Dépassé un certain âge, le changement est toujours dur à appréhender. Sous tous les cieux et depuis que l'école existe, l'enseignant est connu pour appartenir à cette catégorie de gens fidèles aux us et coutumes de leur profession. Il n'aime pas trop transformer sa manière de faire et encore moins se défaire de son train de vie professionnel. Bref, il se dit qu'il est conservateur dans le métier et progressiste en politique. Jusqu'à la fin des années 1950, l'enseignant pouvait se permettre cet attachement et ce conservatisme. L'évolution très lente des connaissances et de la technologie ne le dérangeait pas dans sa routine. Vers le dernier tiers du siècle écoulé, la machine s'emballe sur tous le plans : pédagogique, social et surtout scientifique. Cette révolution planétaire intime à tous ceux qui travaillent l'ordre de s'adapter ou de disparaître. La profession enseignante n'est pas restée en marge de cette révolution : elle tente de s'y mouler sans perdre de son âme. Ce défi est aussi lancé aux politiques qui gèrent les systèmes scolaires. Il n'y a pas que les méthodes d'enseignement ou les pratiques pédagogiques à connaître de profonds changements. L'organisation des systèmes scolaires subissent des réajustements, des restructurations : on utilise le terme de réforme pour définir ce mouvement en lame de fond. Du primaire au secondaire, les finalités assignées à l'école ont évolué au fil du temps. Dans l'enseignement technique par exemple, certaines spécialités ont perdu leur double statut. Jusqu'à ces dernières années, le secondaire technique préparait et aux études universitaires et au monde du travail. Un peu partout dans le monde, le cycle secondaire, enseignement général et technologique, a dorénavant pour seule et unique vocation de préparer l'élève de 4e AM (admis au cycle secondaire) aux études universitaires. Le choix des filières doit pour cela répondre au cahier des charges exigé par l'université : c'est, là, le message principal à retenir de la nouvelle restructuration. La spécialisation précoce après le collège est confiée à un nouveau segment du système éducatif qui a le vent en poupe depuis le milieu des années 1980 : l'enseignement professionnel (à ne pas confondre avec la formation professionnelle). Cette logique d'orientation et cette délimitation des missions sont dictées par la modernisation. Dans les disciplines classiques comme les mathématiques, la physique ou les lettres – pour ne citer que celles-là – bien des choses ont évolué. L'enseignant de mathématiques des années 1960 aura du mal à retrouver son latin dans les manuels scolaires actuels. Il doit se reconvertir aux nouvelles approches pédagogiques et aux nouvelles connaissances, les anciennes étant devenues obsolètes. Idem pour les enseignants du technique. L'enseignement technologique a fait irruption dans le sillage des NTIC (nouvelles technologies). Les contenus des programmes, les méthodes, de même l'équipement et le matériel didactique ; ont épousé cette tendance. L'atelier d'antan avec ses outils et ses machines a laissé place à l'ordinateur déclenchant, par là, un chamboulement des pratiques pédagogiques. Ce redéploiement tous azimuts nécessite des mesures d'accompagnement – en urgence et à moyen ou long terme. C'est sur ce terrain que pourra s'évaluer la volonté des gestionnaires à coller à cette inévitable adaptation/mutation de l'enseignement technique. Les angoisses exprimées ici et là se justifient. Il appartient aux autorités d'apporter les réponses adéquates afin de rassurer. Après les engagements du ministre de l'Education de ne point pénaliser les enseignants du technique et de ne pas se désengager de la gestion des établissements où ils exercent, nous avons jugé utile d'aller au détail des mesures que compte prendre le MEN. Dans cette édition, nous avons choisi d'écouter le directeur de l'enseignement technique du MEN. Il nous livre une information réconfortante, celle d'une circulaire ministérielle dont le but est de codifier les assurances données par le ministre.