Après la publication de Les Adieux de Noël en 2007, Chabane Chouitem vient de publier, aux éditions Dar El Kiteb El Aârabi, son second roman intitulé Les Cons damnés, un livre percutant et d'actualité à la fois. Au-delà du petit clin d'œil à Frantz Fanon pour son ouvrage Les Damnés de la terre, le titre se veut double. En effet, Chabane Chouitem aborde dans un premier temps la thématique de la condamnation. La Terre prend la parole, elle instruit le procès de l'homme, qu'elle condamnera sans le ménager dans ce roman, et demande à être, pour une fois, entendue. Dans un second temps, la damnation va de pair avec la connerie. «Nous sommes tous un peu cons sur les bords, l'homme se surestime souvent et son orgueil fait qu'il peut devenir dangereux — ici, ses victimes sont la Terre et la nature. Donc, la damnation et le procès de la Terre font suite à la bêtise (aux bêtises) de l'Homme. Ce choix incisif/incitatif annonce tout de go la confrontation Homme/Terre», explique l'auteur. Le livre en lui-même est une allégorie. Chaque mot a son importance et son poids, et ce, à commencer par le titre. L'histoire se situe dans les dédales du Piedras Negras, un lieu loin du monde et de toutes ses réalités grossières, à peine y posait-on les pieds que l'on était déjà pressé de repartir. Là-bas, dans les bas-fonds les plus mélancoliques du Mexique, les Landes inspiraient un profond sentiment de solitude et de nostalgie. Et l'air pesant, presque irrespirable, semblait fraterniser avec l'odeur de la mort. Elle n'est jamais loin. De montagne en montagne, en passant par quelques plaines rares et désertes, arides et affreusement stériles, les saccades étaient infiniment longues et les habitants du Piedras Negras pressés de rejoindre l'au-delà. C'étaient les prisonniers de la nature. Ils n'avaient qu'une seule exigence, qu'une seule obsession : boire et manger aussi souvent que possible. Et comme s'il n'avait pas encore assez découvert l'épouvante, Carlos se fait petit à petit piéger par la mécanique des cauchemars insupportables. Alors qu'il se trouvait sur le haut de la montagne, soudain le ciel clair se couvrit d'un noir de jais. Il vit l'ombre du firmament par terre ; tout était noir et, au moment où il souleva la tête, s'abattirent sur lui des trombes d'un liquide noir foncé, lourd et très gluant, d'une chaleur à dissoudre des masses de fer. Et par terre, une lave giclait à vive allure en direction du village. Carlos essaya de s'y soustraire, mais en vain, ses pieds étaient noyés dans la substance encore rougeoyante, et son corps, tout couvert de noir, fondait comme la neige. Il observait alors, impuissant, ses os au travers de la peau de ses bras décharnés, calcinés… Dans Les Cons damnés, l'énorme Boule qui sait tout, à savoir la Terre, est juge et avocats, jury et témoins : elle veut rétablir la justice, et c'est à l'homme qu'elle va l'arracher dans le sang. Après la publication de cet ouvrage, Chabane Chouitem a d'autres projets en chantier dont deux pièces théâtrales. Actuellement, il se plaît à explorer le thème de la schizophrénie dans son troisième roman qu'il est en train d'écrire. Mais comme il le signale si bien, la priorité pour l'heure est d'augmenter la version de son premier roman en espérant trouver un éditeur en Algérie.
«Les Cons damnés», de Chabane Chouitem - Dar El Kiteb El Aârabi, 230 pages, février 2011. Prix public : 350 DA.