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De plus en plus nombreux à traverser clandestinement la mer
Les Algériens, nouveaux boat people
Publié dans El Watan le 05 - 11 - 2006

Les populations de l'archipel des Canaries tolèrent de moins en moins la présence sur leur territoire des jeunes immigrants clandestins africains. La vague de sympathie qui s'est exprimée spontanément au départ cède désormais la place à un sentiment de rejet plus prononcé. Et pour cause, les Canariens n'hésitent plus à étaler publiquement ce qu'ils pensent de ces « envahisseurs » africains qu'ils côtoient tous les jours, dans la rue, dans les autobus et à la plage.
Que ce soit à Fuerteventura, à Las America ou à Los Cristinaos et Santa Cruz, tout Ténériffe semble en avoir marre de ces histoires d'arrestation de clandestins africains signalées quasi quotidiennement. Comme il fallait s'y attendre, ces sentiments de dégoût des Canariens ont fini par prendre, par endroits, l'allure d'une manifestation raciste. C'est ainsi qu'on a pu lire, hier, un graffiti bien en vue sur l'autoroute qui mène de Los Cristianos à Santa Cruz : « Negro ». Un graffiti qui répond maladroitement à un autre de clandestins africains proclamant « Viva Africa ». Malheureusement, le rejet de ces jeunes Africains en quête de travail et de bien-être, par la population, pas toute au demeurant, est relayé par les autorités. C'est ainsi que des brigades motorisées de la police espagnole sillonnent sans cesse les ruelles et venelles des villes et même les plages à la recherche des ces Africains. Des Africains qui, comme nous l'avons constaté, ne posent aucun problème à l'ordre public sinon qu'ils vendent des lunettes de soleil ou des montres, pour survivre... « Ici, nous sommes en Afrique. » C'est comme cela que Mamadou, un jeune Sénégalais, et tous ces immigrants clandestins venus de Guinée, de Gambie et de Mauritanie, répondent aux propos désobligeants des Canariens. Tout se passe comme s'ils prennent cela pour une épreuve qu'ils doivent subir pour accéder, un jour peut-être, à une pleine citoyenneté dans un archipel dont ils rêvaient et pour lequel ils ont risqué leur vie en voyageant, 12 jours durant, à bord d'un Cayouco (une pirogue ouverte aux quatre vents) en plein océan atlantique. C'est ce qui donne de l'espoir et du courage à ces bataillons d'Africains plus que jamais décidés à se battre pour s'assurer une place au soleil radieux de Ténériffe. Même réduits à végéter pour pouvoir se nourrir, les nouveaux débarqués africains aux Iles Canaries promettent de réussir quel qu'en sera le prix. « Le fait que je sois toujours en vie après la traversée me donne davantage de volonté de lutter ici pour avoir les papiers, le plus dur est passé... » Cette phrase de Boubakar résume parfaitement l'état d'esprit de ces immigrants africains venus ici non pas pour tenter le coup, mais pour le réussir. En attendant, le jeu de cache-cache avec la police locale rythme leur vie. Jusqu'à quand… ?

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