra le feu, ni la mort. Elle porte le masque des jolies filles qui reviennent des cabarets malgré les bombes et les attentats, celles qui refusent de prendre le deuil de leurs parents qui sont morts, celles qui ont vu mourir un fiancé et s'en sont consolé au grand scandale des uns et des autres. Ici, comme en tout pays musulman, on préfère les veuves éplorées, on n'aime guère celles qui affichent leur amour de la vie et oublient trop vite. Ce rôle est dévolu aux hommes qui peuvent noyer leur chagrin dans les chairs des femmes et entre leurs seins. Le chagrin d'un homme est toujours plus fort que celui d'une femme et lui donne ainsi le droit d'enfreindre les règles de la fidélité et toutes les autres d'ailleurs.
Mais la ville est ainsi, incertaine et donnant toujours le change, pour ne jamais paraître vaincue, elle se prête à jouer la catin comme l'appellent certains ici. Omar marche et entend : les balles sont tout près ; il lui faut revenir vers un porche pour s'abriter. En s'engouffrant, il respire l'odeur d'un café fort. C'est le matin et les gens essaient de garder les apparences d'une vie normale, celle où l'on rythme les instants par de menus plaisirs, parfumés ou autres, pour affronter le temps, le travail, les illusions des uns et des autres, et surtout la guerre et la mort. Il entend parler dans les appartements et même rire malgré les tirs dehors et les explosions. Il sait pourtant que la moindre nouvelle pourrait tout arracher, faire tomber les murs et retirer la paix à tous ces visages dissimulés derrière leurs façades. Mais il faut bien continuer et faire comme si de rien n'était.
Des voitures de l'armée régulière passent rapidement. Omar pense à une autre ville, au bord de la Méditerranée. Il pense à cette colline qui brille face à la mer. Il pense à ces maisons blanches où habite une ombre claire. Ma mère a de très longs cils, un sourire qui ouvre la luminescence de son front, elle rit si facilement. Elle aime la vie. Elle aime me prendre dans ses bras, même grand, elle le faisait. Mais là aussi, l'armée passe dans des véhicules noirs et silencieux. Il y a des trous dans ces berlines et des canons en sortent. Attention, la mort est voilée. Au coin des rues, il y a des cafés ; dans l'un de ces cafés, il y a un vieux musicien ; tranquille, cet homme est muré dans la lumière des faïences et des cuivres anciens, muré dans un silence d'amour, celui qu'il a pour sa musique et sans doutes pour d'autres choses, perdues, enfouies dans sa mémoire et dans sa vie.
Ses petits yeux sont intensément bleus. Quelquefois, il chante doucement pour accompagner son luth. Il célèbre l'exil ou l'amour, on entend distinctement la nostalgie qu'il porte qui vient s'ajouter à l'harmonie du chant : il ne dit rien et les clients ne disent rien non plus, dans la demi obscurité des alcôves de ce vieux café. Alors Omar s'assoit et, comme les autres, il s'adosse à cette mémoire et il repose dans les instants de ce temps soudain verdoyant. Il n'oublie rien, non, il est simplement présent sans dérive aucune, là dans une halte où tous les objets et les êtres se dessinent clairement, sont soulignés d'un fusain d'eau brillante et, tranquillement, brillent dans cette eau qui déporte leur immobilité et la fait ondoyer.


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