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«Le système tunisien n'a pas été efficace pour résoudre la question de l'emploi»
Abdelkader Djelfat. Economiste, université de Lille
Publié dans El Watan le 24 - 01 - 2011

Le professeur Djelfat est coordinateur du Réseau Maghreb (Maghreb Technologie) qui a pour objectif de mener une réflexion rénovée et approfondie sur l'intégration de la science et la technologie dans le développement des économies maghrébines.
-Vous développez l'idée selon laquelle le domaine de l'emploi est celui où le modèle économique tunisien a le plus montré ses limites. Pourquoi ?
Les analyses montrent que malgré toutes les vertus que l'on attribue au système économique mis en place par l'ancien régime en Tunisie et le qualificatif de «success story» qu'on lui prête, il n'a pas été plus efficace que le système algérien à résoudre la question de l'emploi et en particulier celui de l'emploi des jeunes. Au cours de ces dernières années, la Tunisie, tout comme l'Algérie, a connu d'importantes mutations de sa situation de l'emploi, avec notamment l'arrivée chaque année sur le marché du travail d'un nombre considérable de jeunes, l'essor de l'activité des femmes et l'accroissement des licenciements résultant des restructurations économiques, en particulier dans le secteur public.
Malgré une croissance économique soutenue au cours de ces dernières années, son niveau et ses origines n'ont pas permis une création suffisante d'emplois pour endiguer la pression des chômeurs. Les taux de chômage restent donc très élevés et particulièrement critiques auprès des jeunes, des femmes et des diplômés.
La Tunisie, par exemple, doit faire face à une demande d'emploi de l'ordre de 5,18 millions à l'horizon 2020, ce qui représente un énorme effort à faire. Des écarts se sont creusés également entre différentes catégories de population à l'intérieur des pays, en termes d'accès à des emplois et revenus décents et de participation à la vie économique et sociale. Les changements associés à la mondialisation (libéralisation, restructuration d'entreprises, etc. ) ont eu de lourdes conséquences, souvent négatives, sur les marchés du travail. Ce phénomène a généré des frustrations graves et des effets négatifs, voire générateurs d'instabilité, tels que la violence, l'expansion des activités informelles et de la pauvreté.
-Où se situe la défaillance en matière de prise en charge de la question de l'emploi ?
Toutes les études sont unanimes pour signaler comme causes de la faible employabilité, des systèmes d'éducation et de formation de faible qualité, non conformes ni adaptés aux besoins réels de l'économie et de couverture insuffisante et limitée, ce qui n'a pas permis d'intégrer les groupes sociaux et les régions les plus défavorisées (populations rurales, travailleurs du secteur informel, etc.).
En Algérie, le taux de réussite au bac a fait des progrès ces dernières années, mais n'a pas dépassé les 45% en 2009. Les 15 dernières années, le nombre d'élèves qui redoublent a été multiplié par 2. Cette faible qualité de l'enseignement doit faire face à la démocratisation des études universitaires. Celle-ci a, certes, permis à toutes les franges de la société de poursuivre des études supérieures mais, en contrepartie, elle a occasionné une dégradation importante des conditions pédagogiques. Les systèmes d'enseignement supérieur des pays ont continué à répondre à une demande sociale de plus en plus importante sans tenir compte des déséquilibres tant quantitatifs que qualitatifs entre le système éducatif et les besoins réels de l'économie.
-Mais, aujourd'hui, c'est davantage le chômage des diplômés qui pose problème…
Le chômage des jeunes diplômés est un problème complexe résultant de la demande insuffisante de main-d'œuvre en général, du décalage entre les compétences des jeunes et celles que demandent les employeurs et de l'explosion de la catégorie des jeunes de 15 à 24 ans dans toute la sous-région. En 2005/2006, il a atteint 46% pour l'Algérie selon l'OAT et 27% pour la Tunisie, deux fois plus élevé que celui de la moyenne mondiale (14%) (OAT 2007). L'examen des données par groupe d'âge montre que la courbe de chômage est la plus accentuée dans la catégorie des 20-35 ans d'âge, dont une bonne partie sont des diplômés et des sorties du système scolaire. En Algérie, 60-70% des chômeurs sont des jeunes, et premiers demandeurs d'emploi : cette catégorie inclut 350 000 jeunes qui viennent de terminer leur formation. Des données plus récentes (2009) montrent que le taux de chômage des diplômés de l'enseignement supérieur en Tunisie était 3 fois et demie plus élevé que celui des personnes analphabètes ou de niveau primaire, atteignant en 2011 au moins 200 000, soit un taux avoisinant les 33%. On se trouve ainsi face au paradoxe que les personnes les plus formées sont souvent les moins aptes à trouver du travail. Cette situation, lorsqu'elle perdure, entraîne une exclusion sociale, porte ouverte sur les activités informelles et illégales, la rupture de la confiance dans les institutions et une érosion du capital humain.
-D'où vient ce décalage entre les besoins du marché du travail et les compétences formées ?
L'asymétrie entre les compétences formées et les débouchés sur le marché du travail est évidente. Elle résulte d'une manière générale de la croissance qui a été insuffisante pour absorber le volume de demandeurs d'emploi dans les années 80 et 90. Ce déficit de croissance a été ainsi la cause de la création d'un déficit cumulé de création d'emplois et par conséquent d'un chômage. En Algérie, la croissance de la population active et de la demande de travail qui en résulté était de 3,8% pendant les années 90, nécessitant un taux de croissance annuel moyen de 5,4%. Le taux n'a été que de 1,5%. Ce déficit de croissance de 3,9% annuel est traduit par un déficit en matière de création d'emplois qui s'est cumulé pendant cette période.
Ajouté à cela le nombre des emplois perdus dans les années 90 qui est venu s'ajouter au stock des demandeurs (360 000 postes ont été perdus, selon le CNES, entre 1994 et 1998, suite à la mise en œuvre des réformes économiques) sans que de nouveaux emplois ne soient créés en quantités significatives par le secteur privé local ou les firmes étrangères. Pour résorber ce déficit cumulé et faire face à l'arrivée de nouveaux demandeurs d'emploi, les économies devaient croître à un rythme de plus de 10% annuel pendant toute la période, chiffre impossible à réaliser vu toutes les autres contraintes et les transferts sociaux nécessaires. En Tunisie, le taux de croissance de la population active a été de 2,9% dans les années 1990, ce qui aurait nécessité un taux de croissance du PIB de 4,1% pendant toute la décennie.
Or, le taux de croissance effectif moyen n'a pas dépassé les 1,8% pendant la période, ce qui entraîne un déficit cumulé moyen de 2,3% pendant toute la période. Une croissance d'environ 7,5% par an dans le secteur manufacturier et de 11,5% dans les services privés aurait pu résorber ce déficit. Ceci n'a pas été possible, même si les performances de croissance ont été relativement favorables. A cela, il faut ajouter l'industrie, l'un des secteurs moteurs de la croissance durant les années 70, qui a perdu son rôle de pourvoyeur d'emplois depuis la crise des années 1980 : elle participait en Algérie entre 1967 et 1978 à près de 20% du total des emplois créés hors agriculture. En Tunisie, la croissance de l'emploi s'est nettement ralentie dans le secteur manufacturier et celui des services privés, où travaillent 60% de la main-d'œuvre non agricole.
Le secteur privé, dont la taille reste limitée, a une faible capacité de création d'emplois et reste largement dominé par les entreprises familiales. L'agriculture en Tunisie, elle, génère environ 14% du PIB et emploie environ 22% de la population active, mais l'emploi agricole n'a augmenté que de 1,5% par an en moyenne au cours de la période 1989-2001. Des jeunes travaillent partiellement ou refusent carrément des opportunités d'emploi dans des secteurs pourvoyeurs d'emplois, tels que le secteur agricole en raison de la rémunération, de l'éloignement et du rythme du travail. Enfin, l'émigration légale qui a servi d'élément régulateur du marché du travail ne peut plus jouer ce rôle depuis que les barrières de l'Europe sont de plus en plus élevées. Cela dit, les chiffres montrent que le secteur informel a joué un rôle de roue de secours face à la panne relative du secteur officiel ou déclaré à absorber les demandeurs d'emploi : selon les estimations, l'emploi informel représente 50% de l'emploi non agricole global en Tunisie, même plus élevé que celui de l'Algérie (43%).


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