Ce sont les directeurs de l'éducation qui freinent la généralisation de l'enseignement de la langue amazighe», a déclaré le secrétaire général du Haut-Commissariat à l'amazighité, hier à Boumerdès. S'exprimant en marge de la cérémonie d'ouverture de deux classes d'alphabétisation en tamazight avec l'association Iqraa, El Hachemi Assad est longuement revenu sur les entraves à la promotion de la langue amazighe en Algérie. Selon lui, le «prétexte d'absence de demande sociale» invoqué par certains directeurs ne tient pas la route et doit être combattu par la tutelle. «C'est un non-sens pour nous de ne pas trouver tamazight à Béchar, où il y a pourtant de la demande sociale pour son apprentissage. Certains directeurs de l'éducation doivent changer leur vision vis-à-vis de cette langue», a-t-il plaidé. Et d'appeler le ministère de l'Education nationale «à envoyer des commissions d'inspection sur le terrain pour appliquer ses orientations». De l'avis de nombreux observateurs, la généralisation de tamazight à l'école demeure otage de considérations politiques. Selon un autre responsable du HCA, le nombre de wilayas où est enseignée la langue berbère est passé de 16 en 1995 à 11 en 2013 avant d'augmenter à 21 aujourd'hui. En septembre dernier, elle a été introduite pour la première fois dans six nouvelles wilayas, à savoir Saïda, Tlemcen, Sidi Bel Abbès, Tipasa, Oran et Ghardaïa. Le nombre d'apprenants est estimé à plus de 247 500, dont plus de 50% sont concentrés dans les wilayas de Tizi Ouzou, Bouira et Béjaïa, indique-t-il. Outre les obstacles d'ordre bureaucratique, M. Assad demande l'annulation du caractère facultatif de l'apprentissage de la langue. Pour lui, c'est le «premier verrou» qui bloque l'émancipation de tamazight. «Si on avait imposé son enseignement à partir de la 1re année primaire, on n'en serait pas là aujourd'hui. A Oum El Bouaghi, tamazight est enseignée au CEM mais pas au lycée. Est-ce normal ?» Pour lui, la généralisation de tamazight exige la mobilisation et l'implication de tous. «Cette mission n'est pas l'apanage du HCA uniquement. Cette année, le ministère de l'Education a fourni beaucoup d'efforts pour que les choses avancent, mais il ne doit pas faire marche arrière. Nous souhaitons qu'il envoie des commissions sur le terrain afin que ses instructions soient appliquées», a-t-il insisté. Des facilitations doivent être introduites dans les mesures de recrutement des licenciés en tamazight. Mis à part l'enseignement, ces derniers font face à d'énormes difficultés pour se faire embaucher car ils n'ont le droit d'exercer aucune autre fonction dans le secteur public.