Il y a 5 ans, le 20 juin 2011, nous quittait le plasticien Mohamed Louaïl, un des derniers représentants de la «génération 1930», ces pionniers de la peinture algérienne moderne nés autour de cette année. Louaïl poursuivait un parcours à la marge des courants picturaux qui ont traversé l'Algérie. C'est précisément ce qui fait sa particularité d'artiste inclassable. Natif de Laâqiba (vieux quartier d'Alger à Belouizdad) en 1930, Louaïl est imprégné de culture dès son plus jeune âge avec ses activités parmi les Scouts musulmans et les groupes de musique arabo-andalouse qu'il fréquente assidûment. Il s'oriente rapidement vers les arts plastiques et intègre l'Ecole des beaux-arts d'Alger en 1947 où il se distingue notamment par ses aptitudes à la gravure. Il se lie d'amitié avec Yelles, Bouzid, Mesli ou encore Issiakhem avec qui il partira à Paris en 1951 en vue d'approfondir sa formation. Mais Louaïl revient rapidement avant un deuxième séjour plus prolongé, à partir de 1957, où il travaillera en tant que maquettiste dans une agence d'architecture et réalisera des décors de théâtre. Au lendemain de l'indépendance, il est l'un des membres fondateurs de l'Union nationale des arts plastiques (UNAP) avant de rejoindre Issiakhem et le «groupe des 35». Mais l'artiste n'a pas le goût des écoles avec leurs mots d'ordre et leur embrigadement. Il gardera une distance ironique vis-à-vis des grandes phrases et des manifestes : «Pfft ! Les signes, les traditions… Les traditions bougent. Ce qui est tradition aujourd'hui ne l'est pas demain. Les Américains, quelles traditions ont-ils ? (…). Ils ont fabriqué leurs traditions. Ils en fabriquent encore comme nos ancêtres en avaient fabriquées», disait-il dans sa dernière interview (El Watan Arts et lettres, 5/06/2010, A. Ferhani). Louaïl s'imposait, à lui-même et à son art, une sorte de «devoir de modestie» qui n'est autre que le revers d'une immense exigence. Deux traits caractéristiques qui expliquent en partie la rareté de sa production. Il y a aussi sa fonction de conservateur du Musée pour l'Enfant dont il fut le concepteur en 1964. Une fonction assumée jusqu'en 1995 avec la même exigence. Ce qui n'a pas manqué de freiner son activité créatrice. Mohamed Louaïl a produit une œuvre qui reste comme le témoignage indélébile d'un parcours solitaire et tranquillement iconoclaste. Il évoque des influences de Picasso, Chagall ou Matisse mais son œil averti et son intransigeance plaçaient toute influence à bonne distance. Une intransigeance qui confine à l'aridité tant l'artiste semble construire chaque toile, chaque gravure, sur une tabula rasa. Nul geste superflu, nul détail bavard. Seulement l'essentiel. De rares expositions ont été organisées à la fin de sa vie (1997 au Musée des Beaux-Arts, 2006 au musée Nasreddine Dinet de Bou Saâda et une dernière consacrée à la gravure dans le cadre d'Alger capitale de la culture arabe 2007) à l'occasion desquelles des textes de critique ont été produits. Textes que nous avons pu consulter grâce au travail d'archiviste acharné qu'effectue Djamel Lahlou, ami et admirateur de l'artiste. Les œuvres de Mohammed Louaïl gagneraient certainement à être exposées à nouveau.