Quelques jours seulement nous séparent du grand rendez-vous culturel « Alger, capitale de la culture arabe » dont le coup d'envoi est prévu le 12 de ce mois. Une échéance qui contraint la compagnie Praxis théâtre de Miliana à accélérer la cadence des répétitions, lesquelles se déroulent au nouveau théâtre municipal de la ville. En effet, Fella, Djamila, Saïd… et le reste de la troupe s'aventurent pendant des heures à perfectionner le travail commencé il y a plusieurs mois, tant sur le plan de la diction que celui de l'expression orale. Pour rappel, huit comédiens dirigés par Sid Ahmed Karahaçane, auteur et metteur en scène assisté de sa femme Souhila, critique d'art et de Noureddine Zidouni, scénographe, aspirent à donner au spectateur le maximum en mettant sur scène un épisode extrait d'un poème sumérien du cycle d'Inana et Dumuzi, personnages mythiques datant des premiers balbutiements de la civilisation, ayant eu pour théâtre la mésopotamie. Selon les recherches effectuées par S. A. Karahaçane, il s'agit d'une œuvre littéraire traitant le thème universel de la descente aux enfers de la déesse de la prospérité, de la procréation, de l'amour mais aussi de la guerre, une déesse incarnée par Inana ainsi dénommée par les sumériens ou Ishtar pour les peuples de Babylone. Pourquoi le dramaturge de Miliana a-t-il plongé dans les abysses de légendes arabes ? Tout simplement, répond notre interlocuteur pour être en symbiose avec l'événement et prouver qu'on peut puiser dans le patrimoine arabe et faire valoir ses dimensions universelles, ajoutant fièrement que c'est la première fois qu'une partie de cette œuvre est transposée dans une pièce de théâtre. Par ailleurs, l'artiste, par ce choix, plaide pour la mise en valeur de la féminité et de la sensualité de la femme, des sujets, selon lui, relevant de l'univers des non-dits et tabous mais qu'il considère essentiels dans la vie de l'homme et, en ce qui le concerne, dans sa vie d'artiste. Bien entendu, d'autres enseignements peuvent être tirés de ce thème lyrique, tels que l'éternelle dualité entre le bien et le mal, le monde idéal de l'au-delà et celui absurde d'ici-bas, particulièrement au moment de la descente aux enfers de la déesse à la beauté sublime. A ce propos, le metteur en scène interviendra de nouveau pour irriter les anthropologues, les sociologues et tous les chercheurs à apporter les éclairages nécessaires sur cette période de la mythologie arabe encore mystérieuse, voire méconnue. Rappelons, par ailleurs, que la compagnie praxis théâtre de Miliana créée en 1996 par S. A. Karahaçane a à son actif plusieurs créations et reprises d'auteurs classiques et contemporains privilégiant la recherche dans toutes les disciplines relevant des arts dramatiques. Signalons enfin que la générale de la pièce Descente d'Inana aux enfers sera donnée les 30, 31 janvier et 1er février prochain au Théâtre national. La troupe entamera ensuite une tournée à travers les communes les plus reculées de la wilaya de Aïn Defla.