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Sansal, l'Orwell algérien
La chronique africaine de Benaouda Lebdaï
Publié dans El Watan le 10 - 10 - 2015

Critiqué par les uns, honni par d'autres, il peut être rejeté avec virulence pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Boualem Sansal ne laisse pas indifférent.
De telles postures négatives envers le romancier, telles que l'on a pu les lire ces derniers temps dans la presse et sur les réseaux sociaux, ne seront pas le sujet de cette chronique, pas directement en tout cas, car ce n'est pas le lieu pour les énumérer. Mais ce qui paraît insoutenable, ce sont certains commentaires sur son dernier roman intitulé 2084 ou plus précisément sur le romancier lui-même, car ce qui est jugé ce n'est pas son texte mais certaines de ses prises de position ou décisions. Ces reproches font qu'on le condamne, quel que soit le roman qu'il publie, qui ne sera pas lu par certains mais commenté.
Par exemple, il lui est reproché d'avoir écrit 2084 et non un roman sur les dangers de la globalisation, ce qui est tout de même surprenant comme critique. Pourtant, 2084 est un texte que tous les Algériens devraient lire. Sélectionné pour le Goncourt, ce roman est loin d'être une commande dans la mesure où l'histoire écrite s'appuie sur une expérience vécue par le romancier durant la décennie noire, période traumatisante pour toute une génération d'Algériens et d'Algériennes.
Le romancier s'est inspiré du célèbre roman de George Orwell 1984 qui décrit l'horreur d'une vie sous la dictature totalitaire de Big Brother. Sansal transpose l'idée pour mettre en scène une dictature religieuse. L'intertextualité est à l'œuvre dans ce roman qui fait référence au texte d'Orwell puisque le pays fictionnel, Abistan, est né en 1984. Si les intégristes religieux avaient pris le pouvoir, voilà ce que le pays aurait vécu, c'est l'histoire contée avec gravité et humour aussi. Boualem Sansal, par le truchement du personnage principal, Ati, décrit les affres d'une vie sous la dictature religieuse et de son chef Abi.
Ceux qui se disent que cela n'arrivera jamais devraient lire ce roman, même si le romancier tente ironiquement de rassurer le lecteur dans son avant-propos : «C'est une œuvre de pure invention, le monde de Bigaye que je décris dans ces pages n'existe pas et n'a aucune raison d'exister à l'avenir. Dormez tranquilles, bonnes gens». Pourtant, l'histoire est glaçante dans cet empire imaginaire qui devient planétaire. Ati fait partie de cet empire dictatorial où le peuple ne doit penser qu'à la religion du matin au soir, ce qui fait qu'il ne pense plus dans une contrée où il n'y a plus de possibilité de choix. Ati interné pour maladie chronique dans un sanatorium, le Sin, découvre sa non-religiosité et rêve de liberté.
Il part donc à la recherche d'un groupe de renégats qui vivrait hors de la pensée unique imposée d'une société intégriste basée sur la dénonciation, le mouchardage, l'espionnage des uns par les autres et par les V, genre de vigiles des mauvaises mœurs et pensées. Ati traverse des péripéties qui révèlent des situations ubuesques, des scènes qui relèvent du réalisme magique où le ridicule et l'absurde se mêlent au tragique dans un empire gouverné par des lois inhumaines.
L'administration prend des proportions traumatisantes, comme ces dossiers qui partent à «l'intérieur de la titanesque machine pour un long voyage, plusieurs mois, des années, à la suite de quoi ils étaient envoyés dans les sous-sols de la cité où ils subissaient un traitement spécifique, on ne sait lequel». S'en suivent des disparitions et des assassinats inexpliqués. La création de milices pour la stricte application de la loi divine et du gouvernant garant de la pérennité d'un tel empire est la réalité d'un peuple qui ne pense plus par lui-même.
Ati rencontre un de ces garants du temple qui s'appelle Toz et qui commence aussi à douter. Il entraîne Ati à l'arrière d'un bâtiment et lui fait visiter un musée secret où il collectionne des objets d'un temps révolu, comme une chaise longue, strictement interdite. Un musée qui montre ce qu'étaient «l'impiété et l'illusion» : des équipements de loisirs, un cinéma, une patinoire, un vol de montgolfière et de parapente, un stand de tir et un cirque...
C'est «le miel de cette époque» qui a disparu à jamais après le Grand Nettoyage. Ati réalise qu'un ancien monde a bel et bien existé. Ati veut retrouver cette frontière mythique pour échapper au système oppressant de l'Abistan, lequel repose sur trois principes : la guerre c'est la paix ; la liberté c'est l'esclavage ; l'ignorance c'est la force. Ce système est renforcé par trois autres principes : la mort c'est la vie ; le mensonge c'est la vérité ; la logique c'est l'absurde.
La légende de la frontière, symbole de liberté pour Ati, existe toujours chez certains réfractaires qui tiennent secrets leurs pensées frondeuses. Après la disparition d'Ati, un autre Ati irait à la recherche de la frontière rêvée, celle de tous les possibles et la trouvera. Boualem Sansal signe avec 2084 un roman d'une grande intensité, avec un niveau de langue inégalé, à la manière de l'écriture djebarienne. La lecture mérite que l'on aille jusqu'au bout pour pénétrer un monde où les noms de personnes sont étranges, où les noms de lieux sont des chiffres et des lettres, un monde qu'aucun Ati ne souhaite voir venir, mais qui pourrait le devenir. Le personnage d'Ati nous raconte l'horreur psychologique d'un tel empire maléfique.


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