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le courage et le sens de l'honneur
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Publié dans El Watan le 27 - 05 - 2015


Chère madame Tillion
Vous êtes sur le point d'entrer au Panthéon, ultime demeure que les mythologies avaient bâtie pour célébrer les créatures qui avaient osé tutoyer les dieux et les défier sans craindre leur courroux. Les Egyptiens avaient bâti des pyramides pour accompagner leurs dieux vers l'éternité. Les Français ont édifié le Panthéon pour exprimer leur reconnaissance aux meilleurs d'entre eux.
A ceux qui ont consacré leur vie à la défense de la patrie, à résister à l'occupant allemand, à rendre à la France sa dignité, et qui se sont illustrés aussi dans la défense des valeurs humanistes et de progrès. Je devine votre bonheur, madame, de rejoindre cette prestigieuse compagnie après avoir fait un magnifique pied de nez à ceux de vos geôliers qui avaient tout tenté pour abréger votre vie, car vous avez eu l'insolence de passer le siècle. Cent ans de vie spartiate à partager le quotidien d'hommes et de femmes simples, tout à votre bonheur de recevoir, dites-vous, de ces Touareg et de ces tribus chaouia en Algérie des leçons de courage, de sobriété et d'amitié.
Et c'est à peine si vous consentez quand on vous le demande avec insistance à évoquer vos séjours dans les camps de concentration qui n'auront en rien entamé votre optimisme et votre foi en l'homme. Vous pousserez même les limites du courage jusqu'à recourir à l'humour pour mieux conjurer l'abomination.
Toutes ces qualités seront évoquées avec la solennité qui sied en de pareils moments. Vous croulerez sous les éloges, vous qui avez toujours choisi la simplicité pour mieux profiter de l'authenticité des peuples anonymes que nous avons appris à connaître grâce à vous. Mon éloge n'aura aucun sens particulier puisque je n'ai pas eu le bonheur de vous connaître, sauf peut-être à travers Le Harem et les cousins, votre livre dont la découverte aura toujours pour moi valeur de dette à votre égard.
En effet, c'est grâce à vous madame que j'ai appris que les Chaouia des Aurès étaient des hommes libres qui réservaient le meilleur accueil aux visiteurs étrangers tant qu'ils n'avaient pas de velléité civilisatrice.
C'étaient, au contraire, les habitants d'«un pays où vous étiez reçue partout comme quelqu'un de la famille», dites-vous. Ma mère, chaouia de Marir de la région de Khenchela, avait retrouvé, grâce à vous, cette majesté des gens de la montagne, la fois où j'ai eu l'occasion de lui dire qu'une grande dame de France affirmait que ses ancêtres des Aurès avaient une histoire, une culture, des traditions, un passé très ancien et surtout une allergie légendaire à toute forme d'occupation, comme tous les gens de la montagne.
Ceci est la première raison, très personnelle, pour laquelle je vous prie d'accepter cet hommage. La deuxième raison c'est pour vous remercier d'avoir dépoussiéré l'ethnographie pour rejeter les préjugés et replacer l'homme au cœur d'un débat universel dans un monde en perte de repères. Rappelez-vous madame que vous avez eu l'audace — au moment où la France ne tenait pas en haute estime ses indigènes d'outre-mer au point d'en étaler les spécimens humains à l'exposition coloniale — de rappeler au nom de votre vision de l'ethnographie que les peuples restent toujours des sociétés d'hommes et de femmes, jaloux de leur dignité. Vous n'avez cessé dans ce qu'il nous est parvenu de vos travaux d'ethnologue de dire le respect et l'admiration pour les sociétés humaines dont vous partagiez le quotidien sans précautions particulières, mais dans la chaleur de leur inconfort hors de cette insupportable suffisance qui tient l'indigène à distance.
Rien à voir avec la curiosité malsaine des découvreurs de réserves africaines, ni le baiser aux lépreux de nombre de gens en soutane et cornettes qui accrochaient à leur tableau de chasse des prénoms d'églises affublés aux jeunes enfants kabyles orphelins de père mort dans les tranchées en Europe, ou victimes de la faim et de la misère des montagnes de Kabylie.
Le temps vous a certainement manqué pour compléter vos recherches sur tous les Berbères d'Algérie. Vous auriez certainement dénoncé avec le courage que l'on vous reconnaît l'ignorance crasse ou les arrière-pensées des quelques intellectuels qui ne rougissent toujours pas d'avoir fait l'impasse sur la berbérité de l'Algérie, peut-être par ignorance, mais à coup sûr par béotisme.
La troisième raison enfin, et à mon sens la plus importante, c'est celle d'avoir donné ses lettres de noblesse à la résistance à la barbarie, bien au-delà de l'hexagone et du régime nazi. Grâce à vous, les combats contre l'occupation étrangère et pour la liberté des peuples deviennent un combat universel et l'affirmation sans faille du respect de la dignité humaine.
Cette audace vous a fait prendre des risques que peu de vos contemporains peuvent imaginer. Vous avez, au nom de votre respect pour tous les patriotismes, je dis bien pour tous les patriotismes, osé dialoguer avec le terroriste algérien le plus recherché à l'époque. Votre rencontre avec Yacef Saâdi restera l'un de vos grands faits d'armes communs.
Elle aura servi à sauver des vies humaines et à dévoiler au grand jour la pratique de la torture. Vous aviez obtenu de lui, nous disent les historiens, la cessation des attentats contre les civils, à la condition de faire taire la guillotine à la prison de Barberousse, à Alger. C'était oublier que les militaires, sauf rares exceptions, ne croient qu'à la victoire par les armes. Faut-il rappeler les promesses faites à l'Emir Abdelkader et aux insurgés de Sétif ?
Vous n'êtes pas découragée pour autant, puisque vous avez joué au plus fort de la guerre d'Algérie le rôle d'intermédiaire entre le régime gaulliste et les combattants FLN, sauvant des vies quand vous l'avez pu et dénonçant les «singes sanglants de l'OAS» (Tzvetan Todorof in «Le siècle de Germaine Tillon».) En parlant des «Valeurs de la Résistance», Tzvetan Todorof ajoute aussi que «Par (votre ) intermédiaire, les populations des anciennes colonies et le débat anticolonial font aussi leur entrée au Panthéon».
Comment vous exprimer mon infinie reconnaissance au nom de tous ceux qui sont morts pour la liberté et la dignité ? Cette victoire-là rend enfin justice à tous les damnés de la terre, à tous ceux qui sont morts par millions au nom de la liberté et à tous ceux enfin qui continuent de résister, souvent dans l'indifférence générale à de nouvelles formes d'occupation. Merci madame de nous avoir permis de garder les yeux ouverts.
L'humanité retiendra de Nelson Mandela le combat contre l'apartheid. Elle vous rendra justice d'avoir fait entrer au Panthéon la lutte contre la colonisation. Et c'est peu dire que notre reconnaissance vous est acquise jusqu'à la fin des temps.
Puisse votre vie servir d'exemple. Votre entrée au Panthéon mettra du baume au cœur des femmes et des hommes qui croient encore par désespoir que l'argent et la politique ont fini par avoir raison de l'intelligence humaine et qui commencent à désespérer des valeurs qui font la dignité de l'homme. Votre témoignage est une piqûre de rappel et un signe d'espérance. Elle nous rappelle que la bête immonde bouge toujours et que les combats perdus sont ceux qu'on n'a jamais menés. Croyez, madame, à notre infinie reconnaissance.
Saâd Khiari, cinéaste-auteur


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