Si seulement 146 000qx de raisin de cuve sur une production de 225 000qx, ont pu être placés auprès des transformateurs en 2005, il y en aura nettement beaucoup moins sur les 380 000qx attendus lors de la toute prochaine campagne vendanges. En effet, situation inédite, les opérateurs privés ne se sont avancés pour aucun quota à transformer alors que, selon le DSA, l'office national de commercialisation des vins (ONCV) qui s'était proposé pour l'achat de 80 000 qx, se serait rétracté pour en définitive ne s'engager que sur 25 000 qx. C'est en conséquence, toujours selon les projections de la DSA, seulement 20% de la production de vigne de cuve qui trouvera preneur ! Du coté des transformateurs privés, on se désole en mettant en exergue la mévente de leurs vins demeurés en stock : « Les éventuels importateurs viennent déguster, vous félicitent mais repartent sans passer aucune commande. Et puis il y a eu ces fermetures en cascade des bars et restaurants du coté de Tizi Ouzou et Bejaia, dans une région Centre la plus consommatrice du pays ». Côté ONCV, l'office dément s'être proposé pour la transformation d'une quantité précise de raisin : « On n'est pas encore fixé pour l'instant. Le moment venu, nous agirons en fonction du marché ». A cet égard, l'ONCV met en avant la question de la qualité, le seul moyen de faire face à la concurrence locale et de gagner des parts au sein du marché extérieur. A ce propos, ses responsables déplorent d'une part le fait qu'à Témouchent toutes les caves soient dans un état désastreux et d'autre part ils regrettent le fait que les autorités locales n'aient pas jugé utile de répondre à leur demande d'acquisition de caves, des infrastructures que l'office se proposait de remettre à niveau comme il l'a fait à Mascara et à Mostaganem. Au bout du compte, face au forfait des transformateurs, un comité de suivi chapeauté par la wilaya a conçu un dispositif par lequel la coopérative viticole (CASSVIT) transformerait environ 250 000 qx de raisin de cuve pour le compte des viticulteurs. Ce dispositif prévoit en outre que l'essentiel des 150 000 en Cinsault soit écoulé sur le marché en frais plutôt que d'être transformé, le Cinsault étant un raisin double fin. La question qui se pose est de savoir ce que vaudra sur le terrain ce dispositif et comment vont réagir les concernés, eux qui ont été habitués à toujours trouver preneur ? Car il y a lieu d'avoir quelques inquiétudes dans la mesure où il est proposé aux viticulteurs de se lancer dans une véritable aventure dans la mesure où ils vont se retrouver avec une production de vin sans perspective de pouvoir l'écouler. Marché inexistant ? Comment et quand pourraient-ils rentrer dans leur frais ? Comment alors qu'il est de notoriété publique que la CASSVIT constitue un conglomérat d'intérêts particuliers autour de la rente ? Si l'écoulement du Cinsault semble chose aisée, l'inexistence d'un marché en frais va poser de sérieux problèmes. Comment se prendront en charge les producteurs de Cinsault alors que d'une part la filière viticole n'a jamais été organisée autour des intérêts de la profession ? Les questions peuvent ainsi être multipliées à l'infini d'autant que rien d'efficient n'a été entrepris par les pouvoirs publics pour mettre de l'ordre au sein de la corporation et de la préparer aux dures règles du marché. Quant à la chambre de l'agriculture, elle traîne tous les avatars de ses semblables à travers le pays. C'est dire si les prochaines vendanges annoncent les mauvaises graines d'une politique de réhabilitation de la vigne de cuve, une politique menée à la hussarde. A cet égard, le ministère de l'agriculture est-il en droit de se laver les mains de cette affaire en prétendant comme il l'a déjà fait que sa mission consiste à assurer l'abondance, ce qui sous entend que c'est à un autre ministère de prendre le relais de la transformation, en l'occurrence celui de la PME/PMI ? La viticulture par les chiffres Mal tenus, traficotées et recelant toutes les indications sur un détournement à grande échelle au détriment du FNDRA, les statistiques du secteur viticole ont fait l'objet d'une révision sur la base d'une enquête parcelle par parcelle. Jusqu'à présent, elles ont été tenues secrètes. Le DSA vient de lever le voile sur quelques grands chiffres. On apprend ainsi qu'il existe 22 100 ha de vignoble dont 18 300 étaient greffés en janvier 2006. La répartition par zone donne 5 583 ha en montagne, 5 536 ha en plaine et 5360 ha sur le littoral. 14 380 ha sont en raisin de cuve alors qu'environ 4000 sont en raisin de table, la région ne permettant pas de planter du raisin de table à profusion du fait de son climat semi-aride. La répartition par cépage donne le Cinsault sur 5890 ha (41%), l'Alicante 5 475 ha (38%) et le grenache 1157 ha (8%), ce qui traduit un énorme et préjudiciable déséquilibre dans la mesure où les cépages nobles se comptent à moins de 5%. Enfin, si en 2005 il y avait 12 236 ha en production, cette année ce sont 14 000 ha qui sont en rapport.