«Bla Cinéma» (Sans cinéma) le nouveau documentaire de production française de l'Algérien Lamine Ammar Khodja, projeté mercerdi soir au théâtre régional Abdelmalek Bouguermouh de Béjaïa à la faveur des 13es Rencontres cinématographiques, tente de s'interroger sur la situation du 7e art en Algérie. C'est du moins le propos apparent. Lamine Ammar Khodja, qui a choisi de prendre le son pour «bien» écouter, et Sylvie Petit, à la caméra, se sont installés dans une petite place au quartier ex-Meissonnier, à Alger, qui ressemble à un agora, face à la salle Saera Maestra (ex-Hollywood) pour interroger les passants à la manière des micro-trottoirs de télévision. Le paysage audiovisuel algérien est déjà saturé par ce genre de reportages de rue diffusés à longueur d'années par Ennahar TV ou Echorouk TV. Des jeunes, des vieux, des femmes parlent au début, juste au début, du cinéma. Et puis, les paroles vont dans tous les sens. Au fil des rencontres et des discussions, les personnes interrogées se plaignent des conditions de vie, évoquent le chômage, la crise du logement, le sexe, les djinns, la langue arabe, la cherté des produits alimentaires, la politique... Vite, le film vire en une grande séance de confessions et de plaintes. L'Algérie pays invivable ? On peut le penser puisque rien ne plaît aux interlocuteurs de Lamine Amar Khodja et Sylvie Petit. Rien même pas le soleil d'Algérie, ses mimosas et son jasmin ! Il y a comme une impression de folie collective qui se dégage. Le cinéma se passe visiblement dehors. «Pour prendre la parole, il faut la donner. L'idée était de partir de zéro, tout remettre en cause. Qu'est-ce que c'est que le cinéma dans un pays où les gens ont perdu l'habitude d'aller voir les films ensemble. Aller au cinéma est un acte culturel. Le film ne cherche pas à juger. Je ne suis pas d'accord parfois avec ce qui se dit. La parole doit exister dans sa contradiction. Je ne cherche pas à savoir qui est bon et qui est méchant», a déclaré Lamine Ammar Khodja lors du débat après la projection. Certains de ses interlocuteurs ressemblent à des acteurs qui ne sont pas dans la spontanéité, manquent de nature, parlent comme s'ils avaient appris un texte. «Lorsqu'on filme les gens, il y a toujours une part de mise en scène. Quelle est la part de la vérité ou de la sincérité dans ce que disent les gens ?» s'est-il interrogé. La caméra se fige sur le gardien du cinéma alors qu'il ne dit rien d'intéressant. Au même moment, la voix du muezzin monte. Cela fait un joli fond sonore, n'est-ce pas ? «Campé face à une salle de cinéma fraîchement rénovée mais totalement désertée, un cinéaste aborde les gens dans la rue pour parler avec eux de cinéma», est-il écrit dans la présentation du film. Or, Lamine Ammar Khodja n'est pas entré en salle pour montrer que le public ne vient pas. Il s'est filmé assis seul au milieu de chaises vides pour donner uniquement crédit à son propos sans rien prouver. De la mise en scène ! Il filme parfois la sortie de couples de la salle, puis entre pour montrer un spectacle d'enfants où l'on évoque «les valeurs nationales». Une démarche simpliste qui tend à faire croire que les salles de cinéma en Algérie servent à la propagande officielle à la place de la projection de films. De l'autre côté de la Méditerranée, on adore ce genre de raccourcis, de discours réducteurs. «Dans les autres salles d'Alger, très peu de gens vont au cinéma», a proclamé Lamine Ammar Khodja. L'Algérie est donc réduite à Alger. Comme d'habitude.