Comment sortir de l'économie et du travail informels vers un cadre formel ? Telle est la problématique abordée dans la soirée de mardi, à l'Institut français d'Alger, par Frédéric Lapeyre, PhD, spécialiste de l'économie informelle à l'Organisation internationale du travail. Pour mettre fin à ce phénomène qui mine beaucoup de sociétés, le conférencier suggère d'engager un large dialogue national, auquel prendront part toutes les partie concernées. Frédérique Lapeyre, qui reprend une étude réalisée par Jacques Charrue en 2014 sur le travail informel en Algérie, nous apprend que près de 40% du secteur de l'emploi, «hors agriculture», est dans l'informel, dont une part de 60,8% dans les petits boulots et marchands. Ce constat doit inciter le gouvernement à envisager une politique ciblée envers les secteurs touchés afin de mettre fin à ce phénomène. Le travail informel ne touche pas seulement les pays défavorisés, mais également les pays les plus développés et menace leurs sociétés, prévient Lapeyre. L'expert de l'OIT avance un chiffre de 18,4% des richesses engrangées dans les pays de l'Union européenne qui provient de l'informel. Celui-ci cite l'exemple des nouveaux métiers charriés par le développement des nouvelles technologies, tels les faux travailleurs indépendants, «chauffeurs Uber, les intervenants dans le secteur d'internet…, etc.» Néanmoins, Lapeyre met en évidence la prise de conscience des gouvernants de la nécessité de réglementer ces emplois au bénéfice de tout le monde. Mais comment réussir une transition entre les deux sphères ? Pour faire transiter l'informel vers le formel, l'Etat doit opter pour la politique «du bâton ou de la carotte», suggère le conférencier. Plusieurs solutions s'offrent aussi à l'Etat. Entre autres, garantir une alternative à la formalisation des secteurs informels, en permettant un cadre avantageux et incitatif. Faciliter la création des petites et moyennes entreprises et l'accès aux services et avantages sociaux. Instaurer des avantages fiscaux et offrir des emplois décents dans les secteurs formels. Un des éléments les plus importants pour accomplir une transition vers le formel, c'est d'avoir des données précises concernant les secteurs touchés. Faciliter la transaction des petites et moyennes entreprises de l'informel vers le formel réduirait, selon l'intervenant, une grande part du travail informel. Pour arriver à ce but, le conférencier conseille d'augmenter la productivité, baisser l'attractivité de l'informel et permettre, ou faciliter l'accès aux marchés publics aux PME/PMI. L'orateur cite l'exemple du Brésil qui a fait une belle performance dans ce domaine en appliquant cette recette. Entre-temps, l'Etat doit également renforcer le rôle des inspections de travail à travers le pays. Quand on sait que l'inspection de travail n'a pas mandat d'aller dans les entreprises qui travaillent dans l'informel, il est facile de deviner que ce domaine a encore de beaux jours devant lui. Autres champs d'intervention pour la formalisation de l'économie souterraine cités par le conférencier, «l'interconnexion des bases de données entre les différentes institutions». Il faudrait aussi instaurer, selon lui, le paiement par titres et chèques de services. Le e-gouvernement et le paiement électronique «sont parmi les moyens efficaces». En somme, l'invité de l'IAF a fourni une recette dont l'économie algérienne, en décrépitude, en a tellement besoin en ces temps de vaches maigres.