Dans le cadre de la série des conférences sur les pathologies chroniques en Algérie, le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a organisé, hier, au siège du ministère une journée d'étude, durant une matinée, sur la greffe rénale. Les différents intervenants ont mis l'accent sur la complexité de cette maladie et sa prise en charge, l'hémodialyse et la greffe rénale. Amar Tou, ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière,qui a présidé cette conférence de presse, s'est félicité « de l'amélioration de la prise en charge des malades insuffisants rénaux et de la reprise de la technique de greffe rénale dans les centres spécialisés implantés à travers le territoire national. Qu'ils soient privés ou publics, ils relèvent tous du système de santé national. Après Blida, Constantine et Alger, on attend les structures de Annaba et d'Oran pour s'engager dans le même processus », a déclaré le ministre. Pour lui, « il est très facile de mettre les moyens humains et matériels nécessaires » pour lancer des centres d'hémodialyses performants, en réponse au professeur Chaouche du CHU de Mustapha, qui a souligné dans sa communication les obstacles rencontrés pour s'avancer dans la greffe rénale à partir de cadavre. Une technique à laquelle « nous ne sommes pas prêts, compte tenu de l'indisponibilité des moyens humains et matériels dans les structures hospitalières malgré les compétences de nos urologues ». Il cite, entre autres, le manque d'espace, les problèmes de maintenance, l'indisponibilité de médicaments, du personnel médical et de la formation. « Il n'est pas possible de se lancer dans cette aventure si les services ne sont pas suffisamment équipés, à titre d'exemple, le pavillon des urgences de l'hôpital Mustapha qui n'est pas encore prêts à recevoir les malades », a-t-il déclaré. « Nous procédons à une greffe sur donneur vivant tous les quinze jours, en raison du manque d'espace dans le service, qui reçoit parallèlement 2500 malades par an en chirurgie thoracique. On pourrait passer à une vitesse supérieure, si les moyens humains et matériels étaient en adéquation », a-t-il signalé et de déplorer que seulement 20 greffes par an sont réalisées au CHU de Mustapha. « Dans le contexte algérien de cette dernière décennie, compte tenu des moyens humains et matériels disponibles, de la détresse des patients insuffisamment dialysés, la seule alternative valable à l'insuffisance rénale terminale est la transplantation à partir de donneur vivant apparenté. Mais, il est permis d'envisager dans un avenir proche la transplantation à partir de rein de cadavre, seul espoir pour les patients qui n'ont pas de donneur », a-t-il déclaré en guise de conclusion. A noter que la première greffe de rein d'un donneur vivant apparenté a eu lieu en 1986 et la première greffe rénale à partir d'un cadavre a eu lieu en 2002. L'opération a été réalisée à l'hôpital de Constantine qui s'est soldée par un échec puisque les deux personnes greffées sont décédées par la suite. Pourtant, plusieurs spécialistes se sont opposés à l'époque au procédé, sachant que l'opération nécessite des moyens humains et matériels colossaux. Et voila que trois années après, l'état des structures hospitalières étant le même en matière d'infrastructures et de moyens matériels et humains, le débat de la greffe rénale à partir de cadavres est relancé. A noter qu'en matière d'imagerie médicale, un élément non négligeable dans le processus de cette opération, l'ensemble des appareils (radio, scanner,etc.) sont actuellement en panne dans la plupart des hôpitaux de la capitale. Le problème de maintenance est un problème de taille que les gestionnaires des établissements n'arrivent pas encore à résoudre. Les centres privés restent l'unique recours pour les malades. Ils sont ouverts de nuit comme de jour pour répondre aux besoins des citoyens. L'idée de lancer des conventions avec ces centres et la CNAS serait d'un grand apport aux malades assurés sociaux, puisque la contractualisation est renvoyée aux calendes grecques. A signaler que le nombre des cas d'insuffisance rénale chronique est estimé à 3000 avec 50 à 100 nouveaux cas par an et sur 1 million d'habitants. Le nombre de patients pris en charge au 31 août 2005 est de, selon docteur Moussaoui à la direction de la santé au ministère, 5187 dans le secteur public et 2423 dans le secteur privé qui comptent respectivement 104 et 45 centres d'hémodialyse.