Depuis tout juste quelques jours, la situation au plan international semble telle que l'on parlerait presque d'un monde en voie de recomposition, et même de refonte du système actuel des relations internationales. Cela semble trop complexe et même dangereux, que certains disent appréhender un conflit mondial. A ce point ? Ce n'est pas là l'hypothèse la plus forte, parce que le monde en porte encore les traces et que, quelque part, elle est fermement rejetée. Autant dire que les analystes sont partis loin, mais ce n'est jamais trop, ne manque-t-on pas de souligner au regard des contradictions actuelles, mais aussi des enjeux, la plupart non déclarés, ce qui est tout à fait normal. De telles situations avaient été envisagées il y a de cela au moins dix années, quand des analystes, peu connus il est vrai, avaient déjà parlé de la perte d'influence de puissances jusque-là incontestées, certains y ajoutant le monde dit occidental. Tout cela a surgi avec l'intervention armée des Etats-Unis vendredi dernier contre une base de l'armée de l'air syrienne, à la suite d'une attaque chimique attribuée à l'armée syrienne laquelle rejette fermement une telle accusation. Ce qui a suivi ne manque pas non plus de gravité, voire même plus puisque cela annonce un nouveau changement dans la position des Etats-Unis sur le conflit syrien énoncée quelques jours auparavant. Les Etats-Unis avaient effectivement reconnu ne plus faire du départ du président syrien une «priorité» et chercher une nouvelle stratégie dans le règlement du conflit en Syrie. L'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, a affirmé, jeudi 30 mars, vouloir travailler avec des pays comme la Turquie et la Russie pour trouver une solution politique de long terme en Syrie, plutôt que de se focaliser sur le sort du président syrien. «Il faut choisir ses batailles», a dit Nikki Haley. «Quand vous regardez la situation, il faut changer nos priorités, et notre priorité n'est plus de rester assis là, à nous concentrer pour faire partir Al Assad», a-t-elle ajouté. Plus tôt dans la journée, le secrétaire d'Etat Rex Tillerson avait déjà signalé cette inflexion de la diplomatie américaine. «Le sort du président Al Assad, à long terme, sera décidé par le peuple syrien», a-t-il déclaré, comme le dit depuis longtemps la Russie, l'alliée du régime syrien. Mais le dimanche 9 avril, Nikki Haley affirmait qu'il ne pouvait y avoir de solution politique avec Bachar Al Assad au pouvoir. Bien entendu, de telles déclarations ont suscité de très nombreuses réactions, souvent sur les raisons qui ont amené ce changement, mais très rarement sur les conséquences. «Au-delà de cette frappe punitive, on ne sait pas clairement quelle sera la nouvelle politique de Trump à l'égard de la Syrie», écrit Foreign Policy. Pour une partie de la presse américaine, le président Donald Trump n'a présenté aucune stratégie globale pour parvenir à un cessez-le-feu entre le président Bachar Al Assad et l'opposition qui pourrait déblayer le terrain pour des négociations en vue d'une solution diplomatique. Et pourtant, ne manque-t-on pas de relever, l'opposition syrienne dans toutes ses composantes, avait salué cette opération, la considérant comme une action contre le régime syrien. Ce qui est tout de même important dans un contexte marqué par la poursuite des négociations entre parties syriennes impliquées dans cette guerre qui est entrée dans sa septième année. Pour un analyste russe, il n'y a pas de doute possible, selon lui, il y a un impact direct sur le processus en cours aussi laborieux soit-il. «A quoi sert-il d'aller à Astana ou à Genève» se demanderaient, selon lui, ces parties. Quelle solution alors, si jamais le processus en cours venait à échouer ? La réponse semble connue, ce serait la poursuite de la guerre, et c'est pourquoi un règlement politique était fortement encouragé.