Les préoccupations inhérentes à la gestion des collectivités locales et l'encadrement des programmes de développement territorial se posent à nouveau en cette période qui suit les élections locales du 29 novembre dernier. Passées la ferveur de la campagne électorale et les rivalités entre les différents partis politiques dans leur course effrénée au contrôle des APC et APW, les regards sont désormais braqués sur la gestion des collectivités, la capacité des nouveaux élus à apporter des réponses aux attentes des populations locales en termes de gestion des espaces et des programmes de développement dans divers domaines. Sur ce plan, il serait un leurre d'espérer que les Assemblées élues puissent être à l'avant-garde d'un développement local réel basé sur la mobilisation des ressources locales et une gestion équitable des affaires de la municipalité. Il suffit de suivre de près la prestation des candidats ou des responsables de leurs partis respectifs durant la campagne électorale pour se rendre compte de la décadence qui frappe les Assemblées locales au niveau de la compréhension des enjeux des politiques de développement. Lorsqu'on y ajoute le facteur compétence qui fait défaut auprès d'une grande majorité des nouveaux élus, c'est l'avenir des collectivités locales qui est définitivement scellé. A une question relative à leur vision de la gestion des projets de développement au niveau de leurs communes respectives, plusieurs nouveaux élus interrogés n'ont pas pu aller plus loin que «la gestion de la collecte des déchets urbains», «l'amélioration du transport scolaire», «la réfection des routes dégradées» ou la construction de maisons de jeunes et stades de proximité. Ainsi, dans leur perception, les élus se contentent de coordonner ces tâches qui relèvent de la gestion courante des affaires des municipalités. En revanche, à la question de savoir s'ils ont des projections pour la création d'emplois, la mise en valeur des richesses locales de leurs communes et/ou la réhabilitation du patrimoine local, aucun élu n'est en mesure d'avancer une proposition ou un plan d'action. En revanche, les élus sont unanimes à réclamer plus de prérogatives, notamment dans la gestion des finances publiques et du patrimoine immobilier des collectivités. Lesquels pouvoirs dont ils se sont dépourvus à la faveur du nouveau code communal de 2011 qui attribue plutôt ces prérogatives aux représentants de l'administration comme le secrétaire général de la commune ou le chef de daïra qui ont toujours un mot à dire sur toute délibération importante de l'Assemblée locale (APC). Tenant compte des préoccupations liées à la capacité des élus en matière de maîtrise de la gestion des affaires de la commune, la wilaya de Aïn Defla est allée jusqu'à organiser des cycles de formation au profit des nouveaux P/APC qui portent sur les dispositions du code communal, le code des marchés publics, entre autres. Comme le justifie le wali, «à la faveur de cette formation, les erreurs susceptibles d'être commises pour cause de non-compréhension de certaines lois n'auront plus droit de cité». Par ailleurs, pour des spécialistes de la gestion des collectivités locales, il n'est pas fortuit si les artisans du nouveau code communal ont fait preuve de rigidité à l'égard des élus dans l'attribution des pouvoirs au sein des collectivités. Ainsi, l'expérience de ces 20 dernières années a démontré que les élus sont plus disposés au gaspillage ou négligences dans la protection des deniers publics, notamment en termes de foncier et biens immeubles. Il y a quelques années, le ministère de l'Intérieur a révélé des dizaines d'élus locaux ayant eu des démêlés avec la justice, voire condamnés, pour des infractions ayant entaché leur passage aux commandes des APC, durant les trois dernières mandatures. Il y a lieu de rappeler aussi la triste expérience du début des années 1990 avec le raz-de-marée de l'ex-FIS aux élections communales et la dilapidation pure et simple du patrimoine foncier à laquelle les représentants du parti islamiste se sont livrés avant l'intervention de l'autorité suprême de l'Etat pour dissoudre les Assemblées élues et l'arrêt du processus électoral.