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Adieu Shakespeare !
Parution. Un appel à l'indépendance culturelle
Publié dans El Watan le 02 - 07 - 2011

Pour l'écrivain et dramaturge kenyan, Ngugi Wa Thiong'o, il faut revenir aux langues ancestrales.
Dans son ouvrage, Décoloniser l'esprit, publié en 1986 et qui vient d'être traduit en français*, l'écrivain et dramaturge kenyan, Ngugi Wa Thiong'o déclare : «Ce livre est mon adieu à l'anglais pour quelque écrit que ce soit.» La décision de «jeter les premières pierres d'une littérature en kikuyu» est intervenue quatre années après son installation en Angleterre en tant qu'exilé. Signalons que le terme kikuyu désigne une ethnie du Kenya ainsi qu'une langue bantoue. N. Wa Thiong'o avait écrit plusieurs essais et romans en anglais, réputé être la langue de la réussite et de la reconnaissance littéraires.
A travers cet essai, l'auteur se lance dans une critique de l'aliénation linguistique au Kenya et en Afrique, en général. De son point de vue, la question de la littérature africaine et de sa langue d'expression est tributaire d'enjeux politiques de deux ordres : d'une part, l'impérialisme qui poursuit sa politique de contrôle économique, politique et culturel de l'Afrique et, d'autre part, la lutte des Africains pour s'affranchir de cette domination. Pour comprendre l'importance de la question de la langue et la manière dont elle a été (et continue à être) l'une des violences capitales faites à l'Afrique, l'auteur effectue un bref retour sur l'histoire du colonialisme. De son point de vue, la colonisation de l'Afrique n'est pas seulement politique et économique, mais revêt également une dimension culturelle. Les puissances coloniales ont procédé à un partage culturel et linguistique en Afrique en imposant à ses peuples leurs langues. Cette politique de domination persiste de nos jours. La plupart des écrivains continuent, en effet, de penser et d'écrire dans ces langues imposées, constate N. Wa Thiong'o.
Mais comment les puissances coloniales sont-elles parvenues à imposer leurs langues dans les pays africains ? En subjuguant les esprits et en s'appuyant sur l'école qui a joué un rôle important dans «la fascination des êtres», et ce, au détriment des langues maternelles : celles apprises et parlées aux champs et à la maison, celles de «nos veillées nocturnes [...] de notre communauté, de nos travaux aux champs», souligne l'auteur. Au Kenya, après l'instauration de l'état d'urgence en 1952, les écoles tenues par les nationalistes qui dispensaient un enseignement en kikuyu ont été saisies. C'est alors que l'anglais est devenu la langue dominante et de référence et l'instrument de réussite. L'imposition des langues des nations colonisatrices aux peuples africains a contribué à l'éradication des langues autochtones écrites et parlées. Elle a dévalorisé, voire détruit, les cultures des peuples colonisés en contrôlant leur univers mental ainsi que leurs représentations du monde, d'eux-mêmes et de leurs rapports aux autres. Car, en tant que moyen de communication et vecteur de culture et d'histoire, la langue permet d'échanger et de transmettre les valeurs éthiques, morales et esthétiques de la culture qui constitue l'identité d'un peuple. Cette emprise culturelle a brisé l'harmonie que les enfants kenyans entretenaient avec leurs langues maternelles.
En ne devenant qu'une activité purement cérébrale, l'apprentissage a perdu sa dimension essentiellement naturelle et sensible. La conséquence principale de la domination de l'écrit au détriment de l'oral concerne la rupture entre le monde de l'école, c'est-à-dire la langue écrite, l'environnement familial et social de l'enfant. Ce phénomène «d'aliénation coloniale» a conduit les enfants colonisés à mépriser les langues locales et à se «considérer d'un point de vue extérieur à soi», écrit N. Wa Thiong'o. Et, considérer son propre monde du même œil que le colonisateur, conduit à juger sa culture selon un point de vue négatif, c'est-à-dire à la dévaloriser et à la considérer comme inférieure à la culture du colonisateur. Cette vision négative de sa langue et de sa culture entraîne inévitablement une dévalorisation et une haine de soi et des siens.
Après la conférence de Makerere en 1962, la littérature post-coloniale africaine était représentée par des écrivains issus de la petite bourgeoisie nationaliste, éduquée dans les écoles et universités coloniales. Les langues des nations colonisatrices (l'anglais, le français et le portugais) étaient leurs principales langues d'expression. Ces auteurs s'inspiraient notamment de la littérature paysanne : contes, conseils des sages, proverbes... Cette «littérature émergente» a permis à l'Afrique et à sa culture de se faire connaître sur la scène internationale.
Au plan intérieur, cette littérature néo-africaine, qui s'inscrivait dans une perspective de lutte anti-coloniale et anti-impérialiste, a contribué à développer chez les classes dirigeantes un sentiment de classe. Cependant, en écrivant dans les langues de l'éducation scolaire et du développement intellectuel, ces auteurs ont participé à la création d'une «identité collective illusoire» puisque la classe d'ouvriers et de paysans, qui peuple cette littérature, n'a d'existence réelle que sous la plume de ces auteurs. Et du point de vue de N. Wa Thiong'o, en continuant à écrire dans les langues des nations ex-colonisatrices, ces écrivains perpétuent la servitude et la soumission à l'égard de ces dernières.
A travers cet essai, l'auteur exhorte les écrivains africains à s'affranchir de l'aliénation coloniale linguistique et culturelle et à écrire dans les langues des paysans et des ouvriers. Sa démarche vise plusieurs objectifs : réhabiliter les langues maternelles et les cultures locales dans le but de les redécouvrir et de les revaloriser ; restaurer l'harmonie entre les langues, l'environnement et «l'être intérieur kenyan» ; réconcilier l'enfant kenyan avec ses langues et faire en sorte qu'il ne vive plus les langues étrangères comme une imposition.
Décoloniser l'esprit est un appel vibrant à «l'émancipation nationale, démocratique et humaine». C'est une critique sans concession et raisonnée contre l'impérialisme occidental sous ses formes coloniale et néo-coloniale, d'une part, et, d'autre part, contre les écrivains africains qui, en écrivant dans les langues des ex-colonisateurs, jouent un rôle capital dans la dévalorisation des cultures et langues africaines, généralement associées à l'arriération et au sous-développement. Les langues africaines doivent être utilisées comme un instrument de lutte contre l'impérialisme et de création d'une littérature ouverte aux transformations... Changer le monde ! Tel est finalement le souhait profond de Ngugi Wa Thiong'o.

*Ngugi wa Thiong'o, «Décoloniser l'esprit», traduit de l'anglais par Sylvain Prudhomme, La Fabrique éditions, mars 2011, 168 p.


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