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Linguistique, ce que parler veut dire
Esope, Aristote et la langue au chat
Publié dans El Watan le 16 - 03 - 2006

Je ne sais si l'expression « donner sa langue au chat » a ou n'a pas de nationalité linguistique. Ce par contre dont je suis sûr, c'est que la fonctionnalité établie et avérée de la langue du chat c'est qu'elle lui sert avant tout de gant de toilette pour se lécher, faire luire son pelage, laper du lait et distribuer des caresses râpeuses aux petits enfants.
La langue du chat n'est ni un outil de communication ni un moyen d'expression. Et c'est tant mieux. De cet état de nature, l'on peut déduire que la langue du chat est un instrument de propreté, ce que Esope et Aristote, se disputant sur les états de langue, n'ont jamais pu aboutir ni à se départager ni à un consensus. Et comment parvenir à un accord entre un sage fabuliste et un affabulateur doctrinaire, manipulateur ? Disons d'entrée de jeu que le linguiste (ce que j'essaie d'être) est plus enclin à croire à la réalité des assertions du fabuliste Esope qu'aux supputations incantatoires des idéologues. Paradoxalement, le fabuliste est dans le vrai, le concret cependant que le maître de fiction délire dans l'abstraction. Le premier est dans l'édification, le second dans la manipulation. Une étudiante d'un institut supérieur des langues m'a interpellé, alors que j'exposais la conception de la langue, du langage et de la parole selon certains grands maîtres de la linguistique et quels maîtres ? Le lexicographe arabe Ibn Mandhor (XIIe-XIIIe siècle), le Genevois européen Ferdinand de Saussure, l'anthropolinguiste américain Edward Sapir et le Danois Louis Hjelmslev (de grands linguistes que gagnerait à découvrir tout étudiant et surtout à étudier laborieusement puisque les enseignants linguistes, denrée rarissime, les évitent pour leur complexité et surtout pour leur rigueur). Cette étudiante m'a interpellé au lendemain de la journée de la femme (?!). Son questionnement visait naïvement à établir autant que faire se peut une relation et une corrélation entre la langue instinctive maternelle, la langue vivante sociale et la langue morte des institutions et de la bureaucratie. Il faut toute la sagacité d'un esprit sain, curieux - féminin de surcroît- et inquiet de science avec conscience (et non d'un saint esprit édictant des billevesées en actes de paroles sentencieux et dogmatiquement suffisants, n'écoutant que sa propre voix et en écho les « bêlements » des délires doctrinaires de prétendus savants de service) pour établir ce lien objectif entre ces trois états de langue que la parole officielle, doctrinaire, idéologique et abstraite à volonté nie ostentatoirement et... à la hussarde. Les caciques linguicides dans notre pays - qui reviennent comme les sanglots sur commande de pleureuses professionnelles - n'ont jamais cessé de faire violence aux lois on ne peut plus objectives de la linguistique qui depuis la révolution saussurienne et depuis les éminents travaux sapiriens n'ont cessé de rappeler que toute langue est d'abord et avant tout un fait social (une pratique concrète et réelle de toute la société, toutes classes et catégories confondues, et pas seulement les cadres et responsables bureaucrates, voire technocrates d'institutions) et surtout un fait éminemment oral (l'écriture d'une langue n'est pas une donnée immédiate de la langue, c'est une pure invention humaine, conventionnelle et relative) n'en déplaise à Vaugelas, à Malesherbes et même au calife Othmane, le tardif fixateur du texte sacré de l'Islam, texte éminemment oral inspiré à un prophète inspiré qui a insisté lui-même sur son illettrisme (sans commentaire !) Othmane s'était pourtant scrupuleusement gardé d'épurer le texte coranique du millier de mots étrangers à la langue arabe que lecteurs et commentateurs continuent, et à ce jour, à réciter sans complexes. La langue, toute langue, ne reconnaît en soi et pour soi que deux dimensions essentielles : la structure systémique (universellement orale et accessoirement écrite) et les usages communicationnels (sans plus : la langue se moque des nationalités et autres balivernes de politologues en mal de fausse science comme M. Jourdain, tout comme elle se moque de tout purisme formel ou puritanisme idéal (ce que Esope n'avait jamais cessé de rappeler aux Grecs pris de vertige dans les méandres de la résolution des contradictions entre leur identitarisme hellène abstrait, abscons et illusionniste renforcé par les académiciens Platon et Aristote d'un côté et leur historique tâche de citoyennisation, concrète, objective et historique, de l'autre côté). Malgré les affabulations des idéologues, les Grecs finirent avec le temps par opter pour ce qui allait leur conférer ce statut de reconnaissance universelle, dans le temps et dans l'espace, de fondateurs de cette idée généreuse et éternelle de démocratie et de citoyenneté. Esope le populaire fabuliste l'emportait définitivement sur les décrets savants des philosophes affabulateurs élitistes. Depuis, la langue s'enrichit d'expressions qui de la lessivante et décapante « langue de chat » jusqu'à la pétrifiante « langue de bois » n'aura jamais cessé de mettre à mal les affabulateurs qui tentent de cacher la citoyenneté linguistique (pratique réelle concrète et sociale partagée) derrière l'écran de fumée de l'identité langagière (pratique irréelle, abstraite et discriminatoire, monopolisée par de pseudo-savants). Disons pour aller vite en besogne, que pour un linguiste conséquent et objectif, il est une loi cardinale impossible à dénaturer en la matière, c'est que ce sont les peuples avec leurs pratiques concrètes et spontanées qui forgent leurs propres langues et non les langues irréelles et virtuelle de quelques sectateurs en mal de légitimité qui forgent et façonnent les peuples. La vie et la mort d'une langue se mesurent au degré des usages qui font que toute langue est d'abord orale (vérité première pour un linguiste et peu importe si cet usage est pur ou « impur » - la pureté de la langue est une fiction et une affabulation de strangulateurs et de baîllonneurs -) et que la vie d'une langue se mesure à l'intensité de ses usages réels et non virtuels, cependant que la mort d'une langue c'est ce processus qui entend conformer l'usage oral créatif et volontariste de la langue sur l'usage conventionnel écrit et contrôlé qui en limite la portée par le façonnage institutionnel et par la sélection à l'accès aseptisé. Une langue demeurera toujours vivante tant que son écriture respectera et enrichira ses usages vivants (usages sociaux et non exclusivement académiques ou élitistes ; à méditer chez nous pour la langue arabe et tamazight). Elle cessera d'être vivante dès lors que son écriture et sa fixation compriment et oppriment ses usages vivants. La langue et comme un être qui respire. Elle a besoin de liberté, d'intelligence et de générosité et non de dictatoriales dispositions constructives et restrictives. Le fabuliste esclave Esope eut raison de la déraison délirante de son affabulateur de maître. Esope restera dans la mémoire vivante des peuples ,cependant que Aristote et Platon sont déjà au musée d'Athènes. En attendant je chatte ma langue au chat, pour être encore plus in.

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