La décision du ministère de l'Energie de venir en renfort au football professionnel n'a pas fait que des heureux dans les rangs des clubs et plus particulièrement de leurs présidents qui n'ont pas tardé à monter au créneau et menacer de faire des vagues dès «l'heureuse annonce» de l'implication de Sonatrach et de quelques-unes de ses filiales dans la gestion des clubs professionnels. Le ministère de l'Energie aurait gagné en retour, s'il avait fait montre de plus de transparence dans cette décision saluée par les uns et maudite par les autres. Elle (la décision) n'est pas anodine dans le contexte actuel marqué par la contestation et la colère au sein de l'écrasante majorité des associations sportives. Beaucoup se demandent si les mobiles et motivations du «retour» de Sonatrach dans le football ne sont pas à chercher dans le souci permanent du pouvoir politique à «éteindre les foyers d'incendie» qui menacent sa «quiétude». Le football peut être une (grosse) source de problèmes avec les débordements, la violence dans et en dehors des stades. Partout dans le monde, le football professionnel a besoin de la puissance de l'argent que, malheureusement, ne peuvent ni lui assurer ni lui garantir les inamovibles présidents de clubs. Nourris aux mamelles de l'argent du Trésor (et du contribuable), et celui de sponsors souvent, pour ne pas dire jamais, regardant sur les bilans et l'utilisation de l'argent gracieusement distribué et qui finit dans les poches de dirigeants, joueurs, agents de joueurs de pacotille et tout le reste qui gravite autour de la planète football. De toute façon, le retour aux affaires, de Sonatrach, ne va pas plaire en premier lieu à ceux qui se «sucrent» sur place. Beaucoup de choses et de réflexes vont changer. A commencer par la scandaleuse politique salariale imposée et suivie par tout le monde. Comment une société par actions (SSPA) en faillite arrive-t-elle à recruter, à verser des salaires faramineux et adopter un train de vie sans commune mesure avec son amère réalité financière et comptable ? Les pouvoirs publics et quelques sociétés nationales et privées pourvoyeurs de fonds ont l'obligation et le devoir d'exiger des comptes aux bénéficiaires de leurs largesses. Des «entreprises citoyennes», elles se présentent ainsi, ouvrent les vannes annuellement au profit de sociétés sportives par actions (SSPA) budgétivores et qui engloutissent l'argent frais émanant de ces entreprises pour maintenir en vie des clubs qui évoluent largement au-dessus de leurs réels et faibles moyens. Le ministère de l'Energie ainsi que les sociétés qui portent à bout de bras des clubs producteurs uniquement de déficits devraient revoir leur stratégie en matière d'implication dans le ballon rond. Leur aide matérielle aussi conséquente soit-elle sera de nul effet sur le développement et l'évolution du football, parce que ce dernier n'est qu'un tonneau des Danaïdes «contrôlé» par des producteurs de faillites. Si argent il y a, il faut lui tracer sa destination en toute transparence et non accentuer les disparités entre clubs algériens. Il est clair que ces dernières années les «gestes généreux» ont plus alimenté, en partie, les circuits de la corruption que favorisé l'émergence de jeunes talents. Des clubs recrutent à tour de bras des joueurs issus de clubs de division d'honneur de l'autre côté de la Méditerranée, des entraîneurs sans passé qui pointent aux caisses d'allocation chômage à longueur d'année, rétribués royalement ici avant d'être renvoyés au bout de quelques mois d'exercice. C'est tout cela qu'il faut changer. Les grosses boîtes annoncées pour la reprise de clubs maintenus en vie artificiellement seraient plus utiles au football national en investissant l'essentiel de leur effort financier en direction des petites catégories, comme payer les salaires des entraîneurs, prendre en charge leur formation et suivi, leur offrir tous les moyens matériels et didactiques pour faire progresser les jeunes. Donner à ces derniers enfin les moyens de progresser. Ces derniers temps, crise oblige, on évoque l'impérieuse nécessité de mettre en place une seconde réforme sportive. Il faut plus. Une révolution. Un ancien dirigeant qui a vécu la période de la réforme affirme : «Si l'Etat s'implique de nouveau dans le football sans assainir au préalable l'environnement du football, rien ne changera. L'argent à lui seul ne réglera rien. Le facteur humain est le plus important. Malheureusement, aujourd'hui, c'est lui qui gangrène le football et pollue l'atmosphère. Il faut renvoyer tous les dirigeants chez eux et instaurer une nouvelle règle de conduite. Dans le cas contraire, même la puissance financière des Qataris ne changera rien à la lamentable situation du football.» Cet avis est largement partagé au sein de l'opinion sportive.