Exil, soif de voyages, espoirs, amertumes… Echanges à près de 5000 km d'Alger. Il a quitté sa ville natale, Oran, pour la France, un an après les émeutes d'octobre 1988 après avoir successivement étudié la sociologie, travaillé dans les ressources humaines de plusieurs entreprises, puis dans le journalisme. Ce n'était pas une fuite ni un exil. Il s'en défend, d'ailleurs, simplement, peut-être un peu philosophiquement, affirmant : «Je ne suis pas absent de ma ville ; ceux qui y vivent en sont absents». Ecrivain désormais connu, Yahia Belaskri est auteur de trois romans, des nouvelles et trois essais, notamment L'islamisme et l'Europe sociale. Son deuxième roman, Si tu cherches la pluie, elle vient d'en haut, paru en 2011, a marqué son envol littéraire. Nous l'avons rencontré à Brazzaville (République du Congo), lors du festival du livre et du cinéma, «Etonnants Voyageurs», où il représentait la littérature algérienne avec Boualem Sansal. Lors de la clôture de cette rencontre, il a pris la parole de manière émouvante, en reprenant notamment des vers tirés du poème «Reniement», du grand auteur grec Georges Séféris, décédé en 1971. A propos de ce choix, il nous dira : «Ce texte, quoique triste, demeure un hymne à l'amour, à l'amitié, à l'unité. Et quoi de mieux que la poésie pour exprimer sa sincérité, sa vérité profonde, son naturel ?» L'émotion, c'est aussi ce qui a marqué la conférence qu'il a donnée lors de ces rencontres sur un sujet pour le moins complexe : «Ecrire l'Algérie» ! Un sujet où un trop-plein d'amertume a pointé dans son intervention, suffisamment pour que nous lui demandions pourquoi. Sa réponse a été sans détours : «La guerre civile dans notre pays a brisé tout notre peuple. J'ai raconté la décennie noire de l'Algérie avec le cœur d'un écrivain, d'un Algérien tout court. Je voulais dire, aussi, qu'il ne faut jamais se voiler la face devant les islamistes, ne pas leur laisser le terrain. Cependant, il faut se battre par les idées, les mots. Sans violence.» Pourtant, cette Algérie qu'il aime à n'en point douter il l'a quittée un jour. Nous nous sommes permis de le solliciter sur ce point, sans intention de le culpabiliser mais parce que notre métier consiste à le faire s'exprimer au maximum. Ceci nous a ramenés à sa vision de l'exil-présence, si l'on peut dire… Et de nous répondre : «Vous savez, ce sont ceux qui y vivent qui en sont absents. Moi, je n'ai jamais quitté mon pays. Je veux dire par là qu'il ne faut pas croire qu'il faut être présent physiquement sur un espace pour dire qu'on l'aime. Quand on aime son pays, il faut en prendre soin. Moi, en quittant l'Algérie, je l'avais emportée sur mes épaules. Regardez comme elle paraît sur mes traits…». En fait d'exilé, Yahia Belaskri est devenu un perpétuel voyageur pour lequel Brazzaville, où nous nous trouvons alors, est une simple escale d'une croisière constante où il assouvit son immense curiosité d'écrivain, mais également de sociologue et d'homme. De cette soif de voyages, il affirme : «Oui, je sillonne le monde, toujours en quête de quelque chose, dans un cadre culturel. Brazza, c'est de la magie. Le Congo est un berceau de littérature. J'ai un lien très fort avec Alain Mabanckou, un des grands écrivains congolais de Pointe-Noire. Et puis, «Etonnants Voyageurs», c'est ma famille, une aventure fantastique…». Ainsi avons-nous clos cet échange avec un écrivain attachant qui, s'il ne porte pas l'Algérie sur son visage, la véhicule partout à travers son écriture, faite aussi de traits.