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Si l'on veut combattre la corruption...
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Publié dans El Watan le 22 - 02 - 2014

Le sujet est préoccupant parce que la corruption a fait disparaître de la surface de la terre des civilisations entières avec leurs empires. C'est ce qu'enseigne le Coran !
En Algérie, pays musulman, ce phénomène ne devait pas, a priori, connaître une propension telle que nous sommes frappés de stupéfaction de par son ampleur. Néanmoins, la situation exige d'apporter des remèdes, non aux conséquences, mais aux causes engendrées par le système d'administration publique qui reste marqué par la perte du sens premier de la chose publique et de l'irresponsabilité ambiante, mère de toutes les corruptions.
En effet, il faut partir d'un constat simple d'apparence : un ministre ou un directeur d'un service extérieur de l'Etat à la wilaya ont-ils été nommés à ces postes pour veiller à la bonne marche de leur secteur au profit des citoyens ou pour être, sans le vouloir, des chefs de chantier ? On s'explique : un directeur de l'éducation dans une wilaya est-il chargé de veiller à la scolarité de nos enfants, à la pédagogie des programmes, au bien-être des personnels enseignants et autres personnels administratifs et techniques ou chargé de suivre les chantiers de l'Education nationale entre écoles, collèges et lycées ? Cette question se pose aussi bien pour le directeur de la santé que pour l'ensemble des directeurs, représentants de ministères au niveau de la wilaya.
Aussi, on peut se demander si un ministre, par exemple celui de la santé, a pour charge de veiller à la santé des citoyens à travers ses personnels et infrastructures de soins, ou d'être chef de chantier des infrastructures sanitaires en construction ? Cette question demeure valable pour l'ensemble des ministres gérant dans leur portefeuille des projets d'équipement public de l'Etat. Il est temps de redéfinir les rôles des uns et des autres pour enlever aux grands commis de l'Etat la réalisation de leurs infrastructures au profit de leur mission originelle, qui demeure l'application des lois et règlements de leur secteur dans ce qu'ils induisent de droits et d'obligations pour l'Etat, les utilisateurs et les citoyens.
La source de la corruption se trouve dans les budgets d'équipement, mais aussi de fonctionnement des institutions et administrations publiques qui sont plus enclines à s'occuper de marchés publics d'études, de services et de travaux (d'équipement et de fonctionnement), alors même qu'elles devraient s'occuper des politiques publiques de leurs secteurs respectifs dans le cadre impératif de la bonne gouvernance qui n'est pas un slogan politique mais une activité responsable digne d'un Etat soucieux de son devenir et donc de ses moyens qui appartiennent en propre à la collectivité. Dans ce sens, il ne serait pas inutile de revisiter les statuts de la Caisse nationale d'équipement public (CNED) pour la rendre compétente en toute matière des commandes publiques.
Un ministère de la Santé ou de l'Education, comme tout autre ministère, devrait se suffire de produire les normes nationales, régionales et locales des besoins induits par leur cartographie en termes d'infrastructures pour juste déterminer avec précision les programmes d'architecture (contenu d'une école ou d'un hôpital) de leur secteur sans jamais s'impliquer dans la réalisation et le suivi des chantiers qui n'ont rien à voir avec leurs compétences techniques originelles.
A charge pour l'Etat de se doter d'une institution (CNED ou autre) compétente uniquement pour réaliser ses infrastructures socio-économiques, culturelles, sportives et administratives (depuis leur étude jusqu'à leur livraison). Même s'il faut aller à un ministère des Infrastructures ou un ministère du Développement des territoires, responsable de l'exécution du budget d'équipement de l'Etat consacré à ces dépenses, l'Etat gagnerait en termes de transparence, de responsabilité et d'économie.
De grosses économies se feront, car 67% du budget d'équipement finissent dans le béton. Il est temps d'apprendre à le couler en harmonie avec les régies d'urbanisme et d'architecture opérationnels pour créer du beau et du fonctionnel dans la perspective d'une ville ou d'une campagne. Une grosse économie d'assiettes de terrain se fera assurément quand on apprendra à fusionner plusieurs projets fonctionnels sur un même terrain. Sans compter d'autres économies dans les VRD, les matériaux et l'organisation générale des chantiers, les réseaux de circulation qui ne sont pas à négliger, nous parlons de milliards de dinars, autant de dollars du pétrole.
Ce faisant, on ramènera la source de la corruption à un seul ordonnateur primaire qui avec ses services extérieurs dans les régions et wilayas (ordonnateurs secondaires) seront entièrement responsables de la bonne gestion des deniers publics et de leur contrepartie infrastructurelle sur le terrain le travail d'inspection, de contrôle et d'évaluation des institutions compétentes (Cour des comptes, IGF, Inspections générales des ministères, Services de sécurité) se trouvera facilité et renforcé par l'expérience à ce niveau institutionnel unique autour du rapport qualité/prix.
Dans ce sens, le rôle des walis (comme des maires) serait à redéfinir car eux aussi ne sont pas des chefs de chantier. Ils devraient à notre humble avis s'occuper du respect des lois et réglements du gouvernement qu'ils représentent à leur échelon Il y a du pain sur la planche pour ramener à l'orthodoxie et les institutions et les citoyens qui sont devenus par la force des choses des égarés nuisibles à leur propre pays et Etat, poussés à l'émeute. Quand un wali s'occupe des règles du commerce, de l'hygiène publique, des prix, du respect de l'urbanisme et de toutes les polices administratives, il rendra une fière chandelle à son Etat et ses citoyens. Il contribuera au bien-être de ses concitoyens qui ne se feront plus agresser ou voler sur son territoire de compétence.
Les walis s'occuperont de leurs compétences régaliennes pour ne plus avoir à distribuer des marchés et des privilèges sur coup de téléphone des prédateurs qui menacent leur fonction de commis de l'Etat d'abord et avant tout ! Ils augmenteront les revenus fiscaux, parafiscaux et autres revenus de l'Etat et des collectivités locales quand ils veilleront au respect des lois de la République qui s'appliquent partout de la même façon et d'une manière équitable pour l'ensemble des citoyens, quel que soit leur statut social. En outre, il y aura lieu d'encadrer les administrations de services directs aux citoyens (police, justice, impôts, Domaines, Douanes, éducation, santé, fonds d'aide sociale, etc.) de structures de recours direct (genre de police de proximité) permettant aux clients et usagers de dénoncer en temps réel les tentatives des corrupteurs et corrompus parmi les personnels employés par la puissance publique.
Des sanctions exemplaires infamantes donneront à réfléchir aux brebis galeuses de l'administration publique et protégeront solidement les droits des citoyens dans leur quête des services publics qu'ils payent par leurs contributions diverses au budget de la Nation. Aussi, il y a nécessité impérieuse de dompter la question du pouvoir d'achat effectif et des prix réels des produits et services qu'offre le marché algérien. Il faut absolument arriver à les rendre cohérents en ramenant les industriels et les commerçants du gros au détail à les calculer au centime près pour comprendre les marges de bénéfice prohibitif qu'ils s'accordent et qui participent à la dévalorisation du dinar par une inflation auto-entretenue de fait plutôt que de droit économique. Il ne servira à rien de toucher des millions de centimes en salaire si ces millions financent le vol général organisé et par le système fiscal exorbitant et par le système commercial plus que libre, il est anarchique au détriment des fondamentaux de l'économie et du commerce. C'est de l'unique responsabilité du bon père de famille qu'est supposé être l'Etat.
Si nous continuons ainsi, soyons sûrs qu'un jour nous perdrons ce pays pour lequel des millions de martyrs hier et des milliers aujourd'hui sont morts pour que nous vivions libres et égaux.
A quand le sérieux dans tout ce que nous entreprenons tous les jours, qui restera notre histoire au bout du compte, de quelle histoire nos enfants hériteront-ils ? De l'histoire individuelle de chacun sur ce qu'il a fait dans et pour ce pays en bien ou en mal. Ressaisissons-nous, il est encore temps... pour peu de temps encore !
De grâce, ne laissons pas la prophétie de de Gaulle se réaliser ! Déjà que l'histoire des trois décades s'est réalisée contre toute attente (la première décade, ils mangeront ce que nous leur avons laissé, la deuxième décade, ils mangeront leur pétrole, la troisième décade, ils se mangeront entre eux : c'est ce qui est arrivé de 62 à 92 soit exactement après trois décades). Sommes-nous indignes du sacrifice suprême de nos pères, de nos frères et aujourd'hui de nos propres enfants tués par le système colonial dangereusement reconduit après la restauration et pour quels objectifs encore à identifier ?


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