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Le traquenard du Caire
Folles rumeurs sur le décès de supporters algériens en Egypte
Publié dans El Watan le 16 - 11 - 2009

C'est un véritable guet-apens, un traquenard dans lequel les supporters algériens sont tombés à leur sortie du stade », dit Yacine. L'homme qui parle ainsi, c'est le docteur Yacine Hakimi, chirurgien au CPMC de l'hôpital Mustapha d'Alger il sait exactement de quoi il parle en matière de blessures et de traumatismes.
Le Caire (Egypte). De notre envoyé spécial
Selon son témoignage, les bus des supporters algériens sont sortis vers 1h de l'enceinte du stade, escortés par la police. Seulement, au bout d'une dizaine de kilomètres, cette escorte a rebroussé chemin pour livrer ceux qu'elle était censée protéger à la furia des supporters égyptiens résolus à tailler en pièces tout Algérien qui leur tomberait sous la main. Une pluie de projectiles a commencé alors à tomber sur les bus ; les vitres ont explosé les unes après les autres. « Je croyais mon heure arrivée », poursuit Yacine.
« une algérienne déshabillée devant nous »
Le chauffeur du bus égyptien a refusé de continuer sous prétexte que sa vie était en danger. Les malheureux supporters ont été contraints de faire le reste du trajet à pied au milieu d'une foule hostile qui continuait à les bombarder de pavés et de pierres et à les abreuver d'injures. « Ce n'est qu'une fois à l'intérieur de l'hôtel que j'ai pu donner les premiers soins. Là, j'ai eu affaire à une crise d'épilepsie, un cas de traumatisme fermé du coude, un traumatisme grave du bassin, un traumatisme oculaire grave, et deux côtes cassées sans compter les plaies ouvertes sur la face ou au cuir chevelu », raconte encore notre médecin. Malheureusement, ce témoignage est loin d'être un cas isolé. Des témoignages comme celui-là nous en avons relevé des dizaines au sein des supporters algériens. Nesma est étudiante au Caire. Elle raconte les humiliations et les brimades subies au stade. « Des femmes policières nous ont déshabillées alors que leurs collègues hommes nous regardaient. Nous avons été continuellement insultées pendant les trois heures d'attente que nous avons passées à attendre pour entrer dans l'enceinte du stade », dit-elle, en nous montrant les photos de supporters algériens couverts de sang qu'elle a prises avec son propre appareil à la sortie du stade. Elle nous montre également la photo d'un drapeau algérien maculé de sang et celles de personnalités algériennes présentes comme l'acteur Kamel Bouakaz, Souilah et cheb Toufik. Sofiane, supporter venu d'Alger raconte : « A l'entrée du stade, nous autres Algériens avons été fouillés plus de 70 fois. Mêmes nos parties génitales ont été fouillées. » Réda de Biskra, lui, témoigne qu'à la sortie du stade, les Algériens ont été systématiquement tabassés et insultés après vérification de leur identité. « Une Algérienne a été déshabillée par des policiers devant nous », affirme-t-il. Il raconte également le cas d'une autre Algérienne, qui est sortie de la cabine où elle avait été fouillée par des policières, bouleversée et en pleurs. Son mari, présent, est rentré dans une rage folle. Un autre supporter raconte que dans le stade, les robinets d'eau ont été fermés. « Ils nous vendaient une gorgée dans un minuscule gobelet à trois livres égyptiennes ! », dit-il. Témoignage de Brahim : « Après le match, on nous a fait monter dans des bus et lâché dans la nature. Notre bus a été bombardé de toutes parts. A la station de Guizeh, le chauffeur de bus égyptien a abandonné son poste et nous a livrés à la foule. »
Les policiers égyptiens ont laissé faire
Des larmes de rage aux yeux, deux autres supporters racontent : « Nous avons fui notre bus, mais l'hôtel Cleopatra où nous étions descendus a été encerclé par les supporters égyptiens qui brûlaient des drapeaux algériens sous le regard des policiers et sous les applaudissements et les encouragements des automobilistes. Hogra ! Hogra ! Hogra ! » Originaire de Barika, Tarik, lui, raconte qu'à l'hôtel Guizeh Pyramid, ce sont les policiers et les civils égyptiens qui se sont attaqués aux Algériens. Après que leur bus ait été complètement endommagé, la police est venue avec un camion pour le traîner très loin de peur que des journalistes arrivent sur place pour le filmer ou le prendre en photo. Chacun des dizaines de supporters que nous avons rencontrés tenait à apporter un témoignage, des photos et des vidéos de la nuit cauchemardesque qu'il a vécu. Il s'avère qu'une véritable chasse à l'Algérien a suivi immédiatement après la sortie des supporters du stade sous le regard complice des forces de l'ordre égyptiennes. On parle de morts dont le nombre varie entre un et quatre. « Celui qui est mort, je l'ai vu de mes propres yeux. C'est un gars de Tizi Ouzou qui avait le sigle de la JSK peint sur sa nuque », raconte Nabil, qui dit également avoir vu un blessé grave allongé par terre, la tête couverte de sang et auquel personne ne prêtait assistance. Des dizaines d'Algériens auraient été admis dans les hôpitaux du Caire. D'autres auraient été arrêtés par la police et seraient actuellement détenus en prison. « Je connais un groupe dont l'un des membres a été arrêté par la police et on leur a demandé 1800 euros pour le faire sortir », intervient un autre supporter. A l'ambassade d'Algérie au Caire et au consulat où nous nous sommes rendus, la mort d'un seul supporter nous a été confirmée par les services consulaires. « C'est un véritable cafouillage général. Comment avoir des informations dans une ville de 22 millions d'habitants, alors que les autorités égyptiennes verrouillent toute information sur ce sujet. Le Caire est une ville immense et il n'est pas facile de chercher les blessés algériens dans les hôpitaux. Pour le moment, nous ne pouvons confirmer qu'un seul décès parmi nos supporters », admet un officiel algérien. Devant les portes de l'ambassade, des dizaines de supporters étaient agglutinés dans l'espoir d'obtenir un visa pour Khartoum. Malgré le drame qu'ils ont vécu, ils tiennent absolument à se rendre au Soudan pour encourager leur équipe. En fin d'après-midi, l'ambassadeur d'Algérie, Abdelkader Hadjar est arrivé accompagné de quelques collaborateurs. Il a aussitôt été interpellé par des Algériens qui voulaient lui livrer des informations sur des compatriotes, morts, disparus ou gravement blessés. L'ambassadeur et ses collaborateurs veulent des informations précises, des noms d'hôpitaux ou de victimes, mais les supporters, dans la plupart des cas, ne possèdent que des renseignements approximatifs. Ne connaissant rien du Caire, ni ses rues, ni ses quartiers, ni ses hôpitaux, ils n'ont que des photos et des vidéos à montrer à l'ambassadeur, qui avoue ne pas savoir où chercher exactement. C'est ainsi qu'à l'heure où nous mettons sous presse, aucune autorité ne semble disposer de chiffres précis sur le nombre de victimes algériennes. Le voile commence à peine à se lever sur le drame qui s'est joué en dehors de l'enceinte du stade loin des caméras, mais sous les yeux complices de la police égyptienne. Cela s'est passé alors que les Egyptiens avaient gagné le match pour revenir à la hauteur des Algériens. On n'ose pas imaginer ce qui se serait produit si le score en était resté à un but à zéro.


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