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Aux origines du métier de guide
Comment le tourisme y a développé l'activité
Publié dans El Watan le 22 - 12 - 2016

Jusqu'en 1969, les guides de Mertoutek n'accompagnèrent pratiquement que des scientifiques, en particulier des préhistoriens ou apprentis préhistoriens. Il convient aussi de citer la visite de la haute région de l'oued Mertoutek qu'effectua durant l'été 1969 l'équipe de Marcel Cassou, accompagnée du guide Abarhor Ag Keloulou.
Le développement du tourisme, dès le début des années 1970, allait modifier les choses. C'est à Moulay Abdallah, alors directeur du Syndicat d'initiative de Tamanrasset, que Mertoutek le doit. L'organisation de voyages Hommes et montagnes du Sahara venait d'être fondée (1969), ce qui nous conduisit, Odette et moi, à être invités à dîner par Moulay et le maire de Tamanrasset pour parler de tourisme. Ce fut au cours de cette rencontre que Moulay nous vanta la beauté des paysages de la Téfedest et de ses peintures rupestres.
Pour que je puisse m'en rendre compte par moi-même, il proposait de mettre à ma disposition un véhicule pour me conduire à Mertoutek, où je trouverai guide, ânier et ânes afin de réaliser un circuit permettant de voir les peintures rupestres du massif. J'en connaissais déjà l'existence par l'ouvrage de Frison-Roche, L'appel du Hoggar, que j'avais lu dans ma jeunesse.
Début mars 1971, accompagné de Léo Le Bon, l'un des trois fondateurs de l'agence de voyages Mountain Travel (USA), et de Abdelkader Ben Ahmed Chellali, mon interprète et conseiller, je me retrouvais donc à Mertoutek. Abarhor Ag Keloulou, le guide de Maître, fut le nôtre. Il n'allait pas ménager sa peine au cours de notre randonnée qu'il avait lui-même mise au point, puisque nous n'avions aucune idée du terrain.
Partis à pied de Mertoutek, nous visitâmes les sites de Ta n'Tfeltasin, El Medaforh, Wa n'Bouya, Tilelin, Timalain Tin Afela («les hommes casqués»), Timalin Ti Melulnin, Timedwin, avec retour à Mertoutek par la Téhé n'Babaya. Pour alléger nos bagages, j'avais prévu une nourriture succincte : de la galette avec un bouillon de tomates sèches pilées, trois fois par jour, et du thé vert, le fameux 71. A Mertoutek, dans ces années-là, on était loin de boire du thé trois fois par jour !
Un ânier, Rli, conduisait nos quatre ânes, aidé de notre guide dans les passages scabreux. Dès l'automne de la même année, nos premiers groupes de touristes débarquèrent à Mertoutek, dont un groupe par an d'Américains que nous confiait Mountain Travel. Abarhor encadrait ces groupes, ce qui nous permit d'approfondir la visite des sites que nous connaissions et d'en voir de nouveaux. Le gros problème était de prévenir notre guide de notre arrivée, car le village de Mertoutek était très isolé. Une fois, en allant à Mertoutek en voiture, nous rencontrâmes Abarhor près d'In Eker où il se rendait avec ses chameaux. Impossible donc pour lui de revenir à Mertoutek pour nous guider.
Au village, on nous présenta un autre guide, mais dès le lendemain, nous nous aperçûmes qu'il ne connaissait aucun des abris à peintures ! Heureusement, Abdallah Atanouf, brillant guide du Hoggar, qui m'avait accompagné en Téfedest une année plus tôt, était avec nous. Il fit le guide pour les abris qu'il connaissait et, pour ceux qu'il n'avait pas vus, la place me revint. Cette situation me permit de comprendre que peu de gens de Mertoutek connaissaient les montagnes et surtout les abris peints. En fait, nous en étions presque comme en 1935 !
Plus tard, à Noël 1986, ce fut avec un autre guide que je fis la tournée classique des peintures. Il s'appelait Khouya Ag Wadyussein et était capable de retrouver tous les abris que je désirais montrer à notre groupe. De retour à Mertoutek, nous fîmes les comptes. Cependant pressé, car nous devions reprendre la piste de retour avec les voitures, je me trompai et remis 1000 DA de trop à Khouya. Je m'en aperçus à Tamanrasset, car cette somme était importante en 1986.
Que faire sinon mettre cet argent en profits et pertes ! Quelques mois plus tard, je retrouvai Khouya dans l'oued Uhet, loin de Mertoutek. Après les salutations d'usage, enlevant une grosse épingle de nourrice qui fermait la poche intérieure de sa gandourah, il en sortit une poignée de billets et me les tendit en ajoutant : «En faisant les comptes, tu t'es trompé, voilà ton argent.» Devant tant d'honnêteté, je ne pus que répondre : «Je m'étais aperçu que je m'étais trompé. Conserve cet argent et partage-le avec les âniers qui nous ont accompagnés.»
Ce qu'il fit, puisque des années après, les gens de Mertoutek peuvent encore raconter cette histoire. Khouya est décédé, mais en novembre 2011, son fils aîné, Mohammed, nous accompagna comme ânier, et en 2012, Ramdane, le frère cadet de ce dernier, se joignit à nous comme deuxième ânier. Tous deux connaissaient cette histoire. Lorsqu'Abarhor prit sa «retraite», ce fut son neveu Ali Ag Boudjemaa qui devint le meilleur guide et le plus actif de Mertoutek. Il allait le demeurer de nombreuses années.
Il ne se contenta pas d'accompagner des groupes vers les sites de peintures rupestres classiques, mais avec l'organisation de voyage de Christian Recking, avec laquelle il travailla huit ans, - ce qui lui permit d'apprendre le français - il conduisit plusieurs fois des groupes au sommet de l'In Ekulmu (2.336m), une ascension exposée sur de grandes dalles nécessitant l'emploi de la corde pour quelques passages. Puis, toujours avec Recking, il organisa en Téfedest blanche des traversées de l'oued In Torhawin à l'oued Timaqatin Tin Anu, enfin en Téfedest noire, des traversées avec bivouac, de l'oued Amrhah à l'oued Agjlil. Des premières en randonnées touristiques !
En 1987, date de la création du Parc national de l'Ahaggar, Ali indiqua les abris peints les plus classiques à la direction du Parc (O.P.N.A.) et participa à la construction de petits murets en pierre sèche afin d'éviter que les touristes ne s'approchent trop près des peintures. Quand je pris contact avec Ali, je croyais que c'était notre première rencontre, mais il me rappela que nous nous étions vus autrefois à Wa-n-Bouya, un soir de 1972 ! J'encadrais alors un groupe américain. Notre guide était Abarhor et nous avions marché toute la journée dans la montagne.
J'étais en train de préparer le dîner, car à l'époque, nous n'avions pas de cuisinier, quand était arrivé un jeune homme qui m'avait tendu un billet, en me précisant qu'une voiture l'avait apporté de Tamanrasset de la part des gendarmes. Lisant le message, j'avais vu qu'il concernait une de nos participantes à laquelle on intimait l'ordre de rentrer immédiatement à Tamanrasset, car elle avait une maladie contagieuse grave, et quelle aurait ensuite à se rendre à l'hôpital de Ouargla ou d'Alger. Cette personne revenait d'un voyage au Kenya organisé par Mountain Travel.
Aussi, par précaution, l'agence américaine rappelait chaque semaine aux participants du voyage de ne pas oublier de prendre leur médicament antipaludique. Ne trouvant pas la personne chez elle en Alaska, puisqu'elle était en Algérie, Mountain Travel avait pris contact avec l'O.M.S. à Genève, puis de fil en aiguille, avaient été prévenues l'ambassade suisse en Algérie, qui y représentait les Etats-Unis, la direction de la gendarmerie du Sahara à Ouargla, la gendarmerie de Tamanrasset et Moulay Abdallah, qui avait envoyé une voiture à Mertoutek pour ramener la malheureuse. Ce fut Ali Ag Boudjemaa, monté en courant à Wa-n-Bouya, où nous bivouaquions, qui apporta le message, un télex écrit dans un français approximatif difficile à interpréter, et qui d'ailleurs le fut très mal !
La personne à qui s'adressait le message comprit tout de suite la situation et nous en expliqua la cause ! Il lui suffisait d'avaler son médicament antipaludique ! Hélas, pas question de contrevenir à un ordre de la gendarmerie. La nuit allait tomber, en un rien de temps son sac de voyage passa sur le dos d'Ali et elle nous quitta en pleurant. Vers 2 heures du matin, ils arrivèrent à Mertoutek, avant de rejoindre Tamanrasset avec la voiture qui avait attendu la voyageuse.
Ali me rappela cette aventure, n'en revenant pas de la résistance de cette Américaine, laquelle, après avoir marché toute la journée avec le groupe, sans s'arrêter et de nuit, avait pu descendre dans la vallée par des pistes difficiles et continuer jusqu'à Mertoutek sans manger depuis la halte de midi ! A partir de 1986, nous organisâmes moins de randonnées ânières au départ de Mertoutek, les remplaçant par des méharées qui faisaient le tour de la Téfedest ou, plus souvent, qui longeaient à l'ouest la Téfedest blanche et se terminaient au pied de la Garet-El-Djenoun. Nos guides et chameliers du Hoggar central les conduisaient.
Dire que Mertoutek était délaissé par le tourisme n'est pas le mot, mais il faut reconnaître que les groupes de randonneurs, accompagnés d'une caravane d'ânes devenaient exceptionnels car les agences étrangères, et de Tamanrasset, ne proposaient pas ce type de voyage relativement difficile à organiser à cause de l'absence de communications aisées avec Mertoutek. Dans ce village, ne se rendaient plus que les touristes-voitures qui se contentaient de passer un, deux, rarement trois jours dans l'oued Mertoutek, en prenant un guide dans le village, mais sans âniers et sans ânes. Seuls de rares sites de peintures étaient montrés, le plus connu étant Ta-n-Kebran, qui requiert de s'éloigner à pied des voitures d'une cinquantaine de mètres !
Il semble même que les superbes sites de Ta-n-Tfeltasin, pourtant proches de l'oued Mertoutek, montrés pour la première fois par Abarhor à Maître, n'aient plus actuellement la faveur des visites. Plus tard, avec ma femme et deux amies, j'ai pu organiser avec Ali Ag Boudjemaa, autrefois grand chasseur de mouflons et spécialiste du massif d'I-n-Tarain , plusieurs randonnées qui nous permirent de traverser pratiquement toute la chaîne de l'oued Dehin à l'Udan, la région Nord terminée par la Garet El Djenoun, ceci en nous tenant proches des sommets.
Au cours de ces voyages, et de bien d'autres, I-n-Ekulmu, Eskar-n-Eihed, Eskar-n-Aza, Tarik, et autres sommets sans noms, furent gravis. Toutefois, Ali, capable d'escalades difficiles sur des blocs et ayant à son actif plusieurs ascensions d'I-n-Ekulmu, refusa obstinément de nous accompagner au sommet de la Garet-El-Djenoun. Il se contenta de rester au pied de la montagne, sa crainte des Kel Esuf , censés peupler ce sommet, étant trop forte, le faisant renoncer à être le premier Kel Téfedest à gravir cette montagne.
Mais la traversée de l'Udan, d'ouest en est, avec bivouac, de l'oued Tameslagent où pousse en quantité l'asana, à l'oued Ahates-Wa-n-Agelmam, fut une belle «première» pour Ali. Une aventure qui nous permit de découvrir des peintures de grand intérêt, hélas difficiles à atteindre sans porter de gros sacs! En 2005, Ali conduisit aussi une mission organisée par la préhistorienne Malika Hachid, à laquelle nous participâmes. Nous visitâmes plusieurs abris, dont celui de Wa-n-Bouya. La même année, pour fêter le 70e anniversaire de l'ascension de la Garet el Djenoun par Coche et Frison-Roche, nous conduisîmes quelques-uns de leurs descendants sur ce sommet mythique.
Si Ali ne se joignit pas à cette ascension, il accompagna ensuite plusieurs des participants dans une visite de quelques-uns des sites rupestres les plus réputés de la région de Mertoutek. Ali Ag Boudjemaa est, depuis 1987, le guide principal des missions de préhistoire en Téfedest dirigées par les professeurs Slimane Hachi (directeur du C.N.R.P.A.H. ) et Michel Barbaza (C.N.R.S. Université de Toulouse). Il a conduit aussi beaucoup d'autres voyageurs dans ses montagnes.


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