Les shebab, affiliés à Al Qaîda, et des témoins ont fait état de lourdes pertes dans cette nouvelle attaque contre une base de la force d'intervention de l'Union africaine dans cet Etat de la Corne de l'Afrique, plongé dans le chaos depuis 24 ans. L'attaque de Janale est en effet la deuxième opération d'envergure contre des bases de l'Amisom dans le Sud somalien en deux mois, alors que la force africaine a lancé, à la mi-juillet, une offensive pour déloger les shebab des zones rurales qu'ils contrôlent dans les régions méridionales de Gedo et de Bay. Un porte-parole des shebab a revendiqué l'attaque de cette base située dans la localité de Janale, à environ 80 kilomètres au sud-ouest de Mogadiscio, dans la région de Basse-Shabelle. «L'attaque a commencé avec l'explosion d'un kamikaze permettant aux combattants de pénétrer dans la base. Les combats se sont poursuivis à l'intérieur durant une quarantaine de minutes», a déclaré ce porte-parole, Abdulaziz Abu Musab. «Les moudjahidine ont pris le contrôle total de la localité et du camp militaire et se sont emparés de tout l'armement lourd», a-t-il ajouté. L'Amisom a démenti, affirmant sur Twitter que «la base est toujours sous son contrôle. Les informations selon lesquelles la base a été prise et nos armes emportées sont fausses». L'Amisom n'a donné aucun détail ni sur ses éventuelles pertes ni sur la poursuite ou l'arrêt des combats. Un porte-parole de l'Amisom a indiqué qu'environ 150 soldats ougandais étaient basés dans le camp de Janale, mais n'a pu donner aucun bilan, disant «attendre des détails» de la part du commandement militaire de la zone. Les shebab ont, eux, affirmé qu'une «cinquantaine de soldats de l'UA ont été tués et de nombreux autres s'étaient noyés en fuyant» à travers un cours d'eau proche, un bilan impossible à vérifier de source indépendante. Le porte-parole shebab a expliqué que cette attaque a été menée «en représailles» à la bavure commise par des soldats de l'Amisom qui avaient tué par erreur sept civils participant à un mariage en juillet, «incident» pour lequel la force africaine avait présenté ses «sincères excuses» et inculpé trois soldats. L'Amisom, aujourd'hui forte de 22 000 hommes, et les forces progouvernementales somaliennes ont chassé les shebab de Mogadiscio en 2011 et depuis de l'ensemble des localités d'importance qu'ils contrôlaient dans le Sud et le Centre somalien. Mais pour autant les quelque 10 millions de Somaliens n'ont toujours pas d'Etat stable, car les shebab contrôlent toujours de larges zones rurales du sud de ce pays très étendu le long de l'océan Indien. Ils ont abandonné le combat conventionnel pour les actions de guérilla, attentats-suicide et attaques complexes, certains jusqu'au cœur de Mogadiscio. Fin juin, les shebab ont attaqué une base burundaise de l'Amisom à Lego, dans la région de Bay, à la limite de celle de la Basse-Shabelle. L'Amisom et le gouvernement burundais ont reconnu des pertes, mais n'avaient donné aucun bilan précis. Des témoins avaient fait état de dizaines de morts, certains avançant le chiffre de plus de 50. La Somalie, ravagée par les conflits et des sécheresses chroniques, est l'un des pays les plus pauvres du monde. Plus de 850 000 personnes ont besoin d'aide alimentaire, selon les derniers chiffres de l'ONU publiés lundi.