Tel est le défi exprimé lors du 4e Séminaire sur la paix et la sécurité en Afrique qui s'est ouvert hier à Oran. C'est la quatrième fois consécutive que ce rendez-vous annuel, qui a été institutionnalisé, il y a deux ans, par le Conseil de sécurité de l'Union africaine, a lieu en Algérie. Oran abrite, durant trois jours, ce séminaire impulsé par l'Algérie qui réunit une soixantaine de participants de 14 pays africains mais aussi des invités venus d'Europe et d'Asie. Dans son allocution d'ouverture des travaux, le ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Ramtane Lamamra, a plaidé pour «une meilleure coordination des approches et pour davantage de mutualisation des moyens d'autant plus que le nombre de crises et conflits en Afrique représentent les deux tiers des questions à l'ordre du jour du Conseil de sécurité». Tout en soulignant la nécessité «de moderniser les moyens de lutte contre le terrorisme», le ministre a réitéré la revendication maintes fois exprimée par l'Algérie liée à «l'universalisation de l'interdiction, voire la criminalisation du paiement de rançons aux groupes terroristes». Les participants sont tous préoccupés par la même menace : le terrorisme. Pas moins de treize groupes terroristes sont aujourd'hui actifs au nord et au sud du Sahara. En Libye, des territoires sont infestés de terroristes de l'Etat islamique (EI) qui forment des cellules de recrutement. La réponse aux fléaux sécuritaires est certes d'abord militaire, mais les participants ont souhaité mettre l'accent sur «la prévention car il faut aller plus loin que l'approche sécuritaire et proposer une alternative politique de lutte doctrinale contre les extrémistes et promouvoir les valeurs de tolérance». Ce séminaire a été rehaussé par la participation des chefs de la diplomatie de l'Angola, de l'Egypte, de l'Ethiopie, du Rwanda, du Nigeria, du Sénégal et du Tchad. Des représentants d'instances relevant de l'UA et de l'ONU ont également pris part à cette rencontre, comme le ministre des Affaires étrangères et de l'Intégration africaine et président du conseil exécutif de l'UA du Tchad, Moussa Faki Mahamet, le ministre des Affaires étrangères de l'Angola, George Chikoti, représentant les pays africains membres du Conseil de sécurité (A3) et du représentant permanent de la Sierra Leone auprès de l'Union africaine et président du Conseil à la paix et à la sécurité (CPS), Kamara Osman Keh. Etaient également présents le directeur exécutif de l'Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (Unitar), Nikil Seth, et le directeur du Centre africain d'études et de recherche sur le terrorisme (Caert). D'autres invités ont aussi assisté à cette rencontre à l'image de Jean-Cristophe Belliard (secrétaire général adjoint du service européen pour l'action extérieure) ainsi que la directrice générale du ministère des Affaires étrangères de la Suède. Plusieurs thèmes ont été abordés : «La complémentarité entre l'UA et les Nations unies dans la lutte contre le terrorisme», «Le financement des opérations de soutien à la paix de l'UA», «La contribution de l'Afrique aux opérations de paix des Nations unies» et enfin «La coordination entre les trois représentants de l'Afrique au Conseil de sécurité et l'interaction avec l'UA». Les recommandations issues de cette rencontre d'Oran seront soumises au sommet de l'UA pour être enrichies et endossées par l'ensemble des pays africains au prochain sommet de l'Union, prévu les 30 et 31 janvier 2017 à Addis-Abeba, en Ethiopie. Le chef de la diplomatie algérienne a indiqué que le l'objectif de ce séminaire est de «parler d'une seule voix au sein des instances onusiennes et assister les membres africains entrant au Conseil de sécurité de l'ONU à se préparer à l'examen des questions de paix et de sécurité sur le continent». Le but est ainsi de «doter l'Afrique d'une voix beaucoup plus cohérente et efficace au sein du Conseil de sécurité de l'ONU». Les participants ont plaidé pour le partage accru du renseignement et une planification coordonnée des opérations de maintien de la paix. L'Union africaine a conçu une «architecture de paix» dotée d'«un mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits». Un Conseil de paix et de sécurité (CPS) a été mis en place en 2004, de même qu'un comité d'état-major avec comme projet la création, dans les cinq grandes régions du continent, de brigades de maintien de la paix constituant la Force africaine en attente (FAA). D'autres outils ont été mis en place : un système continental d'alerte et le conseil des sages censé faire de la prévention active. Un Comité technique spécialisé sur la défense, la sécurité et la sûreté (CTSDSS) a été constitué. Le CPS a été actif lors des crises au Darfour, aux Comores, en Somalie, en République démocratique du Congo, au Burundi, en Côte d'Ivoire et dans d'autres pays. Le CPS supervise la mise en place d'une «force de réserve» pour servir de force de paix africaine permanente, de même qu'une base logistique continentale à Douala. Toutes ses actions s'inscrivent dans la volonté de concevoir «des solutions africaines aux problèmes africains».