La révolution des schistes a opéré de profondes mutations sur les marchés pétrolier et gazier. Bien au-delà de la question des prix et de celle de l'offre et de la demande, l'explosion de l'industrie des hydrocarbures non conventionnels, ainsi que l'évolution de la courbe de l'offre et de la demande, incitent aujourd'hui les producteurs traditionnels de gaz, notamment l'Algérie, à revoir leurs stratégies de commercialisation et les orienter vers des marchés plus porteurs, particulièrement dans le bassin asiatique. Les propos tenus cette semaine par le directeur des études et marchés au sein de Sonatrach, Ahmed Mazighi, au cours du Sommet nord-africain du pétrole et du gaz, reflètent d'ailleurs cette situation. Le marché européen ne semble plus aussi attrayant pour l'industrie gazière. Et Sonatrach entend bien saisir toutes les opportunités qu'offre le marché asiatique afin de combler la baisse des exportations vers l'Europe. Selon les propos de Ahmed Mazighi repris par l'agence Bloomberg, bien que le marché européen constitue 90% des exportations de gaz de Sonatrach, les efforts entrepris par les consommateurs européens en matière d'économie et d'efficacité énergétique et en termes d'énergie renouvelable ont contribué à la baisse de la demande et de la consommation de carburants sur ce marché. Il a également estimé que Sonatrach ne pourrait pas pleinement tirer profit de l'annulation par la Russie du projet de gazoduc Southstream et ce, pour diverses raisons, notamment l'enclavement de certains des pays auxquels était destiné l'approvisionnement. Des éléments qui font dire à M. Mazighi que Sonatrach s'intéresse au marché asiatique, lequel «offre les meilleures opportunités en termes de taille et de diversité du marché». Le marché européen ne fait plus recette ; la demande connaît une baisse annuelle de 0,8 %. Pis encore, depuis quelques mois, les parts de Sonatrach sur le marché européen fondent comme neige au soleil au profit du grand ours russe. A titre de comparaison, si Gazprom a réussi à augmenter ses exportations vers le vieux continent de 16% en 2013, les livraisons de Sonatrach vers son principal client, l'Italie, ont chuté de 17% en début d'année. Une réorientation vers le marché asiatique est, aujourd'hui plus que jamais, judicieuse. Pour cela, Sonatrach compte investir en masse dans le gaz, le GNL en particulier. Cependant, Sonatrach n'est pas la seule à être sur les starting blocks. En plus du Qatar qui a de tout temps misé sur le GNL, de la Russie qui s'intéresse au clients indien, japonais et chinois, de nouveaux entrants risquent de déverser leur gaz sur le bassin pacifique, à l'image de l'Australie, ou encore les tout nouveaux producteurs, en Tanzanie. La bataille pour les parts de marché nécessitera une certaine agressivité. Une attractivité remise en cause La compagnie nationale des hydrocarbures devra se doter des moyens de sa nouvelle politique. A ce sujet, le PDG par intérim de Sonatrach, Saïd Sahnoune, avait indiqué au début de la semaine qu'en plus des trois gazoducs transcontinentaux (GPDF, Medgaz et Enrico Mattei) et des unités de liquéfaction existantes, le groupe pétrolier a renforcé ses capacités d'exportation de gaz «en réalisant deux mégatrains totalisant une capacité de plus de 20 millions de mètres cubes par an pour un investissement de l'ordre de 8 milliards de dollars». Il faut dire que malgré des capacités totales d'exportation de 89 milliards de mètres cubes/an, Sonatrach n'arrive toujours pas à profiter du plein usage de ses infrastructures. Le fait est que mis à part le pic des exportation atteint en 2005 à 65 milliards mètres cubes, les ventes de Sonatrach n'ont fait que décliner pour descendre à 47 milliards de mètres cubes. L'accélération de la consommation sur le marché domestique, qui grèverait la part revenant aux exportations, est souvent mise en avant. Elle ne peut toutefois éclipser le déclin de la production. Les responsables de Sonatrach justifient ce déclin par le retard pris par certains projets, notamment dans le sillage de l'attaque ayant ciblé le site gazier de Tiguentourine. Pour remédier à la situation, Sonatrach compte sur la mise en service, au cours des cinq prochaines années, de plusieurs projets de développement de gisements en coentreprise avec Total, GDF Suez, Repsol, RWE et Edison. Aussi, Saïd Sahnoune a annoncé que le groupe pétrolier public consacrerait 28 milliards de dollars au développement de gisements gaziers et comptait intensifier son programme d'exploration, lequel sera pris en charge à 88% en efforts propres. Reste cependant à savoir si les efforts entrepris pourront induire des partenariats susceptibles d'assurer un transfert de technologie et de savoir-faire, d'autant que l'Algérie compte plus que jamais sur son potentiel énorme en gaz de schiste pour se replacer sur le marché. Une question qui se pose avec acuité, lorsqu'on sait qu'au cours du Sommet nord-africain du pétrole et du gaz, les représentants de certaines grandes firmes n'ont pas hésité à mettre en cause l'attractivité du domaine minier algérien. L'expert et associé King&Spalding a, à ce titre, estimé que le quatrième appel d'offres lancé par Alnaft n'était «pas suffisamment attractif». Il a ainsi expliqué que diverses raisons justifient cette faible attractivité, telles les conditions fiscales et géologiques jugées «difficiles», ainsi que le retard dans le dédouanement des équipements. Autant de facteurs qui contribuent à l'augmentation des coûts de production, dans un contexte marqué par la baisse des prix du pétrole.