La rencontre autour de l'économie informelle, organisée par l'Institut français d'Oran en collaboration avec la Chambre de commerce et d'industrie d'Oran (CCIO), a suscité un large débat au sein d'une assistance formée notamment par des opérateurs économiques mais aussi des élus locaux. La conférence donnée par un représentant de l'OIT, Frederick Lapeyre, chef de l'économie informelle au département des politiques de l'emploi du BIT, a permis de situer la problématique à l'échelle mondiale, de proposer des orientations pour des politiques pouvant atténuer le phénomène et, pour le cas précis de l'Algérie, d'analyser certaines voies qui ont déjà porté leurs fruits. Le conférencier tient compte des nouvelles définitions prônées par les instances internationales pour constater que l'économie informelle concerne en réalité tous les secteurs (pas uniquement le commerce comme on a tendance à le présenter en Algérie). Celle-ci se manifeste autant dans le secteur informel proprement dit que dans le secteur formel avec, par exemple, des entreprises déclarées mais qui emploient des travailleurs non déclarés. Les grands fraudeurs sont évidemment pris en compte mais ce sont surtout les masses d'auto-entrepreneurs, de micros ou petites entreprises qui sont visées par les politiques de transition en prônant non pas seulement la répression mais aussi l'incitation à se formaliser pour régler le problème. L'incitation suppose des avantages qui peuvent s'offrir aux concernés comme, par exemple, l'accès aux financements, aux crédits ou aux marchés publics. Intervenant au tout début pour annoncer l'ouverture de la rencontre, le directeur de la CCIO a indiqué que sur près de 1400 marchés informels recensés en Algérie, 600 ont été éradiqués. Effectivement, en Algérie, le commerce représente plus de 30% du secteur informel talonné par le secteur de la construction avec 29%, selon une étude de Jaques Charmes qui a travaillé sur le Maghreb. Se basant sur les données de cette étude, Frederick Lapeyre rappelle la tendance à la baisse opérée depuis 2009 grâce notamment, dit-il, aux efforts qui ont été fournis par les services de la sécurité sociale. L'OIT prône le dialogue social tripartite, c'est-à-dire entre le gouvernement, les représentants des travailleurs et les employeurs, pour faire émerger des compromis. Son analyse de la situation se base sur l'objectif n°8 de l'OIT pour ce qui est de la croissance et de l'emploi durable productif mais aussi sur la recommandation 204 qui insiste sur la croissance inclusive et donc la nécessité de mettre en place des stratégies de transition avantageuses pour tous. A titre indicatif, le secteur informel hors agriculture représente plus de 70% de l'activité économique en Afrique subsaharienne, plus de 50% en Amérique latine et plus de 40% en Afrique du Nord. Dans le détail, il existe en réalité des disparités entre pays notamment émergents qui font qu'en Inde, on enregistre 83% d'informel contre seulement 32% en Chine (30% pour la Turquie). La nature des régimes politiques y est sans doute pour beaucoup. En Europe, on parle plutôt d'emploi non déclaré et on estime que près de 1/5 (18,4%) de la richesse de l'UE est générée par l'économie informelle non déclarée. L'une des solutions efficaces prônées reste le payement électronique qui, en dehors de la traçabilité, présente pour les usagers un autre avantage, fiscal cette fois. Pour le représentant de l'OIT, la masse monétaire en circulation en dehors des circuits bancaires augmente le risque de corruption, de mal-gouvernance et de fraude. En Algérie, une tentative de généraliser le chèque bancaire a soulevé un tollé et que dire alors du passage aux transactions électroniques ?