L'introduction en Bourse de la Société des ciments de Aïn El Kebira, filiale du Groupe industriel des ciments d'Algérie (GICA), a bel et bien échoué. Le processus engagé, qui aurait coûté pas moins de 40 millions de dinars, tombe à l'eau. Ainsi, la Bourse d'Alger enregistre son premier échec dans l'introduction d'un nouveau titre. Le taux de souscription minimal requis pour qu'une introduction en Bourse soit validée par la commission d'organisation et de surveillance des opérations de Bourse (Cosob) est de 20%. Le taux de souscription à l'OPV Scaek (Sétif) n'a pas dépassé les 4%. Le régulateur de l'opération a été contraint d'annoncer l'infructuosité de l'introduction du titre de la société candidate à la cotation. «C'est un échec flagrant. On ne s'attendait pas à un tel résultat. Notre déception est grande. Nous sommes déçus pour le grand public qui a adhéré d'autant plus qu'il a souscrit pour un milliard de dinars. La défection des institutions, qui ont fait faux bond, est dans une certaine mesure à l'origine de l'échec que nous allons analyser», souligne sous le sceau de l'anonymat un cadre de la Scaek, un des fleurons de l'industrie du ciment du pays. Abordant le volet de la communication, notre contact ne mâche pas ses mots : «On ne peut pas réussir une campagne médiatique dans un champ verrouillé. Une opération d'une telle envergure avait besoin de supports d'envergure. Le politique prend une fois de plus le dessus sur l'économique en devant passer par une entreprise étatique pour l'ouverture du capital au public …» Il convient de souligner que la société des ciments de Aïn El Kebira avait annoncé l'ouverture de la souscription à l'augmentation de son capital de 35% par l'émission de nouvelles actions au prix fixe de 1600 DA l'unité. Cette souscription devait se faire à travers l'émission de 11,846 millions d'actions nouvelles pour un montant global de 18 953 600 000 DA. L'émission de ces actions est répartie à hauteur de 37% pour les investisseurs institutionnels tels les banques et compagnies d'assurance (4 383 020 actions), 37% pour les personnes physiques (40 383 020 actions), 25% pour les personnes morales (2 961 500 actions) et 1% pour le personnel de l'entreprise (118 460 actions). Notre interlocuteur explique l'échec de l'opération de souscription par le mauvais timing choisi par les promoteurs. «L'introduction en Bourse de la Scaek coïncidait avec le lancement de l'emprunt national, une opération n'ayant rien à voir avec l'entrée en Bourse d'une société représentant un segment des matériaux de construction, un secteur promoteur. D'autant plus que les résultats d'exploitation de Scaek sont en nette progression. Pour l'illustration, nous avons bouclé l'année 2015 avec un chiffre d'affaires de 8,5 milliards de dinars et un résultat net de 3,3 milliards de dinars. En termes de production, l'évolution est significative. La production nominale d'un million de tonnes/an a été dépassée l'année dernière, culminant à 1,3 million de tonnes. Avec de tels indices et les perspectives futures de la société, les souscripteurs avaient une excellente opportunité pour investir dans un créneau porteur. C'est dommage car le produit de l'émission aurait permis à beaucoup d'Algériens de réaliser de bons et fructueux placements.» Pour notre interlocuteur, l'échec de l'introduction en Bourse ne va pas affecter les investissements de la société. Elle devrait dès septembre prochain multiplier ses capacités de production par trois : «Liée avec le Fonds national d'investissement (FNI) par une convention de 23 milliards de dinars dont 13 milliards ont été consommés, la société ambitionnait, à travers l'introduction en Bourse, de geler la convention. Nous sommes contraints de revenir au FNI pour boucler le chantier de la deuxième ligne de production qui sera mise en service en septembre 2016. D'un coût global de 40 milliards de dinars, la nouvelle ligne devant générer pas moins de 350 emplois directs va porter la production annuelle de la société à plus de 3 millions de tonnes», précise non sans fierté le cadre de la Scaek, qui détient 12% des parts du marché du GICA…