Chawki Salhi revient dans cet entretien sur la participation de son parti aux prochaines législatives. Il tient à se démarquer du discours ambiant formulé par les autres partis en lice pour ces joutes électorales, dont le Parti des travailleurs, qu'il accuse de faire allégeance au président de la République. Le premier responsable du PST s'attend, par ailleurs, à un désintérêt assez grand du peuple le 17 mai. Quel sens donnez-vous à la participation du Parti socialiste des travailleurs aux prochaines législatives ? Le PST tient à faire connaître aux masses populaires et aux travailleurs ses positions, ses propositions pour une alternative à la catastrophe libérale en cours ; catastrophe pour la grande masse et bénédiction pour les milliardaires qui fleurissent. Le caractère très imparfait, pour être gentil, et tout à fait contestable des consultations électorales dans notre pays n'empêche pas pour nous la participation pour dire ces choses essentielles. Si nous avions d'autres conditions politiques, si les travailleurs n'étaient pas aussi abattus par les événements de ces quinze dernières années, nous aurions pu proposer une attitude plus offensive sur le plan démocratique, comme lorsque nous avions proposé un boycott en 2002, et imposer de meilleures conditions pour une consultation électorale. Le principe de participation est une évidence quand on a des choses à dire dans un débat. Mais les mascarades habituelles et l'inégalité de traitement médiatique y compris dans la presse qui ne dépend pas du pouvoir central au demeurant pourraient nous conduire à proposer une alternative à ces élections mais nous ne la proposerons pas tout seuls. Nous la proposerons avec les masses. Un boycott c'est sérieux, c'est d'abord proposer une alternative à la participation, celle de tout le peuple mobilisé pour de meilleures conditions démocratiques. Il n'y a pas aujourd'hui les conditions pour un boycott de masse, ce n'est pas grave. Nous préparons de meilleures conditions démocratiques en nous exprimant en toute liberté dans un processus qui ne l'est pas totalement. Pour ce prochain rendez-vous, l'extrême gauche sera représentée par le PST et le Parti des travailleurs. Comment allez-vous faire pour séduire l'électorat ouvrier en particulier ? Le concept d'extrême gauche a un sens lorsqu'il y a une gauche. Actuellement, et malheureusement, il y a un consensus libéral qui emporte toutes les formations, toutes les expressions des élites algériennes. Notre parti prétend proposer une liste d'unité de gauche et par delà les alliances contractées avec des militants et groupes de militants qui se réclament des idées de la gauche populaire et socialiste, des militants syndicalistes, des militants issus du mouvement populaire de Kabylie ou des mouvements révoltés chaouis, etc. Par-delà ces mouvements, il y a d'autres militants qui sont en discussion avec nous pour construire un grand parti de gauche algérien qu'attendent les masses populaires et les travailleurs afin de reprendre espoir et changer le cours des choses. Parce que la politique libérale actuelle dans sa définition c'est une offensive contre les acquis sociaux, contre les droits des pauvres gens. Dans une émission radio, vous avez accusé le PT de faire allégeance à Bouteflika... Ce n'est pas notre priorité de critiquer le Parti des travailleurs. Ce que je dis avant tout, c'est que tous les partis que nous avons vu se présenter ont d'une manière ou d'une autre fait allégeance. Vous avez la coalition gouvernementale, la coalition élargie à ceux qui font allégeance à la personne du Président, ainsi que celle élargie aux personnes qui attendent de rentrer dans le gouvernement au sortir des élections, selon leurs propres déclarations. Eh bien que reste-t-il à opposer et quel débat politique quand tout le monde est d'accord. Un débat c'est un échange entre des gens qui ont des solutions opposées à proposer au peuple. Nous ne sommes pas forcément très ravis de l'absence de débat dans ce contexte. Donc, le PT comme les autres, malheureusement, a tendance à sacrifier à cette allégeance ; c'est dommage, parce que par ailleurs, le PT sur les questions anti-impérialistes et des droits sociaux se retrouve souvent du bon côté. Y aurait-il donc concession générale de la classe politique au profit de l'option du libéralisme ? C'est plus qu'une concession, c'est un consensus. Pas en ce qui concerne le PT, mais pour les autres c'est un consensus. Cela apparaît même comme une évidence arguant que le monde fonctionne comme cela. Eh bien à travers la planète, les peuples et les travailleurs sont démoralisés et ne croient pas à leur chance de renverser le cours des choses. Le libéralisme est une offensive au service des entreprises, dans sa définition c'est laisser faire les entreprises pour échapper à l'impôt qui profite à la collectivité nationale, et surtout échapper aux droits sociaux qui protègent les travailleurs. Donc, le libéralisme remet en cause les acquis d'un siècle de lutte de l'humanité. En Algérie, on assiste à une recolonisation progressive. Cette politique est celle de la remise en cause des acquis nationaux et sociaux. Comme vous le savez, 78% des travailleurs du secteur privé travaillent au noir, donc ne disposent pas de couverture sociale, ni du droit à la retraite. Contrairement à ce qui se dit, le libéralisme n'est pas une loi naturelle, c'est une conjoncture. Chavez au Venezuela montre qu'on peut procéder autrement, Morales en Bolivie a re-nationalisé le pétrole. La gauche refleurira parce que le libéralisme n'est pas au service de l'humanité. Quel sera votre slogan de campagne ? Nous disons votez pour le parti des militants de tous les jours, pour les droits sociaux et les libertés populaires. Certaines formations politiques sont sûres de rafler les meilleurs scores. Comment analysez-vous ces prévisions ? Les masses populaires ne vont pas voter. Il va y avoir un désintérêt assez grand pour les élections. Tout peut changer dans les jours qui viennent mais, a priori, il y a un fort désintérêt. Vous prédisez un fort taux d'abstention ? A priori nous allons vers un fort taux d'abstention semblable à celui qui a eu lieu pour la charte pour la réconciliation nationale où très peu de gens s'étaient déplacés. Nous pensons que le peuple est dans des votes d'allégeance depuis 1995. Mais la réélection de Bouteflika s'est faite sur un fort sentiment de désenchantement. La charte nationale a montré plus de distance et une perte d'espoir assez grande. Alors aujourd'hui, ce mécontentement très fort pourrait donner une abstention comme il peut donner des votes de protestation dont on connaîtra le récipiendaire le 18 mai. Mais ce n'est pas notre priorité. Le travail à faire est un travail de longue haleine, ce n'est qu'une bataille ; le 18 mai le combat quotidien reprend et d'autres rendez-vous seront là pour construire un espoir pour les masses. Qu'en est-il du spectre de la fraude. Avez-vous demandé des garanties pour la transparence du scrutin ? Dans la fraude il y a deux partenaires, le fraudeur et le fraudé. La meilleure garantie qu'on se donnera sera la mobilisation populaire pour garantir son propre vote. Nous menons les batailles comme nous pouvons. Ce n'est pas quelque chose qui nous empêche d'utiliser les espaces qui nous permettent de dire notre programme. Nous n'allons quand même pas inviter tout le monde à continuer à nous garder au secret et de garder le peuple dans l'ignorance de nos idées. Mais je veux dire que c'est une bataille pour amener des militants de plus en plus nombreux à se mobiliser pour contrôler leur vote et mener les batailles populaires pour imposer le respect de la volonté exprimée lors d'un scrutin. Un commentaire sur les derniers attentats perpétrés à Alger... L'islamisme a bénéficié du discrédit du pouvoir nationaliste en place depuis 1962. Venu du populisme vers l'enrichissement et la politique libérale d'aujourd'hui. Il a bénéficié du vote-sanction, le consensus populaire autour de l'émergence des groupes armés les a couverts, les a nourris, puis le peuple en a eu marre de leurs exactions. Et c'est leur isolement au sein du peuple qui les a battus. Aucune armée au monde ne réussira à battre des groupes implantés au sein du peuple. C'est donc cet isolement populaire qui a tari leurs sources de recrutement et les a amenés à se rendre les uns après les autres malgré les mises en scène officielles glorifiant les anciens coupeurs de routes et coupeurs de têtes de journalistes.